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Le cinéma d’art et d’essai Azzurro Scipioni met la clé sous la porte ?

Par Anaïs Lucien-Belliard | Publié le 08/02/2021 à 15:56 | Mis à jour le 08/02/2021 à 16:26
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Temple romain du cinéma d'auteur international, les salles d’art et d’essai Azzurro Scipioni risquent de fermer leurs portes après plus de 40 ans d’existence. Fondées par le cinéaste Silvano Agosti, elles étaient un lieu d’histoire et un espace culturel unique dans la ville de Rome.

L’histoire du cinéma Azzuro Scipioni de Silvano Agostini commence par un rêve. Un Charli Chaplin amer, lui serait apparu en pleine nuit, et lui aurait reproché la fermeture de son cinéma de quartier. Quelque temps plus tard, le réalisateur produit « Il pianeta azzurro » (1981), un film documentaire qui échoue à convaincre les circuits classiques des cinémas, et ce malgré son succès à la Mostra de Venise. Silvano Agosti voit alors son songe lui revenir en mémoire : « c'est alors et alors seulement que j'ai décidé d'ouvrir une pièce dont personne n'aurait osé expulser le cinéma d'auteur ». C’est ainsi que naît l’Azzuro Scipioni, dans le quartier de Prati, via degli Scipioni.

 

 

40 ans et une pandémie mondiale plus tard, le réalisateur et intellectuel originaire de Brescia évoque dans un bref post, la potentielle fermeture de son cinéma. Réduit à vendre les sièges de son établissement pour 5 euros, il admet que cette décision n’est pas sans lien avec l’absence de soutien de la ville de Rome. « Je les mets en vente parce que je suis contraint », a-t-il déclaré avec amertume. « Ils sont nombreux à m’avoir exprimé leur mécontentement, malheureusement cela s’arrête là. Il n’y a personne, pas une institution, pas même un département de la culture ou un ministère. Il n’y a personne pour intervenir contre ce crime » déclarait le cinéaste auprès de nos confrères de Roma Today.

Bien qu’Agosti se montre pessimiste quant à l’issue finale de cette situation, il subsiste néanmoins un maigre espoir, notamment avec la mise en place d’un financement participatif et de dons. Cependant, sans intervention direct de l’État et de la ville de Rome, l’avenir s’annonce bien sombre pour l’Azzuro Scipioni. Composé de deux salles, respectivement prénommées « Chaplin » et « Lumière », ce cinéma était réputé pour ses programmes ambitieux, mettant en avant des chefs-d’œuvre et des classiques du cinéma d’entant. Il attirait de nombreux cinéphiles, désireux de se plonger dans l’atmosphère beignée d’onirisme d’une authentique salle de cinéma d’art et d’essai.

 

 

 

 

Témoin d’une histoire en mouvement, l’Azzuro Scipioni a également accueilli des personnages illustres, à l’instar de l’écrivain romain Alberto Moravia et du poète russe Evgueni Evtuschenko. S’il devait fermer définitivement, il emporterait avec lui un précieux monument de la « culture cinéma » de Rome. À l’heure où, quasiment partout en Europe les portes des salles de cinéma et de théâtres sont closes, cette fermeture interroge. Ne serait-elle pas, en fait, le funeste présage d’une industrie cinématographique en état de mort cérébrale ?

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Marie Astrid Roy

Rédactrice en chef de l'édition Rome.