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Les villes européennes face à la tourismophobie

Par Justine Hugues | Publié le 17/04/2018 à 20:00 | Mis à jour le 20/04/2018 à 09:42
Photo : © AFP
Tourismophobie

De Venise à Barcelone, en passant par Dubrovnik et Budapest, depuis quelques années, les habitants de villes européennes particulièrement prisées par les touristes réclament plus de régulation de la part des pouvoirs publics. Pour ces derniers, allier les ressources financières drainées par le tourisme de masse avec l’harmonie entre locaux et voyageurs relève d’un difficile jeu d’équilibriste. 

« Nous vous détestons », « touristes, rentrez chez vous  ».  Dans un nombre grandissant de destinations touristiques européennes, le flot de visiteurs suscite l'hostilité d'habitants résolus à reconquérir leur ville. Des Ramblas barcelonaises aux canaux vénitiens, les pancartes fleurissent et les manifestations se multiplient. Se sentant laissés pour compte et voyant leur environnement se dégrader,  les résidents protestent contre « l’invasion » touristique. 

 

Des actions choc 

Eté 2017. L’Espagne est le théâtre de plusieurs manifestations d'animosité envers les touristes, par des résidents excédés.  A Barcelone, plusieurs personnes encagoulées immobilisent un bus, crèvent ses pneus avant de taguer sur le pare-brise « le tourisme tue les quartiers ». A Palma de Majorque, le port rempli de yachts est envahi de fumigènes et des touristes attablés en terrasse font l’objet d’ une attaque de confettis tandis qu’à Saint-Sébastien, plus de 500 manifestants scandent à l’unisson « votre tourisme, la misère des jeunes ». 

Bien que ces scènes urbaines d’incivilité ciblant les touristes se soient multipliées récemment, elles sont le symptôme d’un malaise plus ancien face aux effets négatifs de la démocratisation des voyages. 

 

tourismophobie
© AFP

 

D’un côté, une manne financière, de l’autre, des centres ville qui grimacent

"Aujourd'hui, à Alfama, il est difficile de trouver un loyer de moins de 1.000 euros par mois : un montant énorme pour un Portugais dont le salaire est souvent inférieur à cette somme", indique à l'AFP Maria de Lurdes Pinheiro, présidente de l'Association du patrimoine et de la population d'Alfama, le plus vieux quartier de Lisbonne. La hausse des loyers, des services ainsi que des produits de consommation courante, associée à l’essor des plateformes de location entre particuliers ont bien souvent conduit les centres villes à se peupler de touristes, reléguant les habitants les plus pauvres en périphérie. Alessandro, qui est né et a toujours vécu à Florence, raconte. «  Beaucoup d’Italiens ne vont plus du tout au centre-ville. Trop de circulation, trop de queue pour entrer dans n’importe quel musée ou monument. Les boutiques de souvenirs et les restos de qualité médiocre se sont installés partout, c’est infernal ». 

Le tourisme massif produit «  des effets extrêmement clivants sur la population locale : d'un côté, des gens s'enrichissent et, de l'autre, des gens subissent, sont prolétarisés et marginalisés  », déclare à l’AFP l’anthropologue Jean-Didier Urbain. 

L’impact environnemental du tourisme de masse fait également l’objet de critiques acerbes. Preuve en est la pollution aérienne et marine dans des villes comme Venise ou Dubrovnik, où pullulent les bateaux de croisière. Autre problème pour les riverains : l’attitude de certains touristes qui profitent de destinations bon marché pour s’enivrer, avec les nuisances qui vont avec. 

Pour autant, l’activité touristique génère une part importante de la richesse des pays européens, jusqu’à 11% dans le cas de l’Espagne. D’après l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), organisme onusien basé à Madrid, un emploi sur dix dans le monde est lié au secteur touristique, qui représente 10% du PIB mondial. De 1995 à 2016, le nombre de voyageurs internationaux est passé de 525 millions à plus de 1,2 milliard grâce, entre autres, aux compagnies aériennes low-cost et aux visiteurs des marchés émergents comme la Chine, l'Inde et les pays du Golfe.

