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SOCIÉTÉ - Le visage de la jeunesse chinoise urbaine

Par Le Vent de la Chine | Publié le 10/06/2019 à 21:30 | Mis à jour le 10/06/2019 à 21:30
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Chaque début juin en Chine, les projecteurs se tournent vers la jeunesse : celle d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Quelques jours après la fête des enfants le 1er juin (儿童节), 10 millions de lycéens auront planché sur leur examen du Gaokao les 7-8 juin (高考),  chacun nourrissant l’espoir secret d’intégrer l’une des meilleures universités du pays. Mais que veulent ces jeunes pour leur avenir ? Quelles sont leurs valeurs ? En quoi diffèrent-elles de celles de leurs parents ? 

Cette génération reste avant tout celle de l’enfant-roi, gâté depuis la naissance par toute la famille qui rivalise pour répondre à ses désirs. Elle reste aussi soumise au stakhanovisme scolaire, sans autre choix que de réviser en permanence—avec cours particuliers durant les week-ends et les vacances. Ces jeunes se retrouvent donc avec un niveau d’instruction dont leurs aînés n’ont pas bénéficié. Ayant pu voyager, ils ont acquis un goût pour la découverte du monde. Ils en retirent l’aspiration à une certaine qualité de vie, à un équilibre entre vie professionnelle et personnelle – c’est ce qu’exprime notamment le mouvement anti-« 996 ».

Cet état d’esprit s’accompagne d’un désir entrepreneurial, associé à un goût du risque. Naturellement pragmatiques, et formés par l’école socialiste dans un pointilleux patriotisme, ils ne se sentent pas mariés aux modes de pensée à l’occidentale. Ils sautent volontairement les étapes technologiques et regardent toujours plus loin. Il en ressort un foisonnement de nouveaux business models, comme le paiement mobile, les vélos en libre-partage ou les magasins phygitaux. Ils se lancent avec optimisme, quitte à réajuster et régler les problèmes plus tard ! C’est de cette énergie vitale que découle la capacité d’innovation chinoise d’aujourd’hui.

Aujourd’hui, elle n’achète plus aveuglément des produits pour seul motif qu’ils soient de marques étrangères. Même si les jeunes restent fortement attirés par ces produits importés, ils croient que les marques chinoises peuvent faire aussi bien, si ce n’est mieux, que leurs concurrents étrangers. Ils sont donc plus enclins à consommer « made in China » avec fierté, ou à suivre des directives en ce sens.

Ces moins de trente ans n’ont donc connu qu’une phase ininterrompue de développement et d’enrichissement, formant le socle d’une large classe moyenne. Ces jeunes gagnent aujourd’hui 40 fois plus que leurs parents au même âge.

Une telle opulence les pousse à la reconnaissance envers le Parti et ses leaders, et leur culture leur interdit de « mordre la main qui les nourrit ». Ils avouent volontiers que leur réussite a largement été rendue possible par ces 30 ans de stabilité politique. On est donc loin des idéaux civiques et démocratiques de leurs parents. « Pourquoi regarder dans le miroir cassé du passé alors que le futur est si prometteur ? », rétorquent-ils.

Cette jeunesse fronce les sourcils face aux revendications sociales, au malaise populaire qu’ils perçoivent en Europe. « En France où l’Etat traite plutôt bien le peuple », entend-on, « pourquoi revêtir son gilet jaune pour aller casser et brûler, et pourquoi le pouvoir ne les empêche pas ? » Implicitement, les jeunes Chinois sont rassurés d’avoir un régime fort, interdisant toute contestation, qu’ils assimilent à une déstabilisation néfaste à l’intérêt général. Pour le moment, aucun état d’âme non plus sur le déploiement en cours du « crédit social » qui interdit déjà de TGV, d’avion et de prêt bancaire plus de 24 millions de citoyens : « moi, je me comporte bien, et cela ne m’arrivera pas ». Cette confiance montante de la jeunesse en son système est peut-être la donnée nouvelle, déterminante par rapport à celle qui l’a précédée. 

Tel est le tableau de cette jeunesse, qui bien sûr ne cesse d’évoluer. Mais que deviendra le contrat informel passé avec le leadership, face à l’inéluctable ralentissement de la croissance, l’inflation, la montée du chômage, et la limitation toujours plus forte des libertés individuelles par le crédit social ? Dans ce cas, elle pourrait être moins encline à soutenir le régime, mais difficile pour le moment de l’imaginer contestataire.

Par Jeanne Gloanec

 

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