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DANA Adam en Espagne : comment plus de 700 litres de pluie ont-ils pu tomber au m² ?

La DANA Adam frappe l'est de l'Espagne. À Forna, 718 litres de pluie par m² sont tombés en un peu plus de 24 heures. Comment expliquer un tel déluge ?

la plage d’Oliva, une commune où les précipitations ont dépassé les 600 litres par mètre carré.la plage d’Oliva, une commune où les précipitations ont dépassé les 600 litres par mètre carré.
@Avamet Meteorologia, DR. / Plage d’Oliva, une commune où les précipitations ont dépassé les 600 litres par mètre carré.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 19 octobre 2026

À Forna, un village de la province d’Alicante, 718 litres de pluie par mètre carré sont tombés en un peu plus de 24 heures. Dont 550 litres en dix heures seulement, entre dimanche 18 octobre à 22 heures et lundi 19 octobre à 8 heures. Ces relevés du réseau météorologique Avamet donnent la mesure de la violence de la DANA Adam, qui provoque d’importantes inondations sur la façade méditerranéenne espagnole.

Dans les comarques de La Safor, au sud de Valence, et de la Marina Alta, au nord d’Alicante, plusieurs cours d’eau ont débordé. Des rues sont devenues des torrents, des habitants ont été évacués, d’autres secourus par hélicoptère. La Generalitat a activé le niveau 2 de son plan spécial contre les inondations et mobilisé, avec les autorités nationales, d’importants moyens de secours, dont l’Unité militaire d’urgence (UME).

Ce lundi matin, plus de 100.000 élèves étaient également concernés par des suspensions de cours dans les provinces de Valence et d’Alicante. Comment une telle quantité d’eau peut-elle s’abattre sur un territoire aussi restreint ? La présence d’une DANA ne suffit pas à l’expliquer. Plusieurs facteurs atmosphériques, géographiques et hydrologiques se conjuguent pour produire ces épisodes extrêmes.

 

Plus de 700 litres de pluie au m² : que représente réellement ce chiffre ?

Un litre de pluie tombé sur un mètre carré correspond à un millimètre de précipitations. 700 litres par mètre carré équivalent donc à 700 millimètres, soit une hauteur d’eau de 70 centimètres, si toute cette pluie restait uniformément répartie sur une surface horizontale, sans s’écouler ni s’infiltrer.

À Forna, les 718 litres relevés représentent ainsi une lame d’eau théorique de près de 72 centimètres. Cela ne signifie pas que toutes les rues du village ont été recouvertes de 72 centimètres d’eau. Une partie des précipitations s’infiltre dans les sols, une autre ruisselle vers les cours d’eau. Ces écoulements peuvent aussi se concentrer dans certains secteurs et provoquer des hauteurs d’inondation bien supérieures.

Au-delà du cumul, c’est la vitesse à laquelle tombe la pluie qui compte.

À Forna, Avamet a enregistré 550 litres par mètre carré en dix heures. Une telle intensité laisse très peu de temps aux sols pour absorber l’eau et aux systèmes d’évacuation pour l’évacuer.

Le phénomène reste par ailleurs très localisé. Deux communes voisines peuvent recevoir des quantités de pluie très différentes, selon la position des cellules orageuses et le temps qu’elles passent au-dessus d’un même secteur.

 

Pourquoi la DANA Adam provoque-t-elle des pluies aussi intenses en Espagne ?

DANA est l’acronyme espagnol de Depresión Aislada en Niveles Altos, une dépression isolée en altitude. Elle se forme lorsqu’une circulation dépressionnaire se détache des grands courants atmosphériques d’altitude et évolue de manière relativement indépendante.

Toutes les DANA ne provoquent pas de pluies torrentielles. Leurs effets dépendent de leur position, de leur évolution et des masses d’air avec lesquelles elles interagissent.

Dans le cas d’Adam, l’Agence météorologique espagnole (AEMET) décrit une configuration particulièrement défavorable : une dépression isolée associée à un flux d’est et de nord-est, chargé d’humidité, qui atteint le littoral méditerranéen et les Baléares.

Cet air maritime humide alimente les précipitations. Lorsqu’il s’élève dans des conditions atmosphériques favorables, il se refroidit, la vapeur d’eau se condense et les nuages se développent. Les pluies peuvent alors devenir très intenses. Leur durée joue un rôle tout aussi important. Lorsque les averses se succèdent ou persistent au-dessus d’une même zone, les cumuls augmentent rapidement.

Dans son bulletin spécial du 18 octobre, l’AEMET prévoyait localement 200 à 300 litres par mètre carré en douze heures, notamment sur le littoral sud de Valence et autour du cap de la Nao, sans exclure des valeurs supérieures. Les relevés réalisés depuis ont confirmé le caractère exceptionnel des précipitations dans les secteurs les plus touchés.

 

Le rôle de la Méditerranée, du relief et des sols saturés

La géographie du littoral méditerranéen espagnol contribue à expliquer la concentration des précipitations.

La Méditerranée fournit d’importantes quantités d’humidité à l’atmosphère. Lorsque les vents poussent cet air humide vers les côtes, les conditions peuvent devenir propices à de fortes pluies.

