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QUI A DIT - Ma mission était d'établir un Gouvernement propre et efficace

Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 20/09/2012 à 00:02 | Mis à jour le 21/11/2012 à 12:35

 

A l'occasion du 60eme anniversaire du Corrupt Practices Investigation Bureau, l'ancien Premier ministre Lee Kuan Yew a rappelé son attachement à combattre la corruption dans un pays où la tolérance zéro est de rigueur

"Dans une région où la corruption est endémique, Singapour a su restée intègre. Quand je suis devenu premier ministre en 1959, ma mission était d'établir un gouvernement propre et efficace. Nous devions débarrasser notre société de la cupidité, de la corruption et de la décadence (?) j'ai renforcé les lois et l'organisation du Corrupt Practices Investigation Bureau (CPIB) pour lutter efficacement contre la corruption des cadres et des dirigeants témoignant de l'indépendance du CPIB", a écrit Lee Kuan Yew dans le livre d'or commémorant le 60eme anniversaire du bureau d'investigation. Renvoyant à ses propos tenus dans son livre autobiographique The Singapore Story: Memoirs of Lee Kuan Yew.

La corruption, l'ennemi numéro Un
Pour la plupart des Asiatiques, un gouvernement intègre reste encore une utopie. Bien des pays en Asie sont confrontés à ce fléau. La lutte contre la corruption en Asie du Sud-est s'est traduite par la création de l'Agence contre la corruption en Malaisie, la Commission anti-corruption au Timor-est, le bureau du médiateur aux Philippines, le Bureau d'investigation sur les pratiques de corruption à Singapour, la Commission pour l'éradication de la corruption en Indonésie, la Commission nationale anti-corruption en Thaïlande et le Bureau anti-corruption au  Brunei. Une étude en 2010 a permis l'élaboration d'une loi anti-corruption au Cambodge et la Whistle Blower Law (loi sur la dénonciation de la corruption) en Indonésie. Malgré tout, ces pays se classent loin derrière la cité-Etat en tête des pays perçus comme les moins corrompus, avec un indice de 9,2 dans le dernier rapport annuel de l'organisation non gouvernementale Transparency International.

Le succès des lois anti-corruption singapouriennes
Le Corrupt Practices Investigation Bureau (CPIB) est le seul organisme responsable de la lutte contre la corruption à Singapour. Fondé en 1952 par les Britanniques, avant même que la cité-Etat ait obtenu son indépendance, son approche stratégique globale de lutte contre la corruption s'applique à tous les niveaux. C'est un système de lutte implacable et de tolérance zéro, sans distinction faite entre la petite ou la grande corruption ce qui en fait la principale réussite de cette ?unité spéciale'. Ainsi les citoyens sont conscients que la corruption est une pratique honteuse, qui ne peut être admise ni dans la fonction publique ni dans la société dans son ensemble. Les agents de l'Etat sont conscients que, si jamais ils sont reconnus coupables de corruption, ils perdront leur emploi et seront passibles de lourdes sanctions pénales, dont l'emprisonnement. De plus, ils seront radiés à vie de la fonction publique.

En effet, en vertu de la législation singapourienne, tout citoyen, qu'il soit ou non agent de l'Etat, peut être accusé de corruption s'il possède des biens qui ne sont pas en rapport avec ses revenus et s'il n'est pas capable de fournir des explications plausibles sur leur origine. Quiconque fournit des avantages à un fonctionnaire dans l'exercice de ses fonctions peut être considéré comme cherchant à le corrompre, et les deux parties peuvent être jugées coupables. Pour garantir le respect scrupuleux des lois, les agents de l'Etat doivent faire une déclaration de patrimoine chaque année, en y incluant également les biens immobiliers de leur épouse.

Depuis sa création, le Bureau d'enquête sur les pratiques de corruption (CPIB) a élucidé plusieurs affaires de malversations, incriminant même des ministres. On peut retenir trois cas survenus au cours des trente ans qui ont suivi l'Indépendance de Singapour et repris par Lee Kuan Yew dans ses mémoires. En 1966, celui du Directeur de la compagnie aérienne nationale, ancien ministre du Développement national, soupçonné d'avoir proposé à Boeing de les favoriser pour l'achat d'avions. Puis en 1979, lorsqu'un député du PAP s'est retrouvé inculpé de malversations pour un total de 83.000$ SGD. Enfin en 1986, le ministre du Développement National aurait accepté deux paiements de 400.000 $ SGD de la part d'un promoteur immobilier en échange de faveurs diverses. Il se donna la mort en laissant la lettre suivante : "Monsieur le Premier ministre, cela fait deux semaines que je suis triste et déprimé. Je me sens responsable de la survenue de cet incident regrettable, et je crois devoir en accepter la responsabilité entière. Etant un gentleman oriental honorable, je trouve normal d'avoir à payer le prix suprême pour ma faute. Cordialement".

Un système infaillible ?
Ironiquement, personne n'est à l'abri pas même le père fondateur de Singapour. En 1995, Lee Kuan Yew fut à son tour accusé d'avoir bénéficié d'une réduction indue de 5 à 7 % sur le prix d'un bien immobilier. Choqué par de telle accusation, il remboursa néanmoins la somme qui lui fut restituée par le promoteur et léguée par la suite à un organisme caritatif.

En référence à certaines affaires de m?urs récentes Lee Kuan Yew a déclaré dans un communiqué que "nous avons réussi à maintenir propre et sans corruption Singapour. Cela nécessite une volonté politique forte, une vigilance constante et des efforts soutenus par CPIB. Les derniers cas font ressortir de nouvelles formes de corruption, les faveurs sexuelles servant de monnaie d'échange. Il n'y a pas de fin à l'ingéniosité humaine. "

En Juin dernier, deux hauts fonctionnaires l'ancien chef de la Force de défense civile de Singapour, Peter Lim Sin Pang et le chef du Bureau central des stupéfiants, Ng Boon Gay, ont été accusés d'avoir obtenu des faveurs sexuelles en échange d'attribution de contrats. Le CPIB avait refusé alors de commenter l'affaire qui avait suscité de nombreux commentaires de la part du Premier ministre Lee Hsien Loong promettant que "si ces hommes étaient coupables, ils seraient punis".

En juillet dernier, ce fut au tour de Tey Tsun Hang, professeur agrégé de droit à l'Université Nationale de Singapour d'être inculpé sous les mêmes chefs d'accusation: faveurs sexuelles contre bonnes notes...

Carole Chomat (www.lepetitjournal.com-Singapour) jeudi 20 septembre 2012

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