Édition internationale

Quatre Français qui ont réussi au Royaume-Uni honorés lors de la 4e édition des Trophées

Entre entrepreneuriat, engagement social, création artistique et partage d’expérience, les quatre lauréats des Trophées des Français du Royaume-Uni 2026 illustrent, chacun à leur manière, la diversité des parcours français outre-Manche. Réunis le 24 septembre à Londres, ils ont été récompensés pour leur contribution à la communauté française et aux échanges entre les deux pays.

les lauréats des Trophées des Français du Royaume-Uni 2026les lauréats des Trophées des Français du Royaume-Uni 2026
Écrit par Chloé Perez
Publié le 24 septembre 2026

 

La 4e cérémonie des Trophées des Français du Royaume-Uni s’est déroulée en présence de Mustafa Soykurt, Consul général de France à Londres, du député Vincent Caure et de la directrice de l'Institut Français du Royaume-Uni, Anissia Morel. Cette année, quatre personnalités ont été mises à l’honneur dans quatre catégories : Moussa-Cavin Beye, Marine Vincent, Clémentine Hamdan et Marianne Badrichani.

 

On pourrait penser que venir vivre de l’autre côté de la Manche ne pose pas de problème. Pourtant, toute expatriation entraine son lot de complications, surtout lorsque l’on prend le risque d’entreprendre, d’aider les autres ou encore d’innover comme nos lauréats de ce soir. Chaque expatrié est un pont entre la France et le Royaume-Uni, deux pays dont les liens sont aussi solidement tissés que les fils de la tapisserie de Bayeux.
Damien Bouhours, directeur éditorial et partenariats associé lepetitjournal.com

 

 

Moussa-Cavin Beye, le créateur de contenu qui encourage les jeunes à oser

Prix du Public, remis par la Banque Transatlantique

Arrivé à Londres dans le cadre d’un V.I.E. en business development, Moussa-Cavin Beye n’imaginait sans doute pas que son parcours professionnel deviendrait également une source d’inspiration pour des milliers de jeunes francophones. Aujourd’hui Business Developer chez Gigamedia, marque du groupe Rexel spécialisée dans les solutions de smart building, il travaille au développement de l’activité dans le sud du Royaume-Uni. Mais son quotidien ne s’arrête pas là.

Avant de rejoindre Gigamedia, il a notamment travaillé comme Account Manager chez Orange Business Services. En parallèle, il partage sur les réseaux sociaux son expérience de Londres, ses études, son parcours professionnel et les coulisses de sa vie outre-Manche, sur le compte BeYourBeye. « Je me suis mis en tête de raconter ma vie, mon parcours, mes études, ma vie au Royaume-Uni, en me disant simplement que ça pouvait aider », explique-t-il.

 

Moussa-Cavin Beye, le “Frenchy à suivre” qui veut ouvrir Londres aux jeunes francophones

 

Son contenu trouve rapidement son public, notamment auprès des 18-23 ans qui s’interrogent sur leurs études, leur orientation ou la possibilité de construire leur avenir à l’étranger. En un an, il rassemble plus de 17 000 abonnés et dépasse le million de likes sur les réseaux sociaux. À cela s’ajoutent une importante communauté sur LinkedIn et de nombreuses participations à des podcasts.

L’objectif reste pourtant le même depuis le début : montrer que d’autres trajectoires sont possibles. « Au départ, je n’avais pas vraiment de cible. Je voulais surtout parler aux jeunes qui me ressemblent », raconte-t-il.

 

 

Cette visibilité lui permet aussi d’accompagner directement ceux qui le contactent. Conseils, échanges, retours d’expérience : près de 400 étudiants ont déjà bénéficié de son aide. Une dimension qui compte particulièrement pour lui. « Si quelqu’un me dit que ce que j’ai raconté lui a permis d’oser, de partir ou de croire en lui, c’est ça qui compte. »

Son activité dépasse désormais les réseaux sociaux. Il développe des partenariats et de nouveaux projets autour des bons plans et des loisirs pour les jeunes Français à Londres, avec toujours la même volonté de créer du lien. Un parcours remarqué puisqu’un an seulement après son arrivée au Royaume-Uni, il devient également lauréat du Grand Prix V.I.E 2025 de Business France. « Je ne m’attendais pas forcément à ce que tout cela arrive », reconnaît-il. « Les gens ont commencé à me demander comment ça fonctionnait, alors j’ai commencé à jouer mon rôle. »

 

Marine Vincent, de la pharmacie à la French skincare

Trophée Entrepreneur, remis par EDHEC Business School

Lorsqu’elle arrive au Royaume-Uni, Marine Vincent ne maîtrise pas encore parfaitement l’anglais. Plus de vingt ans plus tard, la pharmacienne française est à la tête de The French Pharmacy, une adresse londonienne devenue une référence autour de la beauté française.

