Édition internationale

Mais pourquoi Donald Trump s'intéresse-t-il autant au Groenland ?

L’idée a longtemps été perçue comme une provocation, voire une lubie. Pourtant, l’intérêt de Donald Trump pour le Groenland s’inscrit dans une histoire ancienne et une logique géopolitique bien réelle. Derrière les déclarations du président américain se dessinent des enjeux stratégiques, militaires et économiques qui dépassent les frontières.

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Écrit par Capucine Canonne
Publié le 7 janvier 2026

 

 

Un intérêt américain ancien pour le Groenland

L’attrait des États-Unis pour le Groenland ne date pas des derniers mois. Dès le XIXᵉ siècle, Washington considère l’île comme relevant de sa sphère d’influence. La doctrine Monroe, formulée en 1823, posait déjà le principe du refus de toute ingérence européenne sur le continent américain. Dans cette logique, le Groenland, bien que territoire autonome du royaume du Danemark, est perçu comme un maillon clé de la sécurité nord-américaine.

 

La doctrine Monroe, c’est quoi ? Formulée en 1823 par le président américain James Monroe, la doctrine est un ensemble de principes de politique étrangère visant à interdire toute ingérence ou nouvelle colonisation européenne sur l’ensemble du continent américain, de l’Alaska à la Terre de Feu. En échange, les États-Unis s’engagent à ne pas intervenir dans les affaires européennes. Résumée par la formule « aux Européens le Vieux Continent, aux Américains le Nouveau Monde », elle affirme la volonté des États-Unis de protéger les jeunes États américains tout en s’émancipant de l’influence européenne.

 

Dans l’histoire, les États-Unis ont tenté à plusieurs reprises de racheter le Groenland : en 1868, en 1910, puis à la fin des années 1940. En 1946, une offre de 100 millions de dollars US est même formulée au Danemark, avant d’être rejetée. À chaque fois, Copenhague refuse, rappelant que le territoire n’est pas une simple monnaie d’échange géopolitique.

 

 

Le contrôle du Groenland permet notamment de surveiller le « GIUK gap », un couloir maritime stratégique

 

GIUK gap entre le Groenland, l'Islande et le Royaume Uni - source https://www.geopoliticalmonitor.com/geopolitics-of-the-giuk-gap-past-present-and-future/
GIUK gap entre le Groenland, l'Islande et le Royaume Uni - source Geopolitical monitor 

 

 

Une position militaire cruciale dans l’Arctique

Si le Groenland suscite autant de convoitises, c’est avant tout en raison de son emplacement stratégique. Située entre l’Amérique du Nord et l’Europe, l’île occupe une position centrale dans la défense transatlantique. Dès 1951, les États-Unis y installent une base militaire, dans le cadre d’un accord avec le Danemark, toujours en vigueur aujourd’hui sous l’égide de l’OTAN.

Le contrôle du Groenland permet notamment de surveiller le « GIUK gap », un couloir maritime stratégique entre le Groenland, l’Islande et le Royaume-Uni. Ce passage est crucial pour détecter et contenir les mouvements de navires militaires russes ou chinois entre l’Arctique et l’Atlantique Nord. Avec la fonte progressive de la banquise, ces routes maritimes deviennent de plus en plus accessibles, renforçant encore l’importance stratégique de l’île. Le Groenland regorge d’hydrocarbures et de minerais : or, cuivre, nickel, fer, zinc, graphite. Si peu de gisements sont actuellement exploités en raison des contraintes climatiques et environnementales, la situation pourrait évoluer rapidement.

 

Le facteur climatique accélère aussi l’intérêt. La fonte des glaces ouvre de nouvelles voies de navigation et facilite l’accès à des ressources naturelles jusqu’ici difficiles à exploiter. Donald Trump ne cache pas son intérêt pour ce potentiel économique.

 

 

Au-delà du pétrole, les terres rares attirent l’attention américaine

 

trump s'intéresse aux terres rares du Groenland

 

 

 

Les terres rares exploitables, un enjeu face à la Chine

Au-delà du pétrole, les terres rares attirent l’attention américaine. Le Groenland disposerait d’environ 1,5 million de tonnes de terres rares exploitables, un volume modeste comparé aux 44 millions de tonnes détenues par la Chine, mais stratégique. Ces minerais - lithium, graphite pour ne citer qu’eux - sont indispensables aux technologies modernes. 

 

Terres rares, c’est quoi ? Le terme est trompeur car ces terres ne sont pas rares au sens strict. Ce sont en réalité des éléments chimiques rares ou des métaux présents dans la nature. Ils sont utilisés dans des procédés de fabrication de haute technologie, comme pour fabriquer des batteries, écrans, téléphones portables, ampoules basse consommation, véhicules hybrides… 

 

Donc pour Washington, l’enjeu est important puisque cela permettrait de réduire la dépendance des États-Unis au quasi-monopole chinois. L’intérêt américain pour le Groenland relève donc moins du caprice que d’un calcul à long terme.

 

 

l’Union européenne affiche sa solidarité avec le Danemark, mais peine à transformer cette unité politique en actions concrètes.

 

 

trump s'intéresse aux terres rares du Groenland

 

 

 

Trump, des déclarations qui inquiètent l’Europe

Mais ce qui distingue Donald Trump de ses prédécesseurs, ce n’est pas l’intérêt pour le Groenland, mais la manière de l’exprimer. Le 4 janvier 2026, il affirmait que les États-Unis avaient “besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale”.  Face à ces déclarations, l’Union européenne affiche sa solidarité avec le Danemark, mais peine à transformer cette unité politique en actions concrètes. Plusieurs responsables européens évoquent des pistes allant de l’envoi de troupes européennes à des sanctions économiques ciblées, notamment contre les géants numériques américains. Des options qui restent floues. Lundi 5 janvier, le Groenland et le Danemark ont demandé à rencontrer rapidement le secrétaire d'Etat américain pour "discuter des déclarations marquantes des Etats-Unis concernant le Groenland". 

 

Les Groenlandais sont largement opposés à un rattachement américain. Le Groenland compte environ 57.000 habitants, majoritairement issus des populations inuites. Le Premier ministre groenlandais, Múte Egede, l’a rappelé sans ambiguïté : “Le Groenland appartient à la population du Groenland.”

 

Reste une question centrale : face à la montée des tensions dans l’Arctique et aux ambitions affichées de Washington, l’Europe dispose-t-elle réellement des moyens politiques et militaires pour peser durablement sur l’avenir du Groenland ?


 

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