TATOUAGE #1 - Un phénomène de société en Italie

Par Lepetitjournal Rome | Publié le 06/07/2017 à 22:00 | Mis à jour le 06/07/2017 à 15:04

Le tatouage ... Il suffit de se rendre sur une plage à proximité des grandes villes pour se rendre compte que les corps italiens sont quasiment tous tatoués. Certes, le tatouage est de plus en plus en vogue dans nos sociétés, chez les jeunes et les moins jeunes, mais c'est particulièrement vrai en Italie. Cet été, lepetitjournal.com de Rome vous propose une série d'articles sur le tatouage, avec aujourd'hui, l'histoire et l'analyse de ce phénomène de société.

 

La plus ancienne trace de tatouage chez l'Homme a été découverte en Italie dans les Alpes Italo-Autrichiennes ; Ötzil ou l'homme des glaces, environ -5300 av J-C. C'est une pratique qui a toujours été présente en Europe avec des périodes de plus ou moins grande visibilité (la tribu gauloise des Ligures, les Pictes des îles britanniques, les légionnaires romains?). Le tatouage refait véritablement son apparition en Occident en 1744 avec le retour de James Cook de son voyage dans le Pacifique où le tatouage (nom qui vient de ta-tau qui veut dire dessin-esprit, dieu en polynésien) était un marqueur éthnique et social.


D'une société à l'autre, sa fonction variait ; rite d'initiation, de courage, religieux, d'asservissement, cosmétique, punitif? talisman. La première machine à tatouer date de 1851, inventée par Samuel O'Reilly. La pratique était alors peu courante, considérée comme l'art de l'ombre. Hormis la population des marins et marginaux, en cette fin du 19ème siècle, elle fut l'objet d'un réel engouement en Angleterre et aux Etats-Unis chez les francs-maçons et l'aristocratie anglaise. Mais elle fut principalement considérée comme le symbole d'une exclusion assumée, d'opposition à la société en France comme cela fut le cas jusque dans les années 80.

C'est alors que quelques artistes issus des Beaux-arts s'y intéressèrent et redéfinirent le tatouage comme une forme d'expression de soi. Un nouveau mouvement prit forme, les tatoueurs se regroupèrent, leur statut fut officialisé ce qui permit une véritable évolution technique et graphique. Dans les années 90, le nombre d'adeptes à cette expression individuelle artistique augmenta régulièrement visant une population très hétérogène. Le phénomène s'amplifia, le tatouage fut reconnu comme un art populaire outsider.

Dans les années 2000, de nombreux artistes investissent véritablement ce domaine et créent leur propre iconographie. Le tatouage, alors, se spécialise et offre aujourd'hui un très large choix, allant de l'abstrait au portrait, du figuratif à l'hyperréalisme jusqu'aux tatouages 3D vraiment impressionnants en passant par le primitif et le Modern Art et Pop Culture.

 

Certains diront qu'il s'agit d'une mode. Plutôt antinomique car par définition, le tatouage est une marque indélébile, un choix pour toute la vie. Il est toutefois possible aujourd'hui de l'effacer au laser ou par dermabrasion ( techniques aussi coûteuses que douloureuses ). Une chose est sûre, il s'est totalement banalisé, il n'y a qu'à regarder les vedettes du show-business et du sport, force de constater que le statut du corps a changé. Il est devenu un prétexte et une possibilité de modification de soi, un choix assumé aux yeux de tous.

 

Ce phénomène peut vraisemblablement s'expliquer par l'individualisme et la perte de valeurs qui ont envahi nos sociétés. Aujourd'hui, on vit les uns à côté des autres et non avec les autres. Alors le corps se doit d'être singulier, un corps pour soi, à soi qui invente son propre monde, qui attire et donc existe dans le regard de l'autre. C'est un marqueur d'identité.

En Italie, il y aurait aujourd'hui environ 7 millions de personnes tatouées, soit 12,8% de la population contre 14% en France (source IFOP pour le syndicat des artistes tatoueurs) et le tatouage semble accepté. Dans les entreprises, il est souvent considéré comme preuve de créativité; les Italiens aiment l'idée que le corps soit un espace d'expression artistique. C'est peut-être pour cela qu'il est commun de lire que les Italiens sont les plus tatoués d'Europe, fiers d'arborer leurs choix au contraire des Français qui, pour 67% d'entre eux, préfèrent un emplacement discret. Le phénomène tatouage est tel que l'institut italien de la statistique l'a pris en compte depuis 2016 comme produit du panier de la ménagère. Tentés de franchir le cap ? Dans tous les cas, libre à chacun d'exprimer sa créativité, le choix est vaste et les techniques encadrées. 

A la semaine prochaine pour un reportage en direct du salon du tatouage à Rome.

crédit photo : Anne Rémon

Anne Rémond  (lepetitjournal.com de Rome) - Mercredi 5 juillet 2017.

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