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Deux ans après la DANA, Valence est-elle vraiment mieux protégée contre les inondations ?

Deux ans après les inondations meurtrières d'octobre 2024, la Communauté valencienne a renforcé ses cours d'eau et revu ses dispositifs d'alerte. Mais les grands ouvrages de prévention restent largement à construire. Alors que la DANA Adam vient de frapper l'est de l'Espagne, la région est-elle réellement mieux protégée ? Enquête, avec l'éclairage d'un spécialiste des risques hydrologiques.

Berges ravagées, débris et bâtiments endommagés le long d'un cours d'eau dans la région de Valence, après la DANA d'octobre 2024.Berges ravagées, débris et bâtiments endommagés le long d'un cours d'eau dans la région de Valence, après la DANA d'octobre 2024.
Les traces des inondations d'octobre 2024 dans la région de Valence : berges éventrées, débris accumulés et bâtiments fragilisés. Photo : © Paul Pierroux-Taranto / Lepetitjournal.com — octobre 2024.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 23 octobre 2026

À Oliva, Gandia ou Pego, l'eau est revenue dans les rues. Les 18 et 19 octobre 2026, la DANA Adam a provoqué d'importantes inondations dans les comarques de La Safor et de La Marina Alta. À Forna, dans la province d'Alicante, les précipitations ont atteint quelque 720 litres par mètre carré en 48 heures, selon les relevés d'Avamet. Des habitants ont été évacués, des routes coupées et plusieurs communes placées en confinement.

Ces images réveillent le souvenir douloureux du 29 octobre 2024. Ce jour-là, des pluies torrentielles avaient dévasté plusieurs communes au sud de Valence, provoquant la mort de 233 personnes dans la Communauté valencienne. À quelques jours du deuxième “anniversaire” de la catastrophe, une question revient : si des pluies d'une telle violence frappaient à nouveau les mêmes territoires, les habitants seraient-ils mieux protégés ?

« Oui, catégoriquement », répond Ramiro Martínez Costa, docteur ingénieur des ponts et chaussées et membre de l'Institut méditerranéen de l'eau. Cet expert, qui a participé à l'élaboration du plan valencien de prévention des inondations et cosigné une étude sur la catastrophe de 2024 pour le rapport international HELP, distingue néanmoins deux réalités : les progrès accomplis dans la gestion des urgences et ceux, plus lents, de la protection hydraulique.

 

De la DANA de 2024 à celle de 2026, des alertes plus précoces

Pour Ramiro Martínez Costa, le premier changement est dans les esprits. « Il existe désormais une conscience collective beaucoup plus développée du danger que représentent ces épisodes et de la manière d'y faire face », explique-t-il à Lepetitjournal.com.

La gestion de la DANA Adam semble lui donner raison sur plusieurs points. Dès le 16 octobre, la Protection civile espagnole alertait sur l'arrivée de pluies potentiellement torrentielles. Dans les jours suivants, les autorités ont diffusé des messages ES-Alert, suspendu des activités et restreint les déplacements. Jusqu'à 145 communes du sud de Valence et du nord d'Alicante ont été concernées par des mesures de confinement.

Le contraste avec le 29 octobre 2024 est saisissant. Ce jour-là, le premier message d'alerte massive n'avait été envoyé qu'à 20 h 11, alors que de nombreuses communes étaient déjà submergées. Les circonstances de ce retard font toujours l'objet d'une procédure judiciaire. « Lorsque l'administration compétente en matière de gestion des urgences agit comme il se doit, les résultats sont très différents, surtout en termes de victimes », estime Ramiro.

Reste une précaution essentielle : les deux épisodes ne sont pas directement comparables. Malgré des précipitations exceptionnelles dans les deux cas, les pluies n'ont pas frappé les mêmes bassins ni provoqué les mêmes mécanismes d'inondation. En 2024, la crue brutale du barranco del Poyo avait ravagé l'Horta Sud. En octobre 2026, les secteurs les plus touchés se situaient notamment dans La Safor et La Marina Alta. 

 

Le bilan de la DANA Adam ne permet donc pas, à lui seul, de mesurer la résistance des protections mises en place depuis 2024.

 

Plus de 220 millions d'euros de travaux : ce qui a changé sur le terrain

Les progrès ne se limitent pas aux alertes. Le 2 juillet 2026, la Confédération hydrographique du Júcar (CHJ), chargée de la gestion des principaux cours d'eau du bassin, annonçait avoir achevé 17 chantiers d'urgence, pour plus de 220 millions d'euros.

Ces travaux, réalisés principalement dans la province de Valence mais aussi dans d'autres territoires sinistrés, ont permis de reconstruire des berges, de consolider des talus et de rétablir les capacités d'écoulement de plusieurs cours d'eau.

À Chiva, la CHJ affirme avoir presque triplé la capacité hydraulique du tronçon urbain du barranco del Poyo. Plus en aval, à Picanya, Paiporta, Massanassa et Catarroja, plusieurs kilomètres de berges ont été renforcés. À Utiel, les travaux sur le río Magro ont doublé la capacité d'écoulement du tronçon aménagé.

Selon Ramiro Martínez Costa, ces reconstructions ont intégré les enseignements de la catastrophe, avec « des critères de conception beaucoup plus exigeants », tenant compte notamment des données hydrologiques recueillies en 2024.

Pour autant, ces améliorations restent localisées. Renforcer les berges ou augmenter la capacité d'un cours d'eau dans une commune ne suffit pas à protéger l'ensemble de son bassin versant contre une crue exceptionnelle.

