Emblèmes de la culture aborigène : Le didgeridoo

Par Isabelle de Casamajor | Publié le 07/07/2022 à 21:00 | Mis à jour le 08/07/2022 à 12:17
Photo : Le didgeridoo
Des Aborigènes jouant du didgeridoo

Objets hautement symboliques de la culture aborigène, dans ce dossier en quatre volets nous faisons un peu de lumière sur leurs origines, histoires et autres détails que vous ne pouvez ignorer.

Il existe plus de 200 communautés aborigènes distinctes avec leurs propres dialectes et coutumes. Ainsi, les Aborigènes ne chassent pas tous avec des boomerangs ou ne jouent pas tous du didgeridoo ou ne vendent pas tous des peintures à points!

 

Arnhem Land

Le didgeridoo : son origine

Même si à travers le monde le didgeridoo est un instrument emblématique de la culture aborigène, il est en fait originaire d’une toute petite partie de l’Australie: le nord du Territoire du Nord. À plusieurs heures de piste de Darwin, dans la nature tropicale et le climat hostile de la Terre d'Arnhem.

Des chercheurs ont suggéré qu'il pourrait s'agir du plus ancien instrument de musique du monde. Certains prétendent que le didgeridoo est utilisé depuis plus de 40 000 ans, mais les plus anciennes traces vérifiables, sous forme de peintures rupestres, d'Aborigènes jouant de l'instrument ont été datées de 3000 à 5000 ans.

Jusqu'au début du vingtième siècle, le didgeridoo avait une distribution limitée en Australie, connu uniquement dans les Kimberleys oriental et la partie nord des Territoires du Nord. Cependant, le renforcement des infrastructures commerciales, sous la forme de routes, de missions et d'autres améliorations du système de transport, a permis de diffuser l'art de fabriquer et de jouer du didgeridoo dans la plupart des régions d'Australie.

Les premiers enregistrements audio du didgeridoo ont été réalisés en 1912 par Sir Baldwin Spencer. Les didgeridoos sont également mentionnés dans divers documents ethnographiques visant à étudier les peuples aborigènes, notamment les travaux de Donald Thompson sur les Yolngu et de R.M. et C.H. Berndt en Terre d'Arnhem.

En 1953, Tribal Music of Australia réalise le premier enregistrement commercial du didgeridoo, enregistré sur le terrain par A.P. Elkin en Terre d'Arnhem. Il a été suivi plus tard par "The Art of the Didgeridoo" de Trevor A. Jones en 1963. Ce fut la première fois que les techniques de jeu traditionnelles aborigènes du didgeridoo étaient exécutées par une personne non aborigène.

Le Didgeridoo serait une adaptation d'instruments commercialisés en Inde et/ou en Asie, ce qui expliquerait pourquoi il était principalement utilisé par les tribus côtières de l'extrême nord de l'Australie. Tous les Aborigènes ne jouent pas du didgeridoo.

L'un des ambassadeurs aborigènes les plus connus du didgeridoo est Djalu Gurruwiwi .

 

Fabrication du didgeridoo

Le didgeridoo: sa fabrication

Traditionnellement, les didgeridoos étaient fabriqués à partir de troncs et de branches d'eucalyptus d’une longueur moyenne de 1,30 à 1,60m, creusés par des termites alors qu'ils étaient encore vivants puis nettoyé avec un bâton. Bambous ou pandanus peuvent être aussi utilisés.

En général, le tronc principal de l'arbre est récolté, mais une branche importante peut être aussi utilisée. Même lorsque le tronc principal est utilisé, l'arbre se régénère car les eucalyptus repoussent même lorsqu'ils sont coupés près du sol.

Les artisans aborigènes passent un temps considérable à la recherche d'un arbre creusé par les termites, et à la dimension requise. Si le creux est trop grand ou trop petit, l'instrument sera de mauvaise qualité. Les termites attaquent les eucalyptus vivants et n'enlèvent que le bois de cœur mort de l'arbre, car l'aubier vivant contient un produit chimique qui repousse les insectes.

Lorsqu'un arbre approprié est trouvé, il est abattu et nettoyé. L'écorce est enlevée, les extrémités sont taillées et l'extérieur est façonné pour obtenir l’instrument fini.