 

tourismophobie
© AFP

 

Et en France ?

Bien que la tourismophobie épargne encore relativement l‘Hexagone, la mort des petits commerces, les routes embouteillées ou la raréfaction de logements au profit d’hébergements touristiques sont autant de maux qui frappent, en haute saison, certaines régions françaises. La France représente l’un des marchés les plus lucratifs de la plateforme de location entre particuliers Airbnb. A Paris comme dans des villes balnéaires, plusieurs milliers d’appartements ont été transformés en logements touristiques au cours des dernières années. 

En Corse, destination prise d'assaut pendant la période estivale, il est commun d’entendre les habitants pester haut et fort sur cette même problématique des logements, ainsi que sur la lenteur des automobilistes « du continent » ou encore le manque de précautions des randonneurs. 

 

Entre quotas et taxation des plateformes de location saisonnière, les villes européennes tentent de juguler les flots 

Les autorités commencent à s’emparer du problème. A Barcelone, la municipalité a fait fermer plusieurs centaines de logements meublés sans autorisation et inflige des amendes de 30 000 euros à leur propriétaire. Par ailleurs, la ville a sanctuarisé le périmètre situé entre les Ramblas et le « barrio gotico », où il est désormais impossible d’ouvrir un nouvel établissement hôtelier ou d’accroitre le nombre de lits dans les structures existantes. A Dubrovnik, sous la menace de l’Unesco de lui retirer le label « patrimoine mondial de l’Humanité », la visite de la vieille ville est désormais strictement encadrée et limitée. C’est également le cas de Venise où, pour la première année, l’accès à la place Saint-Marc pour observer le « vol de l’ange », cérémonie d’ouverture du carnaval, a été autorisé à "seulement" 20.000 personnes. En novembre dernier, la ville a interdit l’accès à la lagune aux bateaux de croisière, suite au plébiscite des Vénitiens interrogés par référendum. 

En février,  les habitants du VIIe arrondissement de Budapest se sont prononcés sur la fermeture, entre minuit et 6 heures du matin, des bars qui ont essaimé depuis une dizaine d’années dans leur quartier, faisant le bonheur des voyageurs en quête de bière bon marché.

Ailleurs en Europe, les habitants se livrent à des consultations similaires et les pouvoirs publics posent des limites.  Autant de tentatives de réconciliation entre locaux et touristes. 

 

tourismophobie

 

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Justine Hugues

Justine Hugues

Après avoir travaillé 8 ans dans l’aide humanitaire et au développement (en Amérique Centrale, République Dominicaine et Birmanie) elle s'est reconvertie dans le journalisme avec l'ESJ Pro. Elle fait aujourd'hui partie de l'équipe de rédaction à Paris.
2 CommentairesRéagir
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dominique mer 18/04/2018 - 10:15

Il n'y a pas de "droit" à visiter Venise ou Barcelone, pas plus qu'il n'y a un "droit" à s'acheter une Ferrari ! la seule sélection possible est donc par l'argent (une forte taxe d'entrée par exemple), puis à chacun de décider s'il veut mettre ses économies dans une bagnole, un voyage, des diners au restaurant ou des fringues.

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Anatoll mer 18/04/2018 - 22:34

Une taxe pour avoir le droit de visiter le pays ,comme au Boutan , seul les riches peuvent apprécier ,pas moi j'aimerais aller au Boutan, trop cher pour mes petits moyens ! Il en est de meme pour tous les pays il y a toujours des plus pauvres et des plus riches que soi . Globalement le tourisme fait vivre beaucoup de gens . C'est une industrie qui apporte plus de positif par l'immensité des effets induits sur les emplois que de négatif, les mécontents qui peuvent se plaindre à juste titre des nuisances . Il appartient aux Maires et autres autorités de régions de gérer au mieux les retombées des richesses du tourisme pour qu'elles profitent plus équitablement plus largement à l'ensemble de la population . Ne jamais tuer la poule aux oeufs d'or .

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