Avant que les lauréats ne soient dévoilés lors de la cérémonie le 28 janvier prochain à la Résidence consulaire, découvrez les profils exceptionnels des 4 finalistes du Trophée Culture Art de Vivre des Trophées des Français du Maroc, remis par le Consulat général de France à Rabat.


Découvrez les parcours des quatre finalistes de la sélection 2026. Qui pour succéder à Younes Boumehdi ?

Flo Arnold, artiste plasticienne (Casablanca)
Flo Arnold a commencé son parcours à l’étranger dès sa naissance à Schirmeck, en Alsace. À l'âge d'un mois, sa famille a pris la direction de la Côte d'Ivoire, s'installant à San Pedro. "Ces premières années, passées au bord de l'océan Atlantique, ont bercé mon enfance jusqu'à l'âge de trois ans," se souvient-elle, évoquant son émerveillement pour l'exotisme et la découverte.
Par la suite, ils ont déménagé près de Douala, au Cameroun, où ils ont vécu dans la brousse, sur une base vie. Son père, impliqué dans la construction du barrage de Song LouLou, a contribué à l'immersion de Flo dans un environnement unique de six à dix ans. Cela a renforcé son sens d’appartenance à des cultures diverses, lui permettant de "comprendre les réalités de la vie en communauté."
À l'âge de onze ans, la famille a déménagé en Algérie, s'établissant à Bordj-el-kiffan. "Ces années entre 11 et 13 ans m'ont offert une immersion dans une culture différente," témoigne-t-elle, enrichissant ainsi sa vision du monde. L’adolescence de Flo a également été marquée par un retour significatif au Cameroun, à Douala, de 14 à 16 ans, lui permettant de renouer avec ses racines africaines.
À dix-sept ans, sa quête académique l’a menée à Casablanca, au Maroc, où elle a préparé son baccalauréat. "Ce passage a été déterminant pour ma maturité et mes aspirations futures," affirme-t-elle. Ensuite, à 20 ans, Flo a poursuivi ses études en arts à Londres, cultivant sa passion créative dans un environnement artistique dynamique.
Après ses études, elle a ouvert un nouveau chapitre à San Francisco, aux États-Unis, où elle a vécu entre 27 et 30 ans. "Cette période a été marquée par l'innovation et la diversité culturelle," se remémore-t-elle. Depuis 2002, Flo a choisi de s’établir à nouveau à Casablanca, où elle poursuit sa carrière en tant que plasticienne. "Mon parcours international a profondément façonné mon art et ma vision du monde," dit-elle, tout en continuant d'explorer les interstices entre les cultures qui nourrissent son identité.
Actuellement, sa sculpture "Mermaid's Song" est exposée à Amsterdam dans le cadre de l’Amsterdam Light Festival. Elle est visible sur les canaux de la ville jusqu'au 19 janvier 2025. "Cette œuvre a été réalisée dans mon atelier à Casablanca, et sa conception jusqu'à sa fabrication a nécessité une année de travail passionné," précise Flo, soulignant l'importance de ce projet dans son parcours artistique.
De plus, elle est ravie d'annoncer une nouvelle collaboration avec la galerie African Arty de Casablanca, qui a pour objectif de promouvoir l'art marocain à l'international. "Cette collaboration est une belle opportunité de partager ma vision et d'encourager l'appréciation de l'art marocain à l'échelle mondiale," déclare-t-elle.
Flo décrit son expérience comme exceptionnelle, relevant que "mon parcours, loin d’être habituel, représente une mosaïque de moments et d’opportunités." Elle exprime sa gratitude envers ses parents, reconnaissant le rôle clé de son père dans l'amélioration des conditions de vie en Afrique, en apportant l’eau et l’électricité. Cela l’a inspirée à suivre sa propre voie artistique. "Je continue à porter cet héritage avec fierté," explique Flo, en intégrant dans son art les leçons de vie qu'elle a apprises et les valeurs qu'elle a intégrées.
Sa plus grande fierté réside dans la reconnaissance de ses pairs artistes marocains. "Faire partie intégrante du paysage artistique marocain et voir mes œuvres jusqu’au Palais Royal est une véritable victoire pour moi," souligne-t-elle. Pour Flo, l’art est un vecteur puissant de dialogue et de partage, capable de transcender les frontières. Elle conclut en affirmant que son voyage en Afrique est "un fondement sur lequel je bâtis ma créativité et ma vocation artistique, toujours en quête d'unité dans notre diversité mondiale."

