À New York, l’audace a désormais ses prix. Le 21 octobre, les Audacieuses Awards ont distingué trois femmes parmi 53 candidates, lors d’une première cérémonie organisée par SHE the movement, au Consulat général de France


« L’audace, c’est de ne pas avoir peur, et d’y aller quand même. » Pour Fatou Ndiaye, membre du jury, cette phrase résume les parcours présentés lors de la première édition des Audacieuses Awards. Derrière les projets et les réussites, les femmes francophones réunies ce 21 octobre 2026 au Consulat général de France à New York, ont surtout parlé de ce qui ne se voit pas toujours : les doutes, les risques financiers et les décisions difficiles qui accompagnent l’entrepreneuriat.
L’audace est un muscle
Les Audacieuses Awards portés par SHE the movement
Après avoir étudié les 53 candidatures, Fatou Ndiaye dit avoir été frappée par les points communs entre les histoires. « L’audace est un muscle », a-t-elle également rappelé. Une conviction partagée par les trois intervenantes du panel, Julie Chapon, cofondatrice de Yuka, Thérèse M'Boungoubaya, fondatrice de KOBA Skincare, et Véronique Gabai, créatrice de sa propre marque de parfums. Toutes ont raconté un parