Lycéens, étudiants, syndicats et anciens Gilets jaunes manifestent ce samedi 17 octobre dans plusieurs villes de France. Aux revendications sur les conditions d’études se mêlent celles sur le pouvoir d’achat et les services publics. En Espagne, les enseignants se mobilisent également, notamment à Madrid et dans la Communauté valencienne. Des mouvements distincts, mais des préoccupations communes sur l’avenir de l’école.


Ce samedi 17 octobre, la contestation des lycéens français prend une nouvelle dimension. Étudiants, syndicats, anciens Gilets jaunes et militants de différents mouvements sociaux descendent dans la rue contre la vie chère, la dégradation des services publics et les difficultés rencontrées par la jeunesse. Près d’un mois après son déclenchement, le mouvement scolaire rejoint une mobilisation bien plus large.
Le 13 octobre, 161.500 personnes avaient déjà manifesté, selon le ministère de l’Intérieur, un chiffre contesté par les organisations mobilisées. Depuis, les appels à manifester se sont multipliés sur les réseaux sociaux. Les rassemblements de ce samedi dépassent désormais le cadre des établissements scolaires.
Cette contestation trouve-t-elle un écho de l’autre côté des Pyrénées ? En Espagne aussi, l’enseignement public traverse une période de tensions. À Madrid, les enseignants ont entamé une grève illimitée le 14 octobre. Dans la Communauté valencienne, les syndicats préparent de nouvelles mobilisations. La Catalogne connaît également des conflits sociaux dans l’éducation.
Les mouvements ne sont pas de même nature et rien ne permet de parler d’une contestation européenne unifiée. Mais les revendications se croisent sur plusieurs points : moyens des établissements, conditions d’enseignement, accompagnement des élèves et avenir des jeunes.
En France, la colère des lycéens rejoint celle des Gilets jaunes
Née dans les établissements scolaires en septembre, la mobilisation lycéenne a très vite gagné du terrain. Les élèves dénoncent le manque d’enseignants, les absences non remplacées, la dégradation des bâtiments, les journées trop chargées et les difficultés d’orientation, notamment sur Parcoursup.
Étudiants, enseignants et parents ont ensuite rejoint le mouvement. Le gouvernement a annoncé, le 8 octobre, plusieurs mesures, dont la mobilisation de plus de 3.000 enseignants remplaçants. Sans parvenir à apaiser la contestation.
Ce samedi 17 octobre, les revendications lycéennes se mêlent à celles d’autres mouvements mobilisés contre la hausse des prix, les difficultés de pouvoir d’achat et l’état des services publics. Le débat déborde ainsi la seule question scolaire. Il touche désormais à la place accordée aux jeunes, à leurs conditions d’études et à leurs perspectives d’avenir.
En Espagne, la contestation suit une autre trajectoire. Les enseignants, plutôt que les lycéens, sont au premier rang des mobilisations. Leurs revendications s’inscrivent dans des tensions anciennes sur les moyens consacrés à l’école publique.
À Madrid, une grève illimitée des enseignants
De l'autre côté des Pyrénées, le mouvement le plus visible se déroule actuellement dans la communauté de Madrid. Depuis le mercredi 14 octobre, les enseignants du public non universitaire sont appelés à une grève illimitée par plusieurs syndicats, dont CCOO, UGT, CGT, CNT et STEM, ainsi que des collectifs professionnels.
Leurs revendications portent d'abord sur les conditions de travail : réduction du nombre d'élèves par classe, diminution des heures d'enseignement, amélioration des salaires, allègement des tâches administratives et renforcement des moyens consacrés aux élèves ayant des besoins particuliers. Les organisations mobilisées réclament notamment une augmentation salariale de 600 euros mensuels et davantage de ressources pour les établissements.
La première journée a donné lieu à une importante manifestation dans le centre de Madrid. Selon la délégation du gouvernement, 25.000 personnes ont participé au cortège. Les chiffres de participation à la grève divergent toutefois : 70 % selon les syndicats, contre 44,6 % selon le gouvernement régional.
La mobilisation s'est poursuivie les 15 et 16 octobre. Le gouvernement de la communauté de Madrid conteste la justification du mouvement. La conseillère régionale à l'Éducation, Mercedes Zarzalejo, juge les revendications difficilement réalisables et rappelle qu'un accord sectoriel conclu en 2025 prévoit déjà des mesures de réduction des effectifs par classe et des heures d'enseignement, dont elle affirme respecter les engagements.
Les syndicats considèrent, à l'inverse, que les mesures engagées restent insuffisantes. Le conflit dépasse donc les seules rémunérations. Il porte aussi sur les conditions dans lesquelles les professeurs estiment pouvoir exercer leur métier et accompagner leurs élèves.
À Valence, les enseignants préparent de nouvelles mobilisations
Dans la Communauté valencienne, le conflit entre les syndicats enseignants et la Generalitat pourrait connaître une nouvelle escalade.
Le 15 octobre, les organisations STEPV, CCOO et UGT ont annoncé leur intention de relancer les mobilisations, sans exclure la reprise de la grève illimitée suspendue en juin. Elles reprochent à la Conselleria de l'Éducation de ne pas poursuivre les négociations sur plusieurs revendications, notamment le pouvoir d'achat des enseignants, les effectifs des classes, les moyens des établissements et l'enseignement en valencien.
