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SNCM - Le conflit se Corse

Le navire de la SNCM détournémardi par des grévistes du Syndicat des travailleurs corses a étéarraisonnéhier matin par des commandos du GIGN. En Corse, plusieurs incidents ont émailléla journée. Le chef de file des élus indépendantistes, Jean-Guy Talamoni, dénonce lui une "trahison"

Une cinquantaine de militaires du GIGN ont pris d'assaut le navire détournépar les marins du Syndicat des travailleurs corses, hier, avant de le ramener àbon port. ( Photo : AFP )

Le fait, dans un conflit social, est sans précédent. Au terme d'une opération rocambolesque, des commandos héliportés du GIGN ont arraisonnéhier matin àBastia le ferry de la Sociéténationale Corse Méditerranée (SNCM) Pascal-Paoli, moins de 24 heures après son détournement par des marins du Syndicat des travailleurs corses (STC) dans le port de Marseille.
L'intervention a eu lieu peu après 8H30. Cinq hélicoptères ont surgi au-dessus du navire, arrivéla veille au soir au large de Bastia avec 60 marins àson bord. Une cinquantaine de membres du GIGN, vêtus de noir et encagoulés, sont descendus en rappel sur le pont supérieur du navire, avant d'en prendre le contrôle en dix minutes.
Selon un journaliste de France3 présent sur le navire, l'assaut, ordonnépar Matignon, "s'est déroulédans le calme". Les marins, mis en joue avec des armes de poing et des pistolets mitrailleurs, n'ont pas résisté. Quatre personnes, considérées comme les responsables du détournement, ont étéplacées en garde àvue. Les autres ont pu quitter librement le bateau lors de son arrivée àla base navale de Toulon, oùle Pascal-Paoli a étéramené.
Ambiance explosive dans les rues de Bastia
Alors qu'àMarseille le port autonome restait bloquépour la deuxième journée consécutive àla suite d'un mouvement de grève de la CGT du port, le dénouement de l'affaire a mis le feu aux poudres en Corse, oùla tension n'a cesséde monter au fil de la journée.
A Bastia, plus d'un millier de personnes se sont rassemblées sur le port, puis dans le centre-ville, pour exiger le retour du bateau sur l'Ile de Beautéet la libération de l'ensemble des marins du STC. Des barricades ont étédressées et la remorque d'un camion citerne positionnée dans une rue de la ville, obligeant les CRS dépêchés sur place àreculer, par crainte d'une explosion. Un local de recrutement de l'armée -dont dépend le GIGN- a même étémis àsac par une vingtaine de personnes cagoulées, tandis que le soir, un camion d'EDF était incendié.
Talamoni crie àla "trahison"
Un peu plus tôt dans la journée, le chef de file des élus nationalistes de l'île, Jean-Guy Talamoni, a dénoncélors d'une conférence de presse improvisée une "trahison"du gouvernement français. Selon lui, un accord avait ététrouvémardi, en vertu duquel l'opération devait se faire "sans arrestation"et avec une "requalification des faits". L'élu de Corsica Nazione a appeléà"fermer les mairies"et demandéaux sympathisants nationalistes "d'occuper (celles) qui ne fermeraient pas".
Hier soir, le fonds d'investissement Butler Capital Partners, retenu par le gouvernement pour reprendre la SNCM, a lancéun appel au calme. Le Premier ministre Dominique de Villepin, pour désamorcer la crise, a de son côtéreçu le patron de la CGT Bernard Thibault, dont l'organisation a préciséqu'elle soutenait le STC. A l'issue de cette rencontre, aucun accord n'a ététrouvé.
Valentin BONTEMPS. (LPJ) 29 septembre 2005

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