Son parcours commence dans une structure française avant de se poursuivre dans des pharmacies anglaises et au sein du NHS. Elle y évolue progressivement jusqu’à devenir responsable. C’est au fil de ces expériences qu’émerge une idée : imaginer une pharmacie qui associerait produits, conseils et accompagnement. « Je voulais démystifier la skincare », résume-t-elle.

 

 

Il y a une dizaine d’années, elle commence donc à développer le concept d’une parapharmacie reposant sur une approche pluridisciplinaire. « L’idée, était de travailler avec des thérapeutes, proposer une vision plus globale. »

La boutique en ligne The French Pharmacy constitue une première étape. La presse s’intéresse rapidement à son projet et plusieurs marques lui apportent leur soutien. Puis une demande revient régulièrement : ouvrir une adresse physique au cœur de Londres.

 

La pharmacienne française qui a conquis Londres dévoile The French Skincare Bible

 

La pandémie de 2020 accélère finalement le projet. Marine Vincent trouve un local à Marylebone et entreprend elle-même les travaux pour donner vie à cet espace consacré notamment aux marques françaises de skincare. Le lieu attire aujourd’hui des beauty editors, des journalistes, des personnalités et des visiteurs venus découvrir l’univers de la beauté à la française. Parmi eux, Hailey Bieber ou encore Isabelle Adjani. « La skincare française est réputée à travers le monde », rappelle-t-elle.

Forte de cette expérience, la pharmacienne souhaite désormais transmettre son savoir au-delà de sa boutique. Elle publie The French Skincare Bible, aux éditions Bloomsbury Publishing, un ouvrage sur lequel elle travaille pendant deux ans, principalement durant ses étés et ses week-ends. « J’ai vraiment voulu parler de la beauté à la française dans un sens plus large. Je pense que nous comprenons également un pays par son approche de la beauté. »

Le livre prolonge finalement son métier de pharmacienne : conseiller, expliquer et accompagner. « Je l’ai écrit comme la pharmacienne que je suis, avec mon expérience. Donner des conseils représente ce que je fais tous les jours avec mes clients. » Après avoir développé son activité au Royaume-Uni, Marine Vincent regarde désormais vers les États-Unis, son deuxième marché. « La prochaine étape, ce sont les États-Unis. [...] Sky is the limit. »

 

Clémentine Hamdan, accompagner les futures mamans françaises à Londres

Trophée Social et Humanitaire, remis par la Caisse des Français de l’étranger (CFE)

Après une carrière dans le marketing et la vente, Clémentine Hamdan a choisi de changer de voie pour devenir doula à Londres et formatrice en hypnobirthing. Avec Birth Atelier London, elle accompagne aujourd’hui les femmes enceintes expatriées et leurs partenaires, de la grossesse aux premières semaines après la naissance.

Le déclic intervient après la naissance de son troisième enfant. Elle prend alors conscience de l’aide dont elle aurait elle-même pu bénéficier. « J’ai réalisé que j’aurais grandement bénéficié de la présence d’une doula pour mes propres accouchements, mais le concept m’était inconnu à l’époque. »

 

 

Une doula n’a pas de statut médical et ne remplace ni sage-femme ni médecin. Son rôle consiste à offrir un soutien émotionnel, physique et informatif, tout au long de la grossesse et jusqu’aux six premières semaines après l’accouchement. À Londres, Clémentine Hamdan constate surtout un décalage avec les habitudes de nombreuses futures mamans françaises. « À Londres, le suivi surprend souvent les futures mamans françaises. »

 

Clémentine Hamdan, ou l’évidence de la vocation de doula

Pour une grossesse considérée comme sans risque, le suivi du NHS est en effet relativement léger durant les deux premiers trimestres. Les consultations sont courtes et la première échographie intervient généralement plus tard qu’en France. Le troisième trimestre peut également s’accompagner d’une approche différente autour de l’induction médicale.