L'administration régionale conteste cette accusation. Le secrétaire autonome à l'Éducation, Daniel McEvoy, assure que le dialogue n'a jamais été interrompu et rappelle qu'un calendrier de 47 réunions de négociation a été proposé pour l'année scolaire.
Les prochains jours s'annoncent décisifs. Une assemblée des enseignants est convoquée mardi 20 octobre à 18 heures pour discuter des nouvelles actions. Le lendemain, mercredi 21 octobre à 9 heures, un rassemblement est prévu devant la Conselleria, parallèlement à une rencontre entre les syndicats et la conseillère régionale à l'Éducation, Carmen Ortí.
Autre échéance : la grève générale du 11 novembre, à laquelle STEPV, CCOO et UGT appellent à participer avec des revendications propres au secteur éducatif. Ce mouvement, qui dépasse le seul enseignement, portera également sur les conditions de logement et les salaires.
La reprise éventuelle d'une grève illimitée des enseignants reste, elle, soumise aux décisions de la profession et à l'évolution des négociations avec la Generalitat.
En Catalogne, un malaise installé depuis plusieurs mois
La contestation ne se limite pas aux deux régions d’Espagne. En Catalogne, les tensions dans l'enseignement public ont déjà provoqué plusieurs mouvements sociaux cette année. Une grève a notamment marqué la rentrée scolaire du 8 septembre 2026.
Les revendications portent sur les conditions de travail des enseignants, les effectifs des classes, les ressources disponibles pour accompagner les élèves et la rémunération du personnel.
Le 19 septembre, l'Assemblea Educativa de Catalunya annonçait préparer de nouvelles mobilisations, estimant que les difficultés dénoncées les mois précédents persistaient à la rentrée.
Ces mouvements illustrent une particularité essentielle du système espagnol : les communautés autonomes disposent de compétences importantes dans l'organisation et la gestion de l'enseignement. Les conflits, les négociations et les réponses apportées ne sont donc pas identiques à Madrid, Barcelone ou Valence. Il serait ainsi abusif de parler d'une grève nationale unifiée. En revanche, plusieurs territoires connaissent des tensions autour de préoccupations comparables.
En Espagne, près d'un jeune sur huit quitte précocement le système éducatif
Au-delà des manifestations, les dernières données européennes apportent un éclairage sur les difficultés structurelles de l'éducation espagnole. Selon Eurostat, 12,8 % des jeunes Espagnols de 18 à 24 ans étaient en situation de sortie précoce de l'éducation ou de la formation en 2025, contre 9,1 % en moyenne dans l'Union européenne.
Cet indicateur ne mesure pas simplement le nombre de jeunes qui abandonnent leurs études pendant une année scolaire. Il désigne les 18-24 ans ayant au maximum achevé le premier cycle du secondaire et ne suivant plus de formation au moment de l'enquête.
L'Espagne figure ainsi parmi les pays européens présentant les proportions les plus élevées, derrière la Roumanie et l'Allemagne. Mais la tendance de long terme est encourageante : la proportion espagnole a diminué de 7,2 points entre 2015 et 2025, selon Eurostat. Le pays a donc réalisé des progrès importants, sans avoir encore rejoint la moyenne européenne.
Ces chiffres ne permettent pas d'établir un lien direct avec les grèves actuelles. Ils rappellent néanmoins que les difficultés du système éducatif ne se résument pas aux conditions de travail des enseignants. Elles concernent également la poursuite des études et les possibilités de qualification offertes aux jeunes.
France et Espagne : derrière la crise de l'école, le malaise d'une génération ?
En France, les lycéens ont porté la contestation avant d'être rejoints par d'autres mouvements sociaux. En Espagne, ce sont surtout les enseignants qui se mobilisent, de Madrid à Valence. Les revendications et les contextes diffèrent. Rien à ce stade ne permet de parler d'un mouvement européen unifié.
Mais ces tensions soulèvent une question qui dépasse largement les salles de classe : quel avenir l'école peut-elle encore promettre à une jeunesse confrontée à un monde en pleine mutation ?
Car cette génération a grandi avec des incertitudes que ses aînés n'ont pas toutes connues au même âge. Elle a traversé la pandémie de Covid-19, souvent au prix d'une scolarité perturbée. Elle doit désormais se projeter dans un monde du travail que l'intelligence artificielle commence à transformer en profondeur, sur fond de tensions économiques, de difficultés d'accès au logement et de dette publique qui pèse sur les choix des États.
Il serait certes bien hasardeux de voir dans ces bouleversements les causes directes des mobilisations actuelles. Mais ils dessinent un horizon pour le moins incertain. Et invitent à s'interroger sur ce qui se joue, au-delà des moyens réclamés par les enseignants et des conditions d'études dénoncées par les élèves.
Ces mouvements traduisent-ils seulement une crise de l'école, ou révèlent-ils aussi une crise de confiance d'une génération dans son propre avenir ?
Une jeunesse à laquelle on demande de préparer demain, alors même que les repères économiques, technologiques et sociaux se transforment à grande vitesse. L'école ne peut répondre seule à toutes ces inquiétudes. Mais elle est sans doute l'un des premiers endroits où elles s'expriment.
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