Un didgeridoo percé par les termites a une forme irrégulière qui, généralement, augmente en diamètre vers l'extrémité inférieure. Cette forme signifie que ses résonances se produisent à des fréquences qui ne sont pas espacées de façon harmonique. Cela contraste avec l'espacement harmonique des résonances d'un tuyau cylindrique en plastique.

Cet instrument peut être peint ou laissé sans décoration. Les instruments traditionnels fabriqués par les artisans aborigènes de la Terre d'Arnhem sont parfois équipés d'une embouchure en cire, "sugarbag". Cette cire, qui provient d'abeilles sauvages, est noire et dégage un arôme particulier.

 

D'où vient le mot didgeridoo ?

Le nom "didgeridoo" n’est pas un mot Aborigène. Il vient des colons blancs qui, lorsqu'ils ont entendu l'instrument jouer pour la première fois, ont trouvé le son étrange et déroutant. Ils ont choisi un nom qui correspondait le plus possible à ce son remarquable... et cela a donné "didgeridoo": une onomatopée !

Pour les Aborigènes, le didgeridoo a des dizaines de noms différents (yidaki, mooloo, djubini, ganbag, gamalag, mago, maluk, yirago, yiraki), mais les plus populaires sont les Mago et Yidaki.

Yidaki

Le Yidaki

Présent principalement dans le nord-est de la Terre d'Arnhem, il se caractérise par sa forme conique et sa longueur (1,6m en moyenne). L'ensemble de ces éléments crée une forte pression favorisant un style basé sur le Toot. (son de la trompette).

Mago

Le Mago

De forme plus cylindrique et souvent de taille plus réduite (entre 1 et 1,4m), le Mago est originaire de l'ouest de la Terre d'Arnhem. Sa forme lui confère un son plus rond, dans lequel les harmoniques seront plus développées.

 

Ceremonie

Le digeridoo : une musique ritualisée

Le didgeridoo est parfois joué en tant qu'instrument solo à des fins récréatives, bien que le plus souvent dans les communautés aborigènes, le joueur de didgeridoo accompagne le chanteur et le danseur lors de différentes cérémonies (initiation, décès...). Des "clapsticks" ou bilma, établissent le rythme des chants pendant les cérémonies. Le rythme du didgeridoo et le battement des "clapsticks" sont précis, et ces modèles ont été transmis depuis de nombreuses générations. Lors de ces rituels, le chanteur occupe la place la plus importante, suivi du danseur et enfin du joueur de didgeridoo. Le joueur est donc loin d'avoir la première place !

Lors de ces rites, chaque individu raconte l'histoire dont il est responsable.

Le mythe leur a été transmis par un aîné jusqu’au jour où ils doivent à leur tour le transmettre à la génération suivante. Cette transmission orale a permis aux communautés de conserver des histoires incroyablement précises de génération en génération.

Dans quelques groupes aborigènes, lors de certaines cérémonies, seuls les hommes jouaient du didgeridoo, mais dans de nombreux groupes, en dehors des cérémonies, hommes, femmes et enfants en jouaient.

 

Respiration circulaire

Jouer du digeridoo

Pour jouer du didgeridoo, il faut faire vibrer les lèvres de façon continue pour produire un bourdon tout en utilisant une technique de respiration appelée respiration circulaire.

Cette technique consiste à inspirer par le nez tout en expulsant l'air par la bouche à l'aide de la langue et des joues. Grâce à cette technique, un joueur expérimenté peut faire le plein d'air dans ses poumons sans avoir à s'arrêter de jouer, ce qui lui permet de soutenir une note aussi longtemps qu'il le souhaite.

Les groupes aborigènes côtiers du nord de l'Australie ont développé les styles de jeu les plus sophistiqués et techniquement raffinés. Groote Eylandt, dans le nord-est de la Terre d'Arnhem et dans l'ouest de la Terre d'Arnhem, est connu pour produire les meilleurs joueurs de didgeridoo du monde. Dans ces régions, les compositions sont rythmiquement complexes et multidimensionnelles, des techniques extraordinaires. Les techniques traditionnelles aborigènes sont basées sur des accents pulsés contrôlés par la langue, la gorge et la manipulation du diaphragme.

