

"Quand on est en détresse, on va chercher sa mère..."dixit Driss (Photo D.R.)
Le secrétaire de rédaction du Canard Libéré vient de boucler la dixième semaine de l'hebdomadaire lancé le 3 février dernier. Driss Messaoudi, numéro 2 du titre, bras droit du patron Abdellah Chankou, trouve le temps de suivre la campagne électorale française, dont le Canard Libéré ne perd par une miette. Pour lui, la première phase de la compétition élyséenne ressemble à du grand guignol. "Côté spectacle, on est servi... L'année 2007 marque la fin des géants, dont Chirac est le dernier représentant". A l'écouter, on dirait que Driss Messaoudi en pince pour le gaullisme..."Le Maroc s'est inspiré de la constitution française de 1958. Où est passé cet idéal ? Pour moi le gaullisme, c'est notamment dire merde à l'Amérique. Ca va de l'appel du général de Gaulle du 18 juin au discours de de ViIllepin à l'ONU contre l'invasion américaine en Irak".
Selon l'observateur satirique, la victoire de Nicolas Sarkozy, candidat UMP, se dessine... "Il y a un sursaut droitiste. Sarko vend le nombril des Français et cela plaît bien. Mais la socialiste Ségolène Royale vend du rêve, celui d'une mère à qui on peut faire confiance. Elle est celle qui représente le plus petit dénominateur commun des aspirations françaises à mon avis. Les Anglais ont connu cela avec Thatcher, les Allemands avec Angela Merkel. Quand on est en détresse, on va chercher sa mère...".
"Pour nous, la France, c'est la droite et la gauche"
Quant à François Bayrou, président de l'UDF, Driss Messaoudi résume : "Il est gentil. Ce n'est pas péjoratif. Avec ses idées du centre, celles d'une sociale démocratie chrétienne qui annulent les extrêmes. Au Maroc, on ne sait pas ce qu'est le centre en politique. Pour nous, la France, c'est la droite et la gauche. Bayrou ferait peut-être un bon président mais dans une logique de réconciliation nationale et avec un mandat de sept ans". Et le Front National de Jean-Marie Le Pen ? "Il faut craindre qu'il soit encore là au second tour, vu l'actuel débat sécuritaire et raciste de la campagne électorale".
Pour le Maroc, quel serait le meilleur résultat ? "Ce sera d'abord ce que nous ferons nous ! Sarko est bien accueilli par le milieu des affaires, c'est un gestionnaire pragmatique. Cela plaît aux Marocains. Pour Ségo, je l'imagine devoir passer par 42 000 filtres idéologiques et intellectuels avant de prendre une décision, après avoir jugé de la question morale". Quant à Bayrou, "les Marocains refusent d'intégrer cette candidature du centre qui les perturbe"répète t-il.
Pour la plume du Canard, le vrai débat, "c'est la place de leadership de la France dans le monde. Mais la France incarne un idéal dont Sarkozy est l'antithèse. Elle doit reprendre le contrôle de l'Europe. Ce pays cherche un projet qui ne pourra pas se décliner sans ses valeurs gaullistes historiques, dont celle de son indépendance".
Didier BOUVILLE (www.lepetitjournal.com - Casablanca) mardi 10 avril 2007

Le Canard Libéré : un projet pas boiteux
L'hebdomadaire satirique lancé le 3 février par Abdallah Chankou, ancien journaliste de Maroc-Hebdo et du quotidien Aujourd'hui Le Maroc, annonce un tirage de 7 000 exemplaires et revendique son statut d'entreprise avec sa rédaction de six journalistes installée à Casablanca. Une étude marketing a mesuré l'intérêt des Marocains pour ce type de presse satirique avec caricatures et lui assure de beaux jours d'existence. Surtout que 2007 est, ici aussi, une année électorale qui booste en général les ventes, avec les élections législatives de septembre dont on parle déjà beaucoup au Maroc.
Le modèle emprunté au Canard Enchaîné français, a adopté un ton éditorial qui passerait bien chez les expatriés. "On est fier de notre militantisme linguistique pour le Français, vecteur légitime de notre marocanité authentique. Le Français est une langue d'accès à la lumière, un outil puissant, une sorte de miroir identitaire..."s'enflamme Driss Messaoudi.
Le tabloïd marocain a repris l'une des valeurs du grand frère français, "celui de donner un sens à la dérision politique". Il ajoute : "Notre couleur, c'est le journalisme, celui d'un médiateur, d'un "transmetteur"d'opinions, sans esprit partisan, avec des idées progressistes". Le Canard Libéré de Casa est ouvert à la publicité. "On ne crache pas sur la pub. Mais des pubs de soutien, pas des annonceurs qui nous muselleraient. Le Canard aime trop sa liberté".
Site Web : http://www.lecanardlibere.com
D.B. (www.lepetitjournal.com - Casablanca) mardi 10 avril 2007
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