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FOREVER YOUNG !

Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 15/10/2017 à 13:00 | Mis à jour le 20/09/2018 à 08:39
Forever Young Singapour Singtheatre

Sing'Theatre, la compagnie de Nathalie Ribette, fête son dixième anniversaire cette saison. Avec cette pièce musicale d'Erik Gedeon, elle célèbrera jusqu'au 21 octobre prochain cette décennie passée, celle qui lui a donné une place dans le paysage artistique singapourien.

Jouée dans toute l'Europe, célébrée à chacune de ses nouvelles adaptations, la pièce d'Erik Gedeon arrive enfin à Singapour. On attendait donc avec impatience, la comédie qui a fait rire une partie des quinquas européens. Comme à l'accoutumée, la musique tient une grande place dans l'histoire du Sing'Theatre. Cette fois-ci, ce sont tous les standards du rock qui sont repris dans cette comédie musicale. Mais attention, les interprètes, s'ils ont gardé la rock'n roll attitude, ne sont plus de première jeunesse...

Dans 50 ans -- 2067, comme l'affiche l'éphéméride en fond de scène -- le Victoria Theatre aura été transformé en maison de retraite pour vieilles gloires du début du siècle. Ce huis clos va être l'occasion de pousser jusqu'à leur paroxysme les petits travers des uns, la sénilité des autres, l'immaturité de tous. On a donc, pendant près de 90 minutes, un magnifique résumé de ce que la vieillesse nous réserve : la gâtisme, Parkinson, Alzheimer, l’arthrite, les difficultés de déplacement ! Pourtant la pièce ne s'arrête pas sur le pathos pour que le spectateur s'apitoie sur le sort des personnages. Bien au contraire. La pièce d'Erik Gédeon, adaptée pour l'occasion par Benjamin LEE, ne montre que les petits moments de bonheur de cette communauté de bras cassés.

On les suit donc, eux qui vont tâcher d'échapper aux griffes machiavéliques de l'infirmière. Les journées passent lentement, d'un soin à une activité infantilisant, à un autre soin. Quoi de plus hilarant que la scène où l'infirmière demande aux pensionnaires de chanter la comptine "If You're Happy and You Know It, Clap Your Hands" ! En revanche, dès qu'elle a passé la porte, les six pensionnaires retrouvent leur première jeunesse grâce à la musique. Autant dire que ça balance sur scène ! Stairway to Heaven, fumeux ! Barbie Girl, piquant ! Roxane, romantique ! Tous ces tubes enchaînés les uns derrière les autres créent vite une forme d'adhésion chez le public. Au-delà de ce que les personnages nous racontent, il y a aussi ce que le spectateur projette sur ces musiques. Le passé de ces six papis et mamies nous est tellement familier !

Le titre peut alors apparaître trompeur. Ces six-là ne cherchent pas la jeunesse éternelle. Non, ce qu'ils recherchent avant tout, c'est cette liberté de pouvoir se re-souvenir de ces moments-là, tout en sachant que le terme est proche. Ils en jouent d'ailleurs lorsqu'ils énoncent toutes les gloires actuelles du théâtre singapourien, ponctuant l'énumération de chaque nom par un "mort". Alors, les passages de l'infirmière sur le plateau sont toujours autant de contre-points qui viennent les rappeler à leur âge, pas celui de leur esprit, celui de leurs artères, à vouloir leur chanter de l'opéra ou "Halleluyah" de Leonard Cohen pour les rapprocher un peu plus de Dieu. Il y a cette complicité entre eux, sur le plateau, qui fait que même dans l'adversité (tous ne s'aiment pas, loin de là), ils n'oublient pas qu'ils sont dans la même situation. A ce sujet, la scène qui précède la reprise de Barbie Girl est un modèle du genre : dans la même scène, on passe du registre grotesque au grave avant de retomber dans le burlesque. C'est rondement mené.

La mise en scène de Hosan Leong maîtrise tout à fait le rythme que ce genre de comédie impose. On ne s'y ennuie pas. A voir ces six-là qui n'ont rien à envier aux quatre qui surent rester dans le vent, les années passent mais la rébellion reste. Pas de place pour la nostalgie dans cette pièce. Bien au contraire ! La distribution nous livre une véritable ode à la vie, sans complaisance, ni sensiblerie. Elle communique une furieuse envie de vivre à un public qui connaît toutes les chansons, sur lesquels il a une anecdote à raconter.

On peut donc souhaiter le même destin que les précédentes adaptations de la pièce de cet auteur suisse, Erik Gedeon.

Avec Hossan Leong, Karen Tan, Julian Wong, Tan Kheng Hua, Candice De Rozario, Suhaimi Yusof, Ebi Shankara , du 11 to 21 Octobre 2017 au SOTA Drama Theatre.

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Olivier Massis, lundi 16 octobre 2017

 

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