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Hossan Leong – Un Singapourien qui ne compte pas pour rien !

Par Catherine Zaccaria | Publié le 25/06/2019 à 14:30 | Mis à jour le 03/07/2019 à 06:06
Hossan Leong, acteur, Singapour, 50 ans

Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres – sa plus grande fierté – Hossan Leong est l’un des acteurs les plus aimés et reconnus de Singapour. Pianiste, chanteur, animateur radio, DJ, acteur de théâtre ou de cinéma, metteur en scène, rien de l’arrête ! Nous l’avons rencontré pour en savoir plus sur son parcours, sa passion pour le français et ses projets.

Quel est votre parcours d’étudiant ?
Hossan Leong :
J’ai eu une scolarité intéressante. J’ai fait un cursus normal, en primaire et secondaire, mais comme j’ai grandi dans une famille qui ne me parlait qu’en anglais, je ne parlais pas le mandarin jusqu’à ce que je commence l’école à 6 ans. Je trouvais ça très difficile mais à 16 ans, je n’ai pas eu le choix, j’ai dû passer les examens de mandarin comme deuxième langue afin d’entrer au collège. J’ai échoué ! Comme mes résultats dans les autres matières étaient bons, on m’a laissé passer mais je devais repasser cet examen. Après avoir échoué pour la troisième fois, alors que j’étais dans ma 2e et dernière année de collège, j’ai été renvoyé. Je ne pouvais donc pas aller à l’université ! Le monde s’est écroulé car je n’avais plus d’issue. Mes parents étaient tellement déçus !

À cette époque, Singapour, via l’Economic Development Board, avait un partenariat avec le gouvernement français. Les entreprises françaises investissaient dans la cité-État et avaient installé un collège technique pour former des techniciens. Mon père m’a donc inscrit dans cette formation pour que j’obtienne un diplôme. Cela ne me plaisait pas du tout ! Mais, point positif, j’ai dû apprendre le français car tous les manuels étaient en français. J’avais des notes excellentes en français et déplorables dans les matières techniques. Un jour, le directeur m’a appelé pour me dire : « Ici ce n’est pas une école de langue, c’est un collège technique ! ».

Finalement, ils m’ont donné mon diplôme et prié de partir ! Je ne comprenais toujours rien à la technique mais je parlais couramment le français. Puis j’ai étudié à l’Alliance française où j’ai obtenu un diplôme. C’est à cette période que j’ai rencontré Nathalie Ribette et que j’ai commencé à travailler avec elle.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Nathalie a toujours suivi ma carrière. Un soir, après un spectacle, elle est venue me voir. Elle était en train de monter Sing’Theatre et elle voulait que j’en fasse partie. On a monté le spectacle « No Regrets, a Tribute to Edith Piaf » en 2007. C’est de cette façon que ma collaboration avec Nathalie et la communauté française a commencé.

Quels étaient vos rêves quand vous étiez enfant ?
J’avais quatre ambitions : d’abord je voulais être avocat, puis instituteur, journaliste et même acteur. Comme il est impossible de faire les trois premiers métiers sans diplôme, je suis devenu acteur ! Par la suite, j’ai écrit pour des magazines, j’ai enseigné le théâtre dans des écoles et j’ai joué le rôle d’un avocat. Finalement j’ai tout fait !

Avez-vous suivi une formation professionnelle pour devenir acteur ?
Non, à cette époque, dans les années 90, je voulais intégrer l’Institut national d’art dramatique de Sydney mais c’était très difficile car ils acceptaient seulement 18 étudiants par an, venant du monde entier. C’est une école très réputée où a été formée Cate Blanchett par exemple. J’ai passé les trois premiers tours des auditions et finalement le directeur m’a fait une faveur. Il m’a dit qu’il ne m’accepterait pas car ils allaient détruire ma personnalité et me reconstruire formaté par l’école. Je l’ai retrouvé quelques années plus tard à LASALLE College of the Arts, où il est doyen. Je l’ai remercié de m’avoir sauvé en refusant ma candidature à Sydney ! J’ai tout appris à travers les rencontres que j’ai faites. Mon travail est instinctif et personnel.

Avez-vous déjà travaillé en dehors de Singapour ?
J’ai toujours travaillé à Singapour. L’un de mes rêves, bien sûr, quand j’étais plus jeune, c’était d’aller à Hollywood, New York, Londres ou même Paris, mais je n’ai jamais réussi. Tant pis, ce n’est pas grave.

Qu’est-ce que vous préférez faire ? Le théâtre ? Le cinéma ? Vous avez expérimenté tant de choses différentes…
J’adore le théâtre. Il y a un contact direct avec le public. Être sur scène, c’est très épanouissant, cela permet de communiquer avec l’audience et d’être soi-même. Dans un film, tu es dirigé, tu ne décides pas comment tu veux jouer la scène. J’ai été DJ à la radio pendant dix ans, c’est une sensation étrange de parler à un micro sans savoir qui écoute.