Face à ces différences culturelles et organisationnelles, Birth Atelier London mise avant tout sur la préparation. L’objectif est de donner aux futurs parents les informations nécessaires pour comprendre leurs options, formuler leurs choix et mieux faire face aux imprévus. Clémentine Hamdan a progressivement constitué une équipe pluridisciplinaire réunissant notamment une sage-femme, une physiothérapeute spécialisée dans la santé pelvienne, une doula post-partum et consultante en lactation, ainsi qu’une doula et professeure de yoga.

Les séances associent théorie et pratique, avec notamment des « Integration Labs » consacrés à la gestion de la douleur, à la relaxation et à la compréhension des protocoles hospitaliers. Une attention particulière est également portée aux partenaires. « Le conjoint est aujourd’hui le principal point de continuité pour la mère dans un système hospitalier où les équipes de garde tournent constamment », souligne-t-elle.

Pour la fondatrice de Birth Atelier London, préparer le couple est donc aussi essentiel que préparer la future mère. « Une naissance réserve toujours sa part d’imprévus, mais lorsque le partenaire sait comment réagir, le couple aborde l’accouchement comme une équipe soudée et confiante. »

 

Marianne Badrichani, faire entendre les voix du théâtre français à Londres

Trophée Culture / Art de vivre, remis par Act’In Theatre

Depuis vingt-cinq ans, Marianne Badrichani travaille à faire découvrir les auteurs français au public britannique. Directrice de Bold Theatre et de Gallic Gang, elle est à la fois productrice, metteuse en scène et adaptatrice, avec une ambition intacte : faire circuler les histoires françaises au-delà de leur langue d’origine.

 

 

Formée et lancée sur les scènes françaises, elle arrive à Londres avec une passion déjà bien installée pour les auteurs français. « Je suis venue conquérir cette île. J’ai même osé me présenter comme la Jeanne d’Arc du théâtre français », plaisante-t-elle.

Son travail repose sur une conviction : le regard étranger permet parfois de redécouvrir autrement les textes que l’on croyait connaître. « À l’étranger, nous percevons différemment les racines et la modernité de nos textes. Nous les confrontons au regard acéré des Anglais. »


Marianne Badrichani, la “Jeanne d’Arc du théâtre français” à la conquête de Londres

Cette confrontation n’est pas toujours simple. Les critiques britanniques peuvent se montrer particulièrement exigeants quant à la pertinence ou à la portée sociale d’une œuvre. Marianne Badrichani y voit cependant une occasion de créer du dialogue. « Personnellement, je crois que nous pouvons aussi célébrer l’humour, le style, la langue et souvent ce décalage provoque des chocs féconds. »

Pendant dix ans, elle dirige Cross Channel Théâtre, un travail de lecture et de traduction qui l’amène à parcourir plusieurs centaines de pièces contemporaines. Une trentaine trouveront finalement leur public britannique. « Il s’agit d’un travail de dentelle et de diplomatie. Chaque mot compte. Mais quelle joie quand nous trouvons ensemble le mot juste ! »

Aujourd’hui, elle poursuit cette mission avec Bold Theatre et Gallic Gang, installés dans un bâtiment de 1 000 m² à Elephant & Castle. L’espace est pensé comme un laboratoire où peuvent se croiser artistes, auteurs et nouvelles formes théâtrales. « Ces espaces temporaires sont une bénédiction. Ils échappent aux règles des grands théâtres et permettent d’expérimenter. Nous y testons de nouvelles formes, y accueillons de jeunes auteurs, y respirons autrement. »

Au fil de sa carrière, Marianne Badrichani a notamment travaillé autour de textes de Nathalie Sarraute, Rémi De Vos, Jean Poiret ou Jean-Claude Carrière. Ses spectacles ont également investi des lieux inattendus : un cimetière victorien pour Perrault, un hôtel pour Balzac ou encore une station de métro pour une performance immersive. Décorée du titre de Chevalière des Arts et des Lettres par la France, elle considère cette distinction comme une reconnaissance collective.

Et après vingt-cinq ans à défendre le théâtre français outre-Manche, elle ne compte pas ralentir : « Je continuerai à défendre le théâtre, en français, en anglais. Je ne capitulerai pas ! Vive le théâtre et Vive la liberté ! »

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