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Joe DiMaggio, l’inconsolable de Marilyn Monroe

Par Rachel Brunet | Publié le 10/04/2019 à 15:51 | Mis à jour le 10/04/2019 à 15:51
Photo : Joe DiMaggio et Marilyn Monroe
Marilyn Monroe

Chaque mois, la librairie Albertine nous présente son coup de coeur littéraire. Pour notre rendez-vous d’avril, c’est « Joe DiMaggio, portrait de l’artiste en joueur de baseball » de Jerome Charyn qui nous est présenté.

 

Quiconque a vécu quelque temps aux Etats-Unis aura eu le loisir de constater que le sport - et le baseball en premier lieu - joue un rôle clef dans l’intégration (dans la société américaine). Si vous êtes curieux de comprendre le rôle unificateur de ce sport, et combien son histoire reflète l'évolution du pays au cours du 20ème siècle, alors je vous conseille de lire Joe DiMaggio, portrait de l’artiste en joueur de baseball de Jerome Charyn qui vient de paraître aux éditions du Sous-Sol, dans une traduction de Marc Chénetier.

Charyn grandit dans le Bronx, à une douzaine de blocs du Yankee Stadium dont il pouvait suivre les matchs perché sur les toits des immeubles cossus de l'Avenue Walton. Mais passionné de baseball, le garçon de 9 ans préféra se casser le dos en faisant des livraisons pour l'épicier du coin, et vendre son sang pour se payer des tickets aux matchs disputés par son héros : le grand DiMaggio.

Majestueux, gracieux et puissant, DiMaggio continue à ce jour de régner en maitre sur l’imaginaire américain depuis sa position de champ centre. Si ses exploits se résument en quelques mots : “un record de points inégalé dans 56 matchs consécutifs, et un mariage éclair à Marilyn Monroe" la fascination qu'il exerce sur la psyché américaine est bien plus complexe.

"DiMaggio était tel un prince, seul dans son fief, dépourvu de rival (). Le pays de DiMaggio n'était pas seulement le champ centre, il tenait aussi bien le champ droit que le gauche, si bien que les deux autres voltigeurs  étaient réduits a des appendices (). C'était un monde à lui tout seul se souvient Henry Kissinger (). Personne n'était capable de conquérir comme lui un stade de baseball.’ écrit Charyn.

 

DiMaggio, le gardien de Monroe

Plus qu’à sa romance avec Marilyn, l’écrivain se confronte aux silences de DiMaggio, et à ce que le chanteur Paul Simon compare dans les paroles de Mrs Robinson, à une « disparition ». Pas tant pour y apporter les réponses, mais pour souligner à quel point ce joueur exceptionnel - et ses errances - continue de refléter les heures glorieuses et celles moins reluisantes de ce pays.

Aux interpellations désespérées du joueur noir Josh Gibson (« Allez Joe parle-moi. Dis quelque chose »), Joe DiMaggio oppose le silence méprisant dans lequel le baseball blanc tiendra son homologue noir jusqu’à ce que Jacky Robinson franchisse la barrière de couleur en 1947, intégrant l'équipe des Brooklyn Doggers. 

Une fois qu'il eut cessé de jouer, DiMaggio perdit son élégance légendaire et se transforma en usine à souvenirs, vendant son image pour des machines à café, dédicaçant battes et balles de base-ball. Mais comme le souligne Charyn, si sa seconde carrière professionnelle fut somme toute privée d'éclat, son refus de parler de Marilyn, de vendre leurs souvenirs à un éditeur, fait de lui son seul et unique vigile, le seul à n'avoir jamais profité d'elle. 

Sous la plume de Charyn, DiMaggio devient ce cormoran baudelairien "dont la magie se manifestait sur un terrain de baseball pour l'abandonner dès qu'il le quittait".

 

Pour en savoir plus sur la librairie Albertine:

https://www.albertine.com

 

Rachel Brunet

Rachel Brunet

Après des années dans la presse économique et spécialisée, Rachel Brunet est la directrice et le rédactrice en chef de l’édition New York du Petit Journal
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