Quelles sont les limites à la liberté d’expression pendant un One Man Show ?
Pour tous les spectacles à Singapour, le script doit être envoyé deux mois avant au Infocomm Media Development Authority (IMDA). C’est une garantie que rien ne va être prononcé contre le gouvernement ou une religion. Tout le monde suit les règles, c'est une étape obligatoire. Le problème c’est que parfois, entre le moment où un script est envoyé et le show, il se passe des choses dont je souhaite parler. Il faut alors informer le IMDA, car il est toujours possible qu’un représentant soit dans la salle pour venir s’assurer que le spectacle respecte bien le script. J’essaie donc de rester au plus près du cadre.

Comment trouvez-vous l’inspiration pour vos spectacles ?
Juste en observant ce qu’il se passe autour de moi. Et comme il m’arrive toujours des choses bizarres, je les note pour ne pas les oublier et je m’en sers.

Pour votre prochain spectacle, on peut voir sur votre page Instagram une photo de vous où vous représentez plusieurs personnages féminins de Walt Disney, pourquoi ?
À chaque spectacle Hossan-AH nous avons repris des personnages de théâtre (Hossan-AH 2013) et de la télévision (Hossan-AH 2015). Cette fois, nous avons choisi l’univers des princesses de Disney. Je voulais aborder le mouvement #MeToo sans être trop sérieux. Je milite en faveur de l’autonomie et de l’indépendance des femmes, c’est pourquoi j’ai choisi ces personnages. Le spectacle sera un One Man Show avec des parties chantées, avec un orchestre et un chœur. Ce spectacle est spécial. Non seulement il célèbre mon 50e anniversaire, mais ce sera également le dernier en tant que Hossan-AH. J’ai d’autres projets en tant qu’acteur ou producteur, mais ce personnage de scène assez personnel et intime n’existera plus.

Hossan Leong, Spectacle 50 ans

 

De plus, je voudrais rendre à la communauté qui me supporte depuis mes débuts. Je vais donc reverser les profits d’une soirée à deux associations : Arc Children’s Centre, qui aide les enfants malades avec une espérance de vie assez courte, et Caregivers Alliance Ltd, qui vient en aide aux personnes accompagnants des patients ayant des problèmes de santé mentale par le biais de l'éducation, des réseaux de soutien et du soutien en cas de crise.

Que ressentez-vous par rapport à ce dernier show ?
Je me sens évidemment un peu triste, mais c’est l’occasion de remercier tous ceux qui m’ont soutenu. Ma famille, mes amis, qui sont là depuis le début. Il est temps de prendre une autre direction, c’est une page qui se tourne. Je la tourne avec gratitude, pas avec regret. Je suis très heureux de passer à autre chose.

Quels sont vos projets pour la suite ?
Après un peu de repos, je commencerai les répétitions avec Sing’Theatre. Nathalie met en scène une comédie musicale « A Spoonful of Sherman » sur les chansons qui ont bercé notre enfance, qui aura lieu en novembre. Puis, en janvier je débuterai les répétitions pour une pièce d’Oscar Wilde, « The Importance of Being Earnest ». Ensuite, je dirigerai « The return of A Singaporean in Paris » parce que cela fera 10 ans depuis le premier spectacle. Nous explorerons les différences et les similitudes culturelles et sociales entre Paris et Singapour. Cette fois, je ne serai pas le Singapourien ! À la fin de l’année, je mettrai en scène « Snow White ».

Avez-vous des conseils à donner aux jeunes qui veulent suivre votre voie ?
Oui, je leur conseille de foncer, d’étudier. Moi, je ne l’ai pas fait mais c’est important. Il faut être persévérant car sur dix auditions, neuf auront une réponse négative.

Je participe à la formation des jeunes générations, je leur donne la possibilité de monter sur scène. Je mets à leur disposition mes compétences mais aussi mon réseau pour les aider à accéder à leurs rêves.

Quel est votre plus beau souvenir ?
Après avoir travaillé avec Nathalie Ribette et l’Alliance française, j’ai été très honoré d’être nommé, en 2010, chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres du ministère de la Culture français. C’était l’un des plus grands moments de ma vie. C’est la première fois que j’ai vu mon père pleurer ! Je ne crois pas qu’un autre singapourien ait reçu cette décoration. Elle me permet de construire un pont entre les deux cultures, française et singapourienne. J’aimerais un jour avoir la possibilité de faire un spectacle en France.

Les opportunités que j’ai eues d’être sur scène, devant ou derrière la caméra, sont aussi des moments spéciaux. Après avoir toujours joué un personnage comique, l’année dernière j’ai tourné pour une série télé pour HBO, une sorte de western. C’était sauvage ! Dans un langage que je n’utilise jamais au quotidien, très violent. Je devais me battre, faire du kung-fu, je n’avais jamais joué un rôle comme celui-là.

Chaque rôle, chaque expérience est un très bon souvenir pour moi. C’est très difficile de dire lequel est le meilleur souvenir.

Propos recueillis par Catherine Zaccaria et Chloé Laage.

 

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Catherine Zaccaria

Catherine Zaccaria

Après une longue relation amicale avec le Petit Journal, Catherine a rejoint l’équipe comme relectrice, correctrice, puis contributrice, avant de reprendre le poste de Rédactrice en chef.
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