

La prime de résultat va-t-elle faire son apparition à l'école ? Luc Chatel, ministre de l'Education nationale, a annoncé que les principaux de collèges et les proviseurs de lycées pourront obtenir un bonus allant jusqu'à 6.000 euros tous les trois ans. Un projet qui inquiète les syndicats, au vu de la très grande diversité des situations entre les établissements scolaires, alors que les critères de réussite semblent difficiles à évaluer
Introduire la culture de la performance dans l'Education nationale, une révolution ! (photo AFP)
L'école est-elle une entreprise comme les autres ? Le gouvernement, soucieux d'insuffler la culture de la performance dans la Fonction publique, ?a décidé de développer une rémunération variable, comme cela existe dans l'immense majorité des entreprises de notre pays. L'objectif est de mettre en place des contrats d'objectifs et de performance?. Afin ?de valoriser l'engagement personnel des acteurs de l'Education nationale?, Luc Chatel, ancien DRH chez L'Oréal, propose une prime allant jusqu'à 6.000 euros tous les 3 ans, la moyenne étant de 2.000 euros. Les critères d'évaluation pourraient être le projet pédagogique, les résultats scolaires, ou encore la capacité d'intégrer les élèves en grande difficulté. D'après le ministère, la "dimension financière" de ce dispositif a été "actée" par les trois syndicats lundi, mais à ce stade, aucun accord n'a été signé.
CONTRE
La mesure, condamnée par le Parti communiste et le Nouveau parti anticapitaliste, a surpris les enseignants. Daniel Robin, co-secrétaire général du Snes-FSU (principal syndicat des collèges et lycées), a estimé qu'elle n'était pas "un bon signe pour les relations" entre chefs d'établissements et enseignants. Soucieux d'obtenir leur prime, ces derniers pourraient se placer systématiquement du côté du ministère, et donc des politiques contestées (suppressions de postes, réforme du lycée...). Pour Christian Chevalier, le secrétaire général du SE-UNSA, cela risque donc de ?casser le travail d'équipe nécessaire pour améliorer le projet éducatif?. Autre inquiétude, la crainte que la recherche de la performance ne pousse certains enseignants à favoriser la réussite de la majorité d'une classe, laissant de côté les éléments les plus en difficulté. Les syndicats estiment enfin qu'une telle prime ?va contribuer à mettre plus de pression aux enseignants? et se demandent si la prime ne sera pas indexée, dans les faits, au nombre de suppressions de postes acceptées par leur chef d'établissement.
POUR
Face à ces critiques, Philippe Tournier, secrétaire général au SNPDEN-Unsa, a souligné que cette prime n'avait ?aucun rapport avec les suppressions de postes. Ce n'est pas une prime annuelle comme celle des recteurs. Les modalités d'attribution des primes ne sont pas encore finalisées, la discussion doit se poursuivre jusqu'en mai?. Le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque, estime lui que les primes de performance sont "une façon de moderniser la Fonction publique". "Il faut de temps en temps savoir évoluer?, affirme-t-il, soulignant que ces nouvelles primes seraient fondées "sur des objectifs qui peuvent être discutés en commun, des objectifs qualitatifs, c'est-à-dire du service qu'on rend à la population".
Ce système existe aux Etats-Unis, et des spécialistes affirment même que la prime au mérite devrait s'étendre aux enseignants eux-mêmes, car tout le monde a envie de voir ses efforts reconnus. Reste donc à trouver un consensus sur les critères qui définissent le ?mérite?...
Marie-Pierre Parlange (www.lepetitjournal.com) vendredi 28 janvier 2011




