 

Plongée dans l’enfer de DANA : témoignage d’une semaine de chaos à Valencia

 

Barranco del Poyo : vingt ans après les premiers projets, les grands travaux toujours attendus

C'est l'une des questions centrales de ce deuxième anniversaire : au-delà des réparations, qu'en est-il des grands ouvrages destinés à prévenir les inondations ? Dans le HELP Global Report on Water and Disasters 2025, Ramiro Martínez Costa et José Luis Martín-Bordes rappellent qu'un vaste programme avait été élaboré dès 2006 pour le bassin du Poyo.

Il prévoyait notamment des zones de rétention des crues et des dérivations vers le nouveau lit du Turia. Mais les procédures administratives, les contraintes environnementales et les difficultés budgétaires ont repoussé sa réalisation. En octobre 2024, aucun des ouvrages envisagés n'avait vu le jour.

Les auteurs apportent toutefois une nuance de taille. Selon leur estimation préliminaire, même réalisés, ces aménagements n'auraient permis de réduire les dommages matériels que d'environ 20 à 30 % face à une crue d'une telle ampleur. Un résultat qui rappelle les limites des infrastructures, sans permettre de déterminer combien de vies auraient pu être sauvées.

Depuis la catastrophe, la CHJ a engagé l'élaboration de dix nouveaux projets structurants dans les bassins du Poyo, du Magro et du Pozalet-Saleta. Au programme : zones de stockage temporaire des eaux, élargissement de certains cours d'eau et création d'espaces inondables contrôlés pour atténuer les crues.

Mais ces protections restent à construire. Le 22 octobre 2026, la CHJ a annoncé l'ouverture d'une phase de participation publique, avec une première réunion prévue le 26 octobre à Alfafar. Deux ans après la DANA, les chantiers d'urgence sont achevés, mais une partie essentielle des grands ouvrages de prévention n'existe encore que sur le papier.

 

Zones inondables à Valence : la nouvelle carte révèle 61 % de surfaces exposées en plus

La protection contre les crues ne se joue pas seulement dans les cours d'eau. Elle dépend aussi de ce que l'on construit, et surtout de l'endroit où l'on construit. Ramiro Martínez Costa connaît bien ce dossier. Il a participé à la conception du PATRICOVA, le plan valencien de prévention du risque d'inondation, adopté en 2003 puis révisé en 2015. Ce dispositif a permis de freiner l'urbanisation de nombreux terrains exposés.

Mais il ne pouvait pas effacer des décennies de constructions dans des zones inondables. « Le PATRICOVA a été un très bon outil, mais il est arrivé trop tard », regrettait l'ingénieur dans une tribune publiée début octobre par elDiario.es.

Les premiers résultats de la nouvelle révision, présentés le 15 octobre 2026 par la Generalitat Valenciana, donnent la mesure du problème. Dans les secteurs étudiés, la superficie identifiée comme exposée aux inondations passe de 27.162 à 43.779 hectares, soit une hausse de 61,2 %. Dans l'Horta Sud, elle fait plus que doubler.

Cela ne signifie pas que le danger aurait augmenté de 61,2 % en deux ans. La nouvelle cartographie permet surtout de mieux identifier des territoires dont l'exposition était jusqu'alors sous-estimée. Des règles plus strictes sont envisagées pour les futures constructions, notamment concernant les garages souterrains et la hauteur des logements. La révision doit encore suivre son parcours réglementaire.

Reste le problème des bâtiments existants. En juillet, le gouvernement espagnol a approuvé 60 millions d'euros d'aides pour 62 communes, afin notamment d'adapter les bâtiments, d'améliorer les voies d'évacuation et d'installer des équipements de protection. Ces financements constituent une avancée. Mais les travaux prendront du temps et les équipements ne sont pas tous opérationnels.

 

Valence mieux préparée, mais encore vulnérable aux crues extrêmes

Deux ans après la catastrophe, le bilan dessine ainsi une région mieux préparée, sans être pour autant à l'abri. Les cours d'eau endommagés ont été réparés et certains tronçons renforcés. Les alertes sont davantage anticipées. Les nouvelles cartes permettent de mieux identifier les zones exposées. Mais les grands aménagements hydrauliques restent à réaliser et l'adaptation des quartiers déjà construits ne fait que commencer.

Ramiro Martínez Costa rappelle d'ailleurs, dans son étude pour HELP, que les outils de surveillance météorologique et hydrologique existaient déjà en 2024. Le problème tenait aussi à la transmission des avertissements et aux décisions prises pour protéger la population. Car une alerte n'est utile que si elle arrive à temps et permet d'agir. Éviter les déplacements, ne jamais traverser une route inondée, renoncer à récupérer un véhicule dans un garage souterrain : ces gestes peuvent faire la différence lorsque les eaux montent en quelques minutes.

L'ingénieur pointe enfin un risque moins visible : celui de l'oubli. « Espérons que nous ayons dépassé cette tendance habituelle à oublier rapidement les priorités d'investissements publics et privés », écrit-il. La Communauté valencienne semble aujourd'hui mieux armée pour anticiper les inondations et y faire face. Mais sa protection physique contre les crues extrêmes demeure incomplète.

Toute la difficulté des prochaines années sera de transformer les leçons de 2024 en protections durables, sans attendre qu'une nouvelle catastrophe en rappelle la nécessité.

 

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