

Auteur de best sellers historiques, animateur d'émissions radio, Jacques Lacoursière est le plus visible des historiens québécois. A Rome aujourd'hui dans le cadre des journées romaines de la francophonie, il présentera une conférence sur 400 ans de présence francophone en Amérique du Nord. Rencontre
Animateur d"émissions radio, auteur de best-sellers historique, Jacques Lacoursière est le plus visible des historiens canadiens (Photo Rémy Boily)
Quel est le grand enjeu de la présence francophone au Canada ?
L'opposition à l'assimilation. En dehors du Québec, en Ontario ou à Terre-Neuve par exemple, les gens s'assimilent de plus en plus. On dit généralement que le grand-père est unilingue français, le fils est bilingue et que le petit-fils devient unilingue anglais. Cette évolution linguistique est contrebalancée aujourd'hui par les anglophones qui apprennent le français. Or, le contexte dans lequel on apprend une langue change tout. L'anglophone qui apprend le français le fait pour une raison culturelle. L'apprentissage de l'anglais par le francophone est souvent lié au monde du travail.
Quels outils législatifs le Québec a-t-il mis en place pour protéger la langue française ?
Le Québec s'est doté en 1977 de la Charte de la langue française, communément appelé Loi 101. Cette loi définit le français comme la langue officielle du Québec. A titre d'exemple, un francophone ne peut envoyer ses enfants dans des écoles de langues anglaises sauf s'ils vivaient avant dans une région où les enfants étaient scolarisés dans des institutions anglophones. Nous appelons cette exception "la clause Canada". Actuellement, des discussions sont engagées pour aller vers un renforcement de cette loi. Nous organisons également des cours de français pour les allophones.
Y-a-t-il un réel attachement des Québécois à la langue française ?
Il est indéniable que les Québécois sont très attachés à leur langue. On constate même qu'elle est en constante amélioration car elle comporte de moins en moins d'anglicismes. Nous sommes même en train de faire accepter le mot "courriel"en France alors qu'on utilisait le terme de "email" jusqu'à maintenant. Nous restons néanmoins attachés à nos particularismes. Nous sommes latin mais de culture nord américaine. Nous souhaitons donc par exemple que les films soit doublés en français québécois et non en français parisien. Il est intéressant de noter que le français n'est pas parlé uniquement au Québec. Nous fêtons également cette année 400 ans de présence francophone continue en Amérique du Nord.
L'ensemble de votre ?uvre part d'un travail de vulgarisation de l'histoire du Québec. Est-ce important de réconcilier l'histoire avec les Québécois ?
Les Québécois sont intéressés par l'histoire. Il faut qu'ils connaissent bien leurs basiques pour prendre des décisions rationnelles. On peut néanmoins regretter le manque d'engouement pour la connaissance historique mais pas forcément pour l'enseignement de l'histoire.
Quel message souhaiteriez-vous adresser à nos lecteurs ?
Cessez de considérer que les Québécois sont des Gaulois de l'antiquité ou du moyen-âge ! Ils ont une vie culturelle en langue française très développée.
Propos recueillis par Sara Fredaigue (www.lepetitjournal.com - Rome) lundi 17 février 2008
Bio express de Jacques Lacoursière :
- Publication d'une vingtaine d'ouvrages sur l"histoire du Canada et du Québec en particulier dont Canada-Québec : synthèse historique avec Denis Vaugeois et Jacques Lacoursière et Canada-Québec : synthèse historique, 1534-2000 (Nouvelle édition) de Jacques Lacoursière, Jean Provencher, Denis Vaugeois.
- Instigateur avec Denis Vaugeois du journal "Boreal Express"
- Créateur de l'émission radiophonique En montant la rivière
- Co-scénariste et animateur d'une série TV de treize épisodes d'une heure réalisés par le cinéaste Gilles Carle Épopée en Amérique : une histoire populaire du Québec (lauréate de trois prix Gémeaux en 1997)
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