Le relief accentue parfois le phénomène. Contraint de s’élever au contact des montagnes, l’air se refroidit, favorisant la condensation et les précipitations lorsque l’atmosphère est suffisamment humide et instable.

Dans la Communauté valencienne, la proximité du littoral et des reliefs intérieurs joue ainsi un rôle important. Mais la quantité de pluie ne suffit pas à expliquer la gravité des inondations.

L’AEMET et la Protection civile mettent également en garde contre les sols déjà saturés par les épisodes pluvieux précédents. Lorsqu’ils ne peuvent plus absorber suffisamment d’eau, une plus grande partie des précipitations ruisselle vers les points bas, les ravins et les rivières.

Dans les petits bassins versants méditerranéens, les écoulements peuvent se concentrer très rapidement. Certains cours d’eau, peu alimentés pendant une grande partie de l’année, connaissent alors des crues brutales.

Un autre facteur complique la situation actuelle : l’état de la mer. Juan Carlos Valderrama, responsable valencien des Urgences, a expliqué ce lundi que la forte houle freinait l’évacuation des eaux des rivières vers la Méditerranée. Lorsque les cours d’eau sont déjà en crue, cette difficulté supplémentaire peut aggraver les inondations près des embouchures et dans les zones littorales les plus basses.

 

Écoles fermées, communes isolées : les conséquences de la DANA Adam

Les secteurs de Gandia, Oliva, Pego et Dénia figurent parmi les plus touchés. Selon la délégation du gouvernement dans la Communauté valencienne, plusieurs localités situées sur la bande côtière entre Gandia et Oliva ont été temporairement isolées ou rendues difficilement accessibles par les inondations.

À Oliva, environ 2.000 personnes séjournant dans sept campings ont dû être évacuées, selon la maire, Yolanda Pastor, citée par l’agence EFE. Les secours sont également intervenus auprès d’habitants bloqués par les eaux. À Els Poblets, le débordement du río Girona illustre la rapidité avec laquelle une crue peut envahir les rues.

L’épisode a par ailleurs été associé à deux décès rapportés par EFE. En Catalogne, une femme a été emportée par un cours d’eau. À Sagunto, dans la province de Valence, une autre a été retrouvée morte après avoir disparu en mer alors qu’elle se baignait. Les circonstances de ces deux drames sont distinctes.

Face à la montée des eaux, les autorités ont multiplié les messages d’alerte, appelant les habitants des secteurs menacés à limiter leurs déplacements et à gagner les étages supérieurs.

 

DANA Adam et catastrophe de 2024 : peut-on comparer les deux épisodes ?

Ces précipitations rappellent la catastrophe du 29 octobre 2024, qui avait frappé la province de Valence. Les deux épisodes présentent des mécanismes météorologiques comparables : une dépression isolée en altitude, un apport d’humidité méditerranéenne et des pluies intenses concentrées sur des territoires relativement restreints.

Mais des cumuls proches ne produisent pas nécessairement des catastrophes identiques. Lors de la DANA de 2024, la station météorologique de Turís avait enregistré, selon l’AEMET, 772 millimètres de pluie en 24 heures, dont 621 millimètres en six heures seulement.

À Forna, les 718 millimètres mesurés cette année correspondent à une période légèrement supérieure à 24 heures. Les durées d’observation et les caractéristiques locales diffèrent : toute comparaison directe appelle donc de la prudence.

La gravité d’une inondation dépend aussi de l’endroit où tombe la pluie, de l’intensité des crues, de la configuration des bassins versants, de l’occupation des sols, de l’exposition des habitants et des dispositifs de prévention.

Il serait donc prématuré de présenter la DANA Adam comme une répétition de la catastrophe de 2024. Seules des analyses météorologiques et hydrologiques complètes permettront d’en établir précisément les particularités.

 

Jusqu’à quand les pluies vont-elles se poursuivre en Espagne ?

Dans son bulletin spécial publié le 18 octobre, l’AEMET identifiait le dimanche 18 et le lundi 19 comme les journées les plus critiques de l’épisode. Les précipitations les plus intenses étaient attendues sur le littoral sud de Valence, le nord d’Alicante, certaines zones de Murcie et d’Almería, ainsi qu’aux Baléares.

Au cours de ce lundi, les pluies devaient progressivement gagner davantage le nord de la Communauté valencienne et la Catalogne, avec un risque d’averses fortes et persistantes. L’AEMET prévoit une atténuation progressive de l’instabilité à partir du mardi 20 octobre, même si de fortes précipitations restent possibles localement dans le nord-est de la péninsule et aux Baléares.

Ce lundi à 10 heures, l’alerte rouge a été levée dans les secteurs concernés du sud de Valence et du nord d’Alicante, remplacée par des niveaux de vigilance inférieurs. La baisse du niveau d’alerte ne signifie pourtant pas la fin du danger. Les cours d’eau peuvent rester en crue, certaines routes demeurer impraticables et les terrains inondés présenter des risques après l’arrêt des précipitations.

La Protection civile rappelle qu’il ne faut jamais traverser une route submergée, à pied comme en voiture, et qu’il est indispensable de suivre les consignes des services d’urgence. Car les centaines de litres enregistrés par les pluviomètres ne disent pas tout du danger. Une pluie exceptionnelle peut provoquer une crue rapide, y compris loin de l’endroit où elle est tombée.

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