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Après 4 ans à Rome, ils rentrent à Paris: récit d’une expatriation

Par Vincent Rochette | Publié le 25/11/2018 à 21:05 | Mis à jour le 26/11/2018 à 09:28
expatriation Rome

 

Romain et Diane sont arrivés à Rome en janvier 2014.  Tous deux Parisiens, avant cela, ils n’étaient venus dans la ville éternelle que pour le tourisme.   En septembre dernier, ils ont plié bagages.  Les bagages étaient cependant un peu plus lourds, car ils contenaient ceux de leur petite fille, née au cours de leur séjour.  Le Petitjournal.com de Rome les a rencontrés quelques mois après leur départ.  Ils ont accepté de nous parler de leur expérience.   

 

Comme dans chaque expatriation, un conjoint suit l’autre. C’est Romain, le chercheur universitaire, qui a suivi Diane, l’ingénieure.  Avant de s’établir dans le centre de Rome, à la limite des quartiers du Monti et de l’Esquilino, Diane habitait Paris et Romain Cambridge au Royaume-Uni. 

 

lepetitjournal.com : Quelle était votre perception de Rome avant de vous y établir?

Romain et Diane : Nous avions la perception d'un touriste qui a passé quelques jours à Rome.  C'est-à-dire, une ville magnifique, baignée dans l'histoire de l'empire romain et au climat agréable.
 

Une fois sur place, quel a été votre principal choc (positif ou négatif)? Qu'est-ce qui vous a marqué en premier?

R: Un premier contact difficile avec les commerçants. Mais en positif, la nourriture et surtout le bon café et cappuccino !

D: En négatif les premières relations contractuelles et commerciales compliquées dans la vie quotidienne. En positif : le charme du centre historique.


Combien ça a pris de temps avant de vous adapter  à votre nouvelle vie?

R: Je n'ai pas vraiment ressenti de temps d'adaptation. Le statut de français étranger reste prégnant, mais le sentiment d'être chez soi est -je suppose- apparu lorsque je pouvais converser en italien avec les gens.

D: Effectivement on s'adapte vite mais le sentiment de «chez soi» arrive plus tard, le temps de trouver ses repères.  


Qu'est-ce qui a aidé et/ou nui à votre adaptation?

R: Discuter avec le pizzaiolo ou barista à côté de chez nous. Je commencerai à parler peut-être d'une réelle inclusion, d'un sentiment d'appartenir au quartier, à partir du moment où on a eu notre fille.

Dans un pays où les enfants sont chouchoutés, notre fille a été un catalyseur extraordinaire pour mieux discuter et apprécier le quartier, surtout avec les commerçants. La crèche où l'on était fût également très bien avec des assistantes maternelles extraordinaires.

A l'inverse, avoir une enfant à Rome met en lumière un nombre d'éléments plutôt nuisibles que ce soit au niveau de la voirie difficile à gérer avec des enfants (voitures qui roulent vite dans des petites rues sans trottoirs, trous un peu partout sur routes et trottoirs, poussette très difficile à gérer avec tout ça), au niveau des coûts (médicaments, écoles payantes jusqu'à 6 ans si vous n'avez pas la chance d'avoir une place dans le public, etc.)

D: La bienveillance, l'accueil des collègues/amis italiens et la présence d'autres Français expatriés ont bien aidé à profiter de cette aventure et à se sortir des méandres administratifs. Je suis tout à fait d'accord avec Romain pour dire que la naissance d'un enfant est un catalyseur de rencontres. D'un point de vue pratique, cela pousse encore plus à comprendre le fonctionnement du pays, son système de santé, les modes de gardes etc.

Qu'est-ce qui vous manquait de la France pendant votre séjour?  Qu'est-ce qui ne vous manquait pas?

R: Ce qui m'a manqué : la famille, les amis, la nourriture (mais il y avait la nourriture italienne pour rattraper), un certain dynamisme culturel plus centré sur les locaux que sur les touristes. Avant Cambridge, je vivais à Paris, donc je dirais que ce qui ne me manquait pas était le côté un peu stressé et stressant de cette ville.

D: Ce qui manquait : la famille, les amis, les infrastructures, la connaissance des démarches administratives ! Mais l'Italie reste l'Europe donc finalement on ne sent pas vraiment déraciné.   
 