Sinan Benlakhda, Créateur de contenu “Sinan Le P’tit Marocain” (Marrakech)
Diplômé du CELSA Sorbonne en communication, Sinan Benlakhda s’installe au Maroc à l’automne 2023 dans le cadre d’une année sabbatique initialement pensée comme un temps de pause et de reconnexion à ses origines. Ce séjour, prévu pour une durée limitée, se transforme rapidement en une expérience de vie profonde, à la fois personnelle et collective, qui trouve un large écho auprès du public.
Arrivé à Marrakech sans repères, Sinan traverse d’abord un choc culturel marqué. Progressivement, il s’intègre à la vie locale, apprend le darija et s’approprie les codes du quotidien, jusqu’à passer, selon ses propres mots, « du statut d’étranger à celui de Marrakchi d’adoption ». Cette immersion s’accompagne de nombreux voyages à travers le pays, nourrissant une compréhension fine du Maroc contemporain, de ses territoires, de ses traditions et de sa modernité.
Convaincu que son expérience individuelle fait écho à une histoire partagée par de nombreux jeunes issus de la double culture, il décide de la raconter sur les réseaux sociaux à travers le compte Sinan Le P’tit Marocain. En l’espace d’un an, la communauté fédérée autour de ce projet passe de quelques centaines à plus de 100.000 abonnés. À travers ses contenus, Sinan propose un récit accessible et bienveillant du Maroc d’aujourd’hui, mettant en lumière la richesse du métissage franco-marocain et la force du vivre-ensemble. « Je suis parti au Maroc pour me perdre, et j’y ai finalement trouvé ma place », résume-t-il.
Son parcours prend rapidement une dimension publique et institutionnelle. Il est invité à intervenir à l’Institut du Monde Arabe à Paris pour témoigner de la quête identitaire et du rapport à la langue arabe lorsque l’on grandit entre deux cultures. Il participe également à des événements de référence tels que le Salon du Monde Arabe ou Les Portes du Maroc, contribuant à nourrir le dialogue culturel entre la France et le Maroc.
Au-delà du statut de créateur de contenu, Sinan revendique une mission culturelle et sociale. À travers des vidéos largement relayées, consacrées notamment aux célébrations de Noël dans une famille franco-marocaine ou à l’Aïd au Maroc, il illustre concrètement la coexistence harmonieuse des cultures. Certaines publications atteignent plusieurs centaines de milliers de vues et génèrent des dizaines de milliers d’interactions, révélant un fort impact auprès d’un public jeune et multiculturel.
Fier de ses deux pays, Sinan s’attache également à valoriser les initiatives culturelles françaises au Maroc, notamment celles portées par les Instituts français, et à accompagner, à son échelle, les dynamiques de rapprochement entre les deux rives de la Méditerranée. Son parcours incarne une forme de diplomatie culturelle citoyenne, fondée sur l’authenticité, la narration du quotidien et le partage. À travers Sinan Le P’tit Marocain, il affirme une conviction forte : « la double culture n’est pas un tiraillement, mais une richesse et un pont entre les mondes ».