D'autres variations du son du didgeridoo peuvent être obtenues par des "cris". La plupart des "cris" sont liés aux sons émis par les animaux australiens, tels que le dingo ou le kookaburra. Pour produire ces "cris", le joueur doit simplement crier dans le didgeridoo tout en continuant à souffler de l'air à travers celui-ci. Les résultats vont de sons très aigus à des vibrations beaucoup plus basses et gutturales.

 

Didgeridoo aujourd'hui

Le didgeridoo aujourd’hui

Aujourd'hui, les didgeridoos sont fabriqués à partir d'une grande variété de matériaux tels que le verre, le cuir, la fibre de chanvre, la céramique, le plastique, la fibre de verre, la fibre de carbone, le bois massif sculpté, les troncs percés, les tiges d'agave séchées/creuses, l'aluminium et d'autres métaux et à peu près n'importe quel matériau pouvant être transformé en tube creux !

Le didgeridoo est présent dans presque tous les styles de musique : rock, jazz, blues, pop, hip hop, électronique, techno, funk, punk, rap, etc... Il n'y a vraiment aucune limite à l'utilisation de cet instrument. De la même manière que la guitare, originaire d'Europe, le didgeridoo est maintenant possédée, fabriquée et jouée par de nombreuses personnes du monde entier.

Essayer le digeridoo est une chose que les non-Aborigènes doivent considérer avec sensibilité, car les voyageurs sont curieux de savoir comment fonctionne cet instrument. Cependant, il est sage, si vous etes en présence d’anciens aborigènes locaux de l'endroit que vous visitez, de les laisser guider vos actions.

S'il est vrai que les femmes ne jouent pas lors de cérémonies publiques, il semble y avoir peu de restrictions concernant les femmes qui jouent de manière informelle. La région dans laquelle il y a les restrictions les plus strictes concernant les femmes jouant et touchant le didgeridoo semble être dans le sud-est de l'Australie, où en fait il n'a été introduit que récemment. La diffusion internationale du "tabou" semblerait avoir été introduite avec les programmes commerciaux de marketing moderne.

En 1996, l'Aboriginal Australia Art & Culture Centre d'Alice Springs a créé la première "université" interactive de didgeridoo en ligne au monde et a été présentée par Bill Gates lors du lancement de Windows 98.

 

Acheter un didgeridoo

Acheter un didgeridoo

Chaque didgeridoo est complètement unique en fonction de la croissance de l'arbre et de la façon dont les termites ont creusé l'intérieur.

La façon la plus simple de commencer à réduire vos options et de choisir :

  • La finition :  naturelle ou peinte. La finition du didgeridoo n'affecte pas le son.
  • Le type de bois ou autres materiaux: il existe plus de 1000 types d'eucalyptus dans toute l'Australie.Les différents types de bois spécifiques sont similaires à l'appréciation de différentes finitions. C'est plus une préférence personnelle et cela n'affecte pas vraiment le son.
  • La clé et la longueur : Les didgeridoos les plus grands et les plus graves sont souvent difficiles pour les débutants en raison de la quantité d'air qu'il faut pour en jouer.
  • le poids : cela peut avoir de l’importance si vous amener à le transporter.
  • l’embouchure : Vous n'avez pas besoin d'une embouchure en cire d'abeille si l'extrémité est lisse, mais la plupart des joueurs préfèrent en avoir une. Elle adapte l’embouchure à votre bouche.
  • Écoutez le didgeridoo avant de l'acheter car ils ont tous un son différent.
  • Le prix : Les facteurs les plus importants du prix sont l'effort fourni par le fabricant, la qualité du son et l'aspect artistique de l'instrument. Les moins chers peuvent être coupés à partir d'arbres et produits à plus grande échelle, ce qui permet de consacrer moins de temps à la sélection et au perfectionnement de chaque didgeridoo. Plus le travail et l'artisanat sont importants dans un didgeridoo, plus il est cher.
  • Avant toute chose : assurez-vous que le didgeridoo est fabriqué en Australie. Il y a malheureusement des copies peu chères « made in China »
Isabelle de Casamajor

Isabelle de Casamajor

A Perth depuis plus de 15 ans, depuis toujours passionnée de voyages, de photographie, d'art et de culture, l'Australie est pour moi un merveilleux terrain d'exploration. J'aime faire partager les endroits que j'aime et mes coups de coeur.
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