Quel a été votre rapport à la langue?  Aviez-vous pris des cours avant d'arriver? 

R: Je n'avais pas  suivi de cours avant d'arriver mais juste acheté un petit guide de langue. Je considère que c'est important d'apprendre la langue du pays où l'on vit, donc je m'y suis mis une fois sur place. J'adore l'italien pour son côté chantant et très expressif.

D: J'avais déjà appris l'italien avant d'arriver à Rome grâce à mon travail à Paris. Une fois arrivée en Italie, j'ai continuellement travaillé en italien. Au début c'était difficile, surtout pour comprendre certains accents et puis au bout d'un moment, c'est devenu naturel. Maintenant que nous sommes de retour en France, cela me manque de ne plus parler italien.
 

Votre fille est née ici.  Quelle a été votre expérience du système de santé italien?  Qu'est-ce qui était différent du système français?

R: Expérience plutôt positive. Nous étions assez chanceux d'être à l’hôpital d'Isola Tiberina et tout s'est bien passé. Les différences sont au niveau de la prise en charge qui n'est ni mieux ni moins bien mais juste différente donc il faut s'ajuster.

D: En ce qui concerne la maternité, le système fonctionne bien si l'on est suffisamment informé et que l'on a un emploi du temps flexible. Le médecin généraliste est accessible et directement payé par l'État. Pour le reste des soins de santé (en prévention), le système public n'est pas assez performant (il est très difficile d'obtenir des rendez-vous au travers du système de réservation centralisé et de voir le même médecin) et l'on se retrouve généralement à devoir aller dans le privé non remboursé. En France, le système n'est pas parfait mais tout de même plus souple.

Qu'est-ce que vous avez le plus aimé de votre vie ici?

R: La beauté de la ville, la nourriture, les alentours magnifiques (mer, montagne, lacs, volcans, etc.).

D: L'hiver qui ne dure que 3 mois, les glaces!


Qu'est-ce que vous avez le moins aimé?

R: Les très grosses chaleurs ! La lente détérioration de l'organisation de la ville et le manque flagrant d'offres publiques (centre sportifs, culturels, etc.). Des coûts médicaux assez exorbitants si vous ne passez pas par le public (il faut des mois d'attentes pour tout). Des charges/impôts qui n'ont rien à envier à la France sans visibilité de l'utilisation de ces charges/impôts.

D : Les transports publics pas du tout fiables.

 

Après toutes ces années, comment qualifieriez votre expérience?

R: Aigre-douce.

D: Une bonne expérience où j'ai beaucoup appris même si ce n'était pas toujours facile!

 

Pourquoi et avez-vous décidé de rentrer en France?

R: 1an et demi avant de partir car il était temps pour moi de partir au niveau professionnel. Il n'était pas décidé de rentrer en France absolument, mais c'est là où on a trouvé du travail.

Que recommanderiez à un Français ou un francophone qui pense s'établir à Rome?

R: De se positionner en observateur au départ pour mieux comprendre comment fonctionnent les choses, car les différences culturelles peuvent au départ rendre la vie difficile. Oui c'est l'Europe, mais non ce n'est pas la même façon de fonctionner.

D : Prendre la ville et la vie romaine du bon coté, profiter de ce qu'elle offre de meilleur... et ne pas trop se formaliser au risque de s'énerver souvent.

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vincent rochette

Vincent Rochette

Québécois vivant avec sa famille à Rome, Vincent Rochette a travaillé comme chef de pupitre et édimestre pour les journaux du plus grand groupe d'information du Québec, Québecor.
1 Commentaire (s)Réagir
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dominique lun 26/11/2018 - 08:56

Bien vu, encore qu'il ne faudrait pas oublier que l'Italie a 27 siècles d'histoire commune avec notre pays, que l'immigration italienne fut la plus massive de toutes vers la France, que la plupart des familles françaises ont au moins une personne d'origine italienne dans leur famille, et que donc l'Italie ne saurait etre pour nous un pays européen comme les autres. Un Marseillais, un Niçois, voire un Toulousain ou un Bordelais se sentira moins à l'étranger à Rome qu'à Caen, Lille ou Strasbourg.

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