Édition internationale

PAYS ARABES – L'exercice de la démocratie


Après la révolution par la rue, les nations arabes entament la révolution par les urnes. La Tunisie a lancé le processus en votant en masse dimanche dernier. L'Egypte et la Libye suivront dans les prochaines semaines. La montée de l'islamisme fait pourtant peur aux pays occidentaux

(photo AFP)

Tout avait commencé en Tunisie avec la révolution du jasmin. Le 14 janvier dernier, Ben Ali quittait le pouvoir en s'envolant vers l'Arabie Saoudite. La révolte populaire s'était ensuite propagée comme une traînée de poudre dans plusieurs pays arabes (Egypte, Libye, Syrie, Bahreïn, Yémen). Alors que le printemps arabe a réussi à renverser jusqu'à présent trois régimes autocratiques, ceux de Tunisie, d'Egypte et de Libye, le temps est venu pour les populations libérées de retrouver le chemin des urnes.

Les élections de jasmin

La peuple tunisien est le premier à reprendre en main son destin. Des centaines de partis se sont créés depuis la chute du régime, preuve de la ferveur démocratique tunisienne. Dimanche dernier, les quelque 7 millions d'électeurs tunisiens (en Tunisie mais aussi à l'étranger) étaient invités à désigner les membres de l'Assemblée constituante, qui élue pour un an, se chargera de rédiger la nouvelle Constitution et gouvernera avant les prochaines élections générales. La mobilisation du peuple tunisien a atteint des records puisqu'on estime que 80 à 90% des inscrits se sont rendus aux urnes le week-end dernier. Le parti Ennahda, islamo-conservateurs interdits sous Ben Ali, décrocherait 40% des voix selon des projections. L'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) a publié hier soir les premiers résultats du scrutin qui donnent le parti islamiste Ennahda en tête, avec quinze des trente-neuf sièges en jeu dans cinq circonscriptions, dont celles des grandes villes de Sfax et Sousse.

Les pharaons s'en vont voter

Le président américain, Barack Obama, a demandé via une conversation téléphonique, au maréchal Tantaoui de lever l'état d'urgence toujours en vigueur ainsi que de mettre fin aux procès militaires pour les civils, afin de "soutenir pleinement la transition démocratique de l'Egypte". Les premières élections législatives égyptiennes depuis le départ de Hosni Moubarak se tiendront pendant quatre mois, à partir du 28 novembre prochain. Une élection présidentielle aura également lieu en 2012. Malgré les rumeurs, l'armée, actuellement en charge de la transition démocratique, a promis de ne pas se porter candidate à ce scrutin. Elle n'est pas "partie prenante dans le processus politique" et elle souhaite "rendre le pouvoir le plus tôt possible", a insisté le chef de l'armée égyptienne, Hussein Tantaoui. L'accès au Parlement a été limité aux anciens membres du Parti national démocrate (formation de Moubarak aujourd'hui dissoute), qui auraient pu, selon une loi électorale aujourd'hui amendée, se présenter comme "candidats indépendants" lors d'un scrutin uninominal, comptant pour le tiers des sièges. La menace du boycott de différentes formations politiques est donc pour l'instant écartée. Les islamistes des Frères musulmans se placent en tête dans les sondages d'opinion. 35 % des Egyptiens les soutiendraient d'après une étude de l'agence officielle Mena.

La charia en Libye

Alors que le Conseil national de transition (CNT) a tout juste annoncé la libération de la Libye suite à la chute de Syrte et à la mort de l'ancien leader Kadhafi, le président de l'institution, Moustapha Abdeljalil, a déclaré que la Constitution de la nouvelle Libye se basera sur la loi islamique. "Toute loi qui violera la charia sera nulle et non avenue", a-t-il annoncé. Le CNT a cependant précisé que la charia présentera en Libye un "caractère modéré". "Les règles de l'Islam ne représentent aucun danger", a ainsi tenté de nuancer Moustapha Abdeljalil, conscient des craintes de ses alliés occidentaux. Le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon, souhaite une consultation du peuple libyen sur la question avant toute annonce. "Je souhaite maintenant que le CNT organise la transition démocratique et qu'au terme de cette transition démocratique, le peuple libyen puisse dire ce qu'il souhaite. Mais, en l'occurrence, ces décisions qui précèdent le choix démocratique du peuple libyen m'inquiètent", a-t-il déclaré. "C'est au peuple libyen qu'il appartient de choisir son destin dans des élections libres", a indiqué le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé. Tout en précisant : "il y a place tout autour de la Méditerranée pour un Islam qui soit conciliable avec nos valeurs démocratiques".

Des craintes islamistes fondées ?

La Tunisie, fer de lance de la nouvelle démocratie arabe, apportera certainement des réponses aux inquiétudes des pays occidentaux. Le parti islamiste modéré Ennahda a ainsi tendu la main aux partis d'opposition : "Nous sommes prêts à former une alliance avec le Congrès pour la république (gauche nationaliste) de Moncef Marzouki et l'Ettakatol (gauche) de Moustapha Ben Jaafar puisque leurs opinions ne sont pas éloignées des nôtres et que ces deux partis ont obtenu un grand nombre de suffrages", a assuré Ali Larayd, membre du comité exécutif du parti baptisé "Renaissance". Un signal d'ouverture qui inspirera peut-être les Frères musulmans d'Egypte, et le CNT libyen.
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mercredi 26 octobre 2011

En savoir plus

Article du JDD, Après les révolutions arabes, les islamistes vont-ils prendre le pouvoir?
Article du Nouvel Obs, LIBYE. L'embarras des Occidentaux face au spectre de la charia

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