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Sorehara, une aide anonyme contre le harcèlement au travail au Japon

Par Julien Loock | Publié le 29/07/2018 à 17:01 | Mis à jour le 29/07/2018 à 17:11
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Un design kawaii, une mascotte féline et une couleur rassurante, voici, au premier coup d’œil, ce qu’inspire le site Internet japonais Sorehara, mis en ligne par un jeune prodige IT de 21 ans, Tatsuki Yoshida. Pourtant, son utilisation et son but sont à des années-lumière d’une thématique légère et divertissante : les utilisateurs du site s’y rendent pour dénoncer, anonymement, tous les types de harcèlements et de comportements inappropriés qu’un(e) employé(e) peut subir, au quotidien, dans son environnement de travail au Japon. Explications.


Le but est simple : permettre aux victimes d’envoyer un mail anonyme à la personne qui harcèle, pour l’informer de son comportement déplacé. Comme l’exprime le site Internet dès le premier scroll, vous n’avez pas à souffrir seul, alors demandez de l’aide au Chat pour que justice soit faite. 


Très japonais dans l’approche, Sorehara prend la main des harcelés pour les aider à briser le silence dans un monde du travail souvent peu enclin au bonheur personnel. Ce service online sert donc d’intermédiaire pour une communication efficace entre les protagonistes. Et le harcèlement est définitivement l’essence propre de Sorehara, terme qui provient du japonais « Sore harasumento », traduisible par « ceci est du harcèlement ! ».


Mais l’approche de Sorehara, et de son créateur indirectement, est d’éduquer plus que dénoncer violemment. Le service part du postulat que son chef ou son/sa collègue ne sait pas toujours que son comportement est problématique et déplacé et qu’il peut être très mal vécu par la personne qui le subit. Bien évidemment, certaines catégories de harcèlement ne peuvent prétendre aux doutes ou à l’ignorance.


Grâce, entre autres, au mouvement #MeToo, tous les projecteurs sont braqués sur le harcèlement au travail qui sévit au quotidien, dans tous les domaines et envers toutes les catégories de personnes, spécialement les comportements déplacés, extrêmement inappropriés et connotés sexuels.


L’anonymat est, bien évidemment, une option cruciale du service du site Internet japonais. Briser le mur du silence, surtout au Japon, est une épreuve titanesque. Pour se sentir protégée et en terrain neutre, la personne peut ainsi créer sa déposition sans jamais devoir renseigner d’informations personnelles. Le jeune créateur a conscience que, dans son pays, le Japon, faire des vagues au sujet du harcèlement peut se terminer en violent retour de boomerang pour la victime qui pourra être « déménagée dans un autre service, voire mise à la porte ».


La suite est plutôt simple : la personne harcelée n’a plus qu’à choisir, sur Sorehara, le type de harcèlement et à remplir le formulaire qui sera envoyé, sous forme d’avertissement des plus polis, à l’individu accusé anonymement. La victime pourra ainsi sélectionner également le degré de harcèlement. Pour éviter que la personne, qui reçoit le mail, ne fasse le rapprochement trop facilement, il est aussi possible de programmer l’envoi jusqu’à deux mois après l’indication des faits.


L’individu visé recevra un mail l’informant de la plainte déposée sur Sorehara. Le contenu de l’envoi offrira ainsi deux choix au destinataire : je vais réfléchir à mon comportement ou je n’ai rien fait de mal. 


Disponible en anglais également, Sorehara peut s’avérer être une aide précieuse pour les personnes dans l’incapacité de faire face à tous les types de comportements inappropriés que l’on peut rencontrer dans le monde de l’entreprise. L’anonymat semble la solution adéquate mais peut également poser le problème de la véracité de la plainte. La personne qui reçoit le mail intrusif peut aussi se sentir harcelée. Actuellement, une cinquantaine de plaintes sont enregistrées par jour sur Sorehara.


Et comme le Japon reste le Japon, les catégories des comportements listés lorgnent vers l’exhaustivité. Outre le harcèlement sexuel, le harcèlement de supériorité ou encore le harcèlement moral, il est possible de se plaindre de la mauvaise odeur de ses collègues.   


 

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Julien Loock

Julien Loock

Rédacteur en chef de l'édition de Tokyo depuis décembre 2016.
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