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Invitation au voyage : La fabuleuse Route de la soie

Par Catherine Soulas Baron | Publié le 20/06/2019 à 14:15 | Mis à jour le 21/06/2019 à 06:38
Photo : @GBaron, Grottes de Mati
Grottes de Mati Route de la Soie

Tel un conte des Mille et Une Nuits, l’évocation de la Route de la soie génère dans l’imaginaire des visions de longues caravanes chargées de biens précieux, des apparitions déferlantes de hordes de Mongols, des bruissements de draps de soie et d’or, des tintements de porcelaine et de verres sur fond de tempêtes de sable et halos enivrants d’épices et d’encens. Réseau de pistes terrestres (et plus tard maritimes) fluctuantes, s’étirant sur des milliers de kilomètres allant de la Chine de l’Est aux rives de la Méditerranée, elle est le berceau d’échanges commerciaux, culturels, religieux, philosophiques et scientifiques inégalés. Le Petit Journal  vous invite à découvrir la portion extrême orientale de cette route mythique.

 

itineraire, carte réalisée par Sarah Fredaigue
@Sara Fredaigue

SHANXI : Xian
C’est dans le sens Orient-Occident que s'ouvrit la route de la soie. Elle débute à Chang’an, actuelle Xian, capitale du Shanxi. Le mur d’enceinte, achevé sous la dynastie Ming pour protéger la vieille ville, demeure l’un des plus grands et des mieux conservés au monde. Par les quatre grandes portes arrivaient des centaines de chameaux et caravanes. À chacune des arrivées, à chacun des départs, sonnait la tour de la cloche. Dans la ville se croisent soldats, pèlerins, marchands, ministres et ambassadeurs de pays étrangers. Dès l’origine de la route, une importante population de marchands musulmans et de religieux s’installe dans le quartier des Hui, considérés aujourd’hui comme leurs descendants. La mosquée sino-arabe du lieu est un bijou. Plus au sud de la ville, la petite et grande pagode de l'oie sauvage, véritables bibliothèques, conservent manuscrits religieux et écritures bouddhiques rapportés des voyages en Inde via la Route de la soie. Enfin, premier empereur d’un empire féodal unifié, Qin Shi Huangdi se fait bâtir une sépulture gardée par des milliers de soldats en terre pour le protéger dans la mort. On lui doit la construction de la Grande Muraille du nord de Pékin au désert de Gobi. De nombreux vestiges et pans entiers de cette fortification émaillent la Route de la soie, témoignant de son importance dans la sécurité des hommes et des biens.

Xian , Armée de terre
@GBaron

GANSU : Lanzhou – Xiahe – Xining – Zhangye – Jiayuguan – Dunhuang
La voie ferrée épouse le tracé de la route de la Soie et traverse le fleuve Jaune à Lanzhou, carrefour prépondérant et capitale du Ganzu, au Nord-Ouest de la Chine. Passage obligé pour relier le Xinjiang et l’Asie centrale, la province du Gansu a la forme d’un long corridor appelé Hexi de 1 200 km au sud de la Mongolie intérieure. Les caravanes mettaient au moins deux mois à le parcourir. De Lanzhou, on atteint en bateau les grottes de Binglingsi (mille bouddhas en tibétain) recélant d’extraordinaires sculptures, peintures et gravures financées au fil du temps par de riches mécènes grâce aux bénéfices de la route de la Soie. Un site majeur à visiter de par sa richesse et ses paysages lœssiques.

Lanzhou
@GBaron

On rejoint Xiahe au Petit Tibet, sur les contreforts du plateau tibétain. Des pistes caravanières secondaires y portaient le trafic de marchandises jusqu’au Sitchuan. La ville abrite le magnifique monastère de Labrang, fondé en 1709, plus important monastère Gelugpa en dehors du Tibet.

Après avoir traversé un paysage de steppes à couper le souffle de Tongren à Xining, on part à Zhangye, ancien caravansérail, surnommé « La ville d’or de la route de la Soie ». Marco Polo y aurait passé une année entière avec son père et son oncle vers la fin du XIII e siècle, d’ou sa statue dans la ville. Il ne reste plus grand chose de la vieille cité caravanière, mais on y trouve un bouddha géant couché de 35 mètres de long, le plus grand de Chine. Plus loin, les exceptionnelles grottes de Mati Si, à flanc de falaise, sont en réalité un monastère où les moines bouddhistes s’installent et offrent l’hospitalité aux voyageurs exténués. Ce site démontre l’efficacité de la route de la Soie comme vecteur de diffusion du bouddhisme à partir de l’Inde.

Puis, au lever du soleil, on admire comme au temps des caravanes, les collines multicolores du parc national de Danxia, considérées par le magazine National Geographic comme l’un des phénomènes géologiques les plus merveilleux au monde.

Danxia
@GBaron
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Sur la route on visite les tombeaux des Wei et Jin.Face aux montagnes du Qinghai et ses neiges éternelles, la puissante forteresse militaire de Jiayuguan, achevée au XIV e siècle, dite Passe Imprenable sous le ciel, marque les limites occidentales de l’Empire du Milieu. Dans son enceinte, une vraie ville, gîte d’étape très important pour se reposer, acheter des victuailles, se procurer des montures fraîches et revendre ou échanger ses marchandises.

Forteresse de Jaiyuguan
@GBaron

Pour poursuivre sa route, dans un sens ou dans l’autre, les laisser-passer ou permis de voyager sont obligatoires. Grâce à ses tours de guet de 17 m de hauteur, les soldats surveillent le désert de Gobi et l’accès au corridor du Hexi afin de prévenir les invasions de barbares qui convoitent les précieuses marchandises. Au Nord-Ouest de la forteresse, on découvre la Muraille suspendue et à l’ouest la passe de Yumen (poste de douane où les caravaniers pouvaient attendre jusqu’à trois ans !), Anxi, le parc national de Yadan et les ruines de Suyang.

Dunhuang, dernière étape, est une cité-oasis de plus de 2 000 ans, située juste avant le désert de Taklamakan la où se divise la route de la Soie. La cité antique, alors poste de garnison le plus à l’ouest de la Chine, s’enrichit avec les pèlerins et les commerçants. Ces derniers racontent leurs voyages grâce à des sculptures et des fresques commanditées à des artistes et artisans. On les admire sur les plafonds et les parois des 492 grottes de Mogao, l’un des premiers relais bouddhiques de Chine, considérées comme trésor national. Le Sūtra du diamant qui y fut découvert parmi des milliers de manuscrits inestimables est le plus ancien livre imprimé au monde.

Ce fabuleux voyage se termine par un tour dans l’immensité des dunes de Mingsha au pied desquelles se trouve un vestige étonnant de la route de la Soie : la pagode du croissant de lune. Une petite oasis avec un lac en forme de croissant de lune qui ne se tarit jamais. Et là, une dernière fois, on essaie de percevoir le chant des sables.

 

Reprise de l'article paru dans le magazine Singapour n°13 (Mai-Sept 2019) dans la rubrique « Echappées belles ».

Catherine Soulas Baron

Catherine Soulas Baron

Ancien directeur juridique, Catherine est passionnée par le patrimoine, l'histoire et les questions interculturelles. Fondatrice de Savoir Vivre Ltd à Hong Kong, elle est lauréate du Prix Art de Vivre des Trophées des Français de l'étranger 2014
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