Hervé Chourreau, fondateur de l’Ecole Française de Théâtre (Casablanca)
Hervé Chourreau est un Français vivant à Casablanca, célèbre pour son accent qui rappelle le Sud de la France. En 2004, il a débuté son parcours au Maroc en tant que consultant formateur pour AS Conseil, lors de la fusion des groupes bancaires Wafa Bank et BCM, qui a donné naissance au groupe Atijari. En 2010, il décide de s’installer durablement à Casablanca, où il gère la société CDPP.
L’Ecole Française de Théâtre (EFT), qu'il fonde en 2012, témoigne de son engagement passionné envers l'art théâtral et l'éducation culturelle. "Je suis arrivé au Maroc pour la première fois en vacances, où j'ai fait connaissance avec des Français participant à des affaires, notamment avec la Attijariwafa bank," explique-t-il. Après plusieurs années de formations ponctuelles, la nécessité de concilier ses activités professionnelles en France et au Maroc l'incite à s'installer définitivement au Maroc.
Hervé souligne que l'EFT est un espace unique où petits et grands, quelles que soient leurs origines ou classes sociales, se retrouvent autour d'une passion commune : le théâtre. "Nous parlons 100% français dans cette école. L'objectif est aussi de permettre à mes élèves de perfectionner leur maîtrise de la langue française," précise-t-il. Ce travail linguistique, où il corrige les fautes de grammaire, conjugaison et syntaxe, est souvent la première motivation des élèves à rejoindre l’EFT.
L'école émerge d'une collaboration fructueuse avec la Cité des artistes, où il donnait des cours de théâtre : "Ça a super bien marché. L'école qui comptait 20 élèves, quand je suis parti, il y en avait 120." Suite à des désaccords, il est encouragé par les parents d'élèves et ses amis à ouvrir sa propre école, attirant avec succès les enfants qu'il avait formés.
L’un des objectifs majeurs de l'EFT est de rendre le théâtre accessible à la classe moyenne marocaine. "J'ai mis volontairement des tarifs relativement bas. Ici, tout ce qui est artistique est élitiste. Je veux donner l'accès aux enfants de toutes classes sociales,” affirme Hervé. Dans son école, on trouve des élèves de la mission francophone ainsi que ceux ayant des difficultés en français : "Contrairement à ce que l'on pense, il n'y a pas de moqueries entre eux. Ils s'entraident et apprennent des uns des autres. Ça crée des liens et de la solidarité."
Hervé Chourreau est particulièrement fier d'avoir permis à plus de 500 élèves de tous âges d'explorer le théâtre, un art intemporel et toujours d'actualité. La troupe de l'EFT se produit sur de nombreuses scènes à Casablanca, Rabat et Marrakech, avec des représentations de pièces d'auteurs contemporains français. Parmi les succès notables figurent "A fond la caisse" de Franck Didier (2018, 4 représentations, 1000 spectateurs), "Les belles sœurs" d'Éric Assous (2022, 6 représentations, 1800 spectateurs) et "Un grand cri d'amour" de Josiane Balasko (2023, 5 représentations, 1100 spectateurs).
Actuellement, la troupe vit une expérience unique avec "Mon ami Icare," une création de Grégoire Chaste, un expatrié français installé au Maroc depuis 10 ans. Ce projet réunit des artistes français et marocains, avec les premières représentations ayant eu lieu à l'Institut Français de Casablanca et au théâtre du CAFC. Hervé espère poursuivre cette tournée dans d'autres Instituts Français à travers le Maroc, notamment à Rabat, Kénitra, Essaouira, Agadir, Meknès et Fès.
Ainsi, Hervé Chourreau, par son engagement à rendre le théâtre et la langue française accessibles, contribue de manière significative à la culture marocaine tout en tissant des liens de solidarité et d'apprentissage entre ses élèves. Son parcours est un bel exemple de la manière dont l'art peut servir d'outil d'intégration et d'épanouissement personnel.

Olivier Unia, Photographe (Rabat)
Olivier Unia est un photographe français installé à Rabat depuis 2009. Arrivé initialement pour un simple weekend, il décide finalement de s’y installer en famille dans le cadre d’une expatriation prévue pour trois ans. Une parenthèse qui deviendra un choix de vie durable : « Arrivés à Rabat en 2009 pour un week-end, nous avons décidé de nous y installer en famille… et nous ne sommes finalement jamais repartis ». Si ses enfants vivent aujourd’hui en France, Olivier et son épouse ont fait du Maroc leur terre d’accueil, où ils poursuivent leur vie et nourrissent leur passion pour la photographie.
Son parcours est exceptionnel par la reconnaissance internationale qu’il a obtenue dans le domaine de la photographie. Le 11 mars 2025, il reçoit le prix de “Open Photographer of the Year” lors de la prestigieuse cérémonie des Sony World Photography Awards 2025 à Londres, parmi plus de 420 000 photographes du monde entier, l’un des plus grands concours photographiques au monde. Cette distinction marque pour lui un accomplissement majeur : « Le 11 mars 2025, j’ai eu l’immense fierté d’être récompensé du prix d’Open Photographer of the Year, un moment fort qui couronne des années de travail et de passion ».
Cette récompense s’inscrit dans un parcours déjà jalonné de prix internationaux, parmi lesquels le 1er prix 500px and Neil Dankoff Photography Competition (Street Photography) en 2022, le 1er prix Paris International Street Photography en 2022, le 1er prix Photo Maghreb de l’année en 2023 et le Grand Prix de la Photo du Maroc en 2024.
Olivier Unia a également exposé ses oeuvres dans de nombreuses galeries et festivals internationaux à New York, Londres, Berlin, Milan, Tokyo et Paris, à travers des expositions collectives et individuelles. Son travail capte avec justesse le mouvement, la lumière et l’âme des lieux, mettant en valeur les cultures et les traditions avec une sensibilité particulière. Cette démarche se retrouve notamment dans son projet consacré à la Tbourida marocaine, un travail de long terme dont la publication sous forme de livre est prévue pour 2026.
Le parcours d’Olivier Unia illustre à la fois un talent photographique reconnu à l’échelle internationale et une immersion profonde dans la culture marocaine. Sa plus grande fierté réside dans la capacité de son regard à toucher un public mondial tout en rendant hommage à l’authenticité, à la beauté et à la richesse du Maroc.
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