Ce 29 octobre, Valence rend hommage aux 233 victimes des inondations de 2024. À Massanassa, un souvenir de reportage raconte aussi la solidarité née dans les premiers jours de la catastrophe.


Elle n'avait plus de nourriture. Il lui restait quelques bouteilles d'eau. Pourtant, elle a tenu à nous en offrir. Deux ans après les inondations du 29 octobre 2024, parmi toutes les images de la catastrophe, c'est celle de cette femme qui me revient.
Nous étions à Massanassa, une commune du sud de Valence durement touchée par la DANA, pour un reportage avec Radio France. Quelques jours s'étaient écoulés depuis la crue. Dans les rues que nous parcourions, les secours n'étaient pas encore arrivés. Les habitants avaient les traits tirés, le regard de ceux qui n'ont pas dormi depuis plusieurs nuits. Beaucoup semblaient encore sous le choc. Surtout, ils avaient besoin de parler.
Cette femme était venue à notre rencontre et nous avait invités à la suivre. Pour rejoindre sa maison, il fallait avancer dans une boue épaisse, où chaque pas menaçait de nous faire glisser. Elle nous avait même prêté un manche à balai pour nous aider à garder l'équilibre.
Une fois chez elle, avant de nous raconter ce qu'elle venait de traverser, elle avait insisté pour nous donner de l'eau. Nous avions d'abord refusé, poliment. Elle avait insisté. Alors nous avions bu, puis nous l'avions écoutée.
Je serais incapable, aujourd'hui, de restituer précisément ses paroles. Mais je n'ai oublié ni son besoin de raconter, ni ce geste : offrir à boire à des inconnus quand on manque soi-même de presque tout.
À Massanassa, la détresse des habitants et les premiers bénévoles
Le 29 octobre 2024, des pluies torrentielles avaient fait déborder plusieurs cours d'eau et ravins de la province de Valence. En quelques heures, des communes entières avaient été submergées. La catastrophe a fait 233 morts, selon le bilan rappelé ce jeudi par les autorités.
À Massanassa, nous avions face à nous des habitants épuisés, désemparés, qui tentaient encore de comprendre ce qui venait de leur arriver. Dans les rues où nous nous trouvions, l'absence de secours organisés était frappante.
Des jeunes étaient pourtant déjà venus prêter main-forte. Je les revois, une cigarette à la main, dépassés eux aussi par l'ampleur des dégâts. Je ne sais pas ce qu'ils avaient vu ni traversé depuis leur arrivée. Mais leur désarroi se lisait sur leurs visages.
Ces scènes me ramènent à une autre image de la catastrophe : ces colonnes de volontaires traversant les ponts de Valence, pelles, balais et outils à la main, pour rejoindre les communes sinistrées. Des milliers de personnes s'étaient mobilisées pour nettoyer les rues, apporter de l'eau et des vivres, dégager les maisons. Les images de cette foule venue aider ont fait le tour du monde.
Cette solidarité ne pouvait pallier les défaillances dans la gestion de l'urgence. Mais pour des habitants encore isolés, elle représentait une aide immédiate. Deux ans plus tard, cet élan trouve aussi sa place dans la mémoire collective. À Catarroja, l'une des communes les plus touchées, une place vient d'être rebaptisée Plaça dels Voluntaris, à l'initiative des habitants et avec l'accord de la municipalité. Un hommage à celles et ceux qui, dans les jours suivant la catastrophe, étaient venus prêter main-forte.
Ce 29 octobre, Valence commémore ses 233 victimes
Ce jeudi 29 octobre 2026, la Communauté valencienne marque le deuxième anniversaire de la catastrophe. Les drapeaux sont en berne sur les bâtiments officiels. À midi, les institutions ont observé des minutes de silence en mémoire des victimes.
Mais l'anniversaire prend cette année une dimension particulière. Le deuil de la DANA se mêle à celui de l'accident ferroviaire survenu mercredi près de Tolède, qui a conduit le gouvernement espagnol à décréter trois jours de deuil national, du 29 au 31 octobre.
À Paiporta, l'une des communes les plus meurtries par les inondations, l'association de victimes qui devait organiser ce jeudi soir un hommage intitulé La caixa de la memòria (« La boîte de la mémoire ») a décidé de le reporter au 5 novembre à 19 heures, par respect pour les familles touchées par l'accident ferroviaire.
Les associations de victimes de la DANA ont également adressé des messages de soutien aux proches des victimes de cette nouvelle tragédie.
D'autres rassemblements sont maintenus. Deux marches doivent partir à 17 heures d'Albal et de Benetússer, avant de converger vers le barranco del Poyo, entre Catarroja et Massanassa, vers 17 h 45. Des prises de parole et des interventions musicales sont prévues sur place. Le choix du lieu n'a rien d'anodin. C'est dans ce secteur que la montée brutale des eaux avait provoqué une partie des destructions les plus importantes.
Deux ans après, les familles réclament toujours des réponses
Les commémorations ne se limitent pas au recueillement. Depuis deux ans, les associations de victimes et les collectifs de sinistrés réclament que les responsabilités dans la gestion de l'urgence soient établies.
L'enquête judiciaire se poursuit. En septembre, la justice a prolongé l'instruction de six mois, plusieurs témoignages devant encore être recueillis et des rapports examinés. Une nouvelle manifestation est prévue samedi 31 octobre à 18 heures, à Valence, à l'appel de collectifs sociaux et d'associations de victimes. Les organisateurs continuent de réclamer vérité, justice et réparation, mais aussi des garanties pour éviter qu'une telle catastrophe ne se reproduise.
Deux ans plus tard, les rues ont en partie retrouvé leur apparence d'avant. La reconstruction, elle, n'est pas achevée, pas plus que les démarches entreprises par les familles. Reste aussi ce que les bilans ne racontent pas : les vies perdues, les nuits d'incertitude, l'attente de nouvelles des proches. Et ces gestes d'entraide, au milieu de la catastrophe.
Je repense à cette femme de Massanassa. Ses paroles se sont en partie effacées de ma mémoire. Pas les bouteilles d'eau qu'elle tenait tant à partager avec nous.
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