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Ouvéa, toujours meurtrie, s'interroge sur le référendum

Par AFP | Publié le 30/10/2018 à 08:30 | Mis à jour le 30/10/2018 à 08:59
En Nouvelle-Calédonie, Ouvéa, toujours meurtrie, s'interroge sur le référendum

A Ouvéa, toujours meurtrie 30 ans après la prise d'otages par des indépendantistes kanak et l'assaut sanglants de la grotte où ils s'étaient réfugiés, certains appellent à "la non participation" au référendum sur l'indépendance, mais d'autres veulent voter pour "tourner la page".

 

A quelques jours du scrutin, les habitants évoquent peu le référendum de dimanche où ils devront dire s'ils veulent que la Nouvelle Calédonie, stratégique pour la France dans la région, "accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante".

Si les drapeaux kanak flottent le long de l'unique route transversale de cet atoll, seules des affiches prônant le non à l'indépendance sont collées sur les panneaux électoraux.

Baptisée "île la plus proche du paradis" grâce à son ruban de sable blanc qui court le long de sa côte ouest et ses eaux turquoises, Ouvéa semble paisible, loin des événements qui en avril-mai 1988, la rendirent tristement célèbre.

Le 22 avril un commando indépendantiste attaque la gendarmerie de l'île: bilan quatre gendarmes tués et 27 autres pris en otages. Le 5 mai, entre les deux tours de l'élection présidentielle, après deux ans de cohabitation entre le président socialiste François Mitterrand et le Premier ministre de droite Jacques Chirac, un assaut de l'armée dans la grotte d'Ouvéa libère les otages, mais 19 Kanak et deux militaires sont tués. Certains parlent "d'exécution sommaire" des preneurs d'otages.

Trente ans après, l'atoll de quelque 3.400 habitants, comme la Nouvelle-Calédonie reste divisé : entre le oui et le non à l'indépendance, mais aussi entre ceux qui iront voter et ceux qui s'abstiendront.
   

Peuple colonisé

Dans le nord de l'île, un collectif d'habitants de Gossanah, tribu où se trouve la grotte, appelle "à une non participation massive". Dès l'entrée, des banderoles annoncent la couleur: "Ne pas participer c'est rendre le référendum du 4 novembre illégitime" et "Je ne participe pas au référendum bidon". 

"Seul le peuple colonisé doit prendre part au vote", affirme le leader du collectif, Macky Wea, 74 ans. Il est le frère de Djubelly Wéa, opposé aux accords de Matignon de 1988, qui avait assassiné le 4 mai 1989 les deux leaders kanak, Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné, avant d'être abattu par un garde du corps.

Il déplore, comme le Parti travailliste auquel il appartient, qu'en 30 ans, les Kanak soient devenus "minoritaires chez eux. On ne veut pas devenir une communauté comme la communauté vietnamienne ou wallisienne, tahitienne. Le fait de glisser un bulletin dans l'urne c'est comme si tu acceptes la mort du peuple kanak".

"Ceux qui sont morts, ils ont sacrifiés leur vie pour le peuple kanak, pas pour le peuple calédonien". Une position "minoritaire", admet-il. Cependant "dans l'histoire et les archives, il sera inscrit que des Kanak n'ont pas voulu que le peuple kanak s'éteigne".

Benoit Tangopi, ex-preneur d'otage de la grotte et survivant de l'assaut militaire, qui a fait quelques mois de prison avant d'être amnistié, partage son avis. Assis sur des nattes au bord de son champ d'ignames et de manioc, l'homme de 54 ans, qui arbore un tee-shirt en hommage aux 19 camarades décédés, estime que le référendum va "noyer" le peuple kanak. 

Mais à la chefferie de Wadrilla, un peu plus loin, Marc Gnipate, retraité de 62 ans, estime que le boycott "n'est pas la bonne réponse". "Les 19 morts d'Ouvéa, cela reste une blessure, on ne peut pas les oublier", mais "cela a ouvert le processus des accords" de Matignon, qui ont conduit au référendum. Selon lui, "beaucoup de gens veulent tourner la page". 

"Ici, on vit en communauté, on ne peut pas passer outre" ces morts, mais "je ne pense pas à ça quand je vote, je pense au bien de mon pays, je pense à l'avenir", ajoute Colette, jeune femme venue vérifier si elle était bien inscrite sur la liste électorale.

Marguerite Kaleppe, employée d'une compagnie aérienne de 44 ans, qui a vécu les violences de 1988, veut elle "avancer", prête à choisir l'indépendance. "Même si ça va être compliqué, parce qu'on se sent bien aussi avec la France".  
 

1 Commentaire (s)Réagir
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valcofribas jeu 01/11/2018 - 02:24

Franchement, c'est un peu court... On n'échappe pas au cliché : "l'île la plus proche du paradis"... Mais, surtout, le contexte est totalement absent. On n'explique pas pourquoi Gossanah est "rebelle" au processus de Matignon. Or il faut savoir, pour y comprendre quelque chose, que tout au long de la prise d'otages, les habitants de cette tribu ont apporté leur aide aux assaillants de la brigade de gendarmerie de Fayaoué et que TOUS les hommes, adolescents compris, y ont subi des interrogatoires musclés ( jusqu'à subir pour certains des décharges de matraques électriques et des simulacres d'exécution) de la part d'hommes du GIGN. Enfin, ce ne sont pas "certains" * qui affirment que des exécutions sommaires ont eu lieu après l'assaut. Ce sont des rescapés. Mais aussi des militaires qui, bien des années après, acteurs de ces événements, ont témoigné de ces exécutions, dont celles d'un blessé évacué de la grotte par des gendarmes et d'un jeune de 18 ans, qui faisait partie des "porteurs de thé" - ces gens de la tribu de Gossabah qui venaient chaque jour apporter des provisions aux otages et à ceux qui les détenaient... Quant au chef des preneurs d'otages, Alphonse Dianou, plusieurs de ces témoins ont raconté comment il avait été achevé sur sa civière par un officier de gendarmerie mobile. Des faits que l'AFP semble considérer qu'il est inutile - ou inopportun? - de les rappeler. *Voir à ce sujet le livre de PLénel et Rollat, "Mourir à Ouvéa" et les témoignages rapportés sur le blog "Ouvéa 1988", de l'ancien journaliste Jean-Guy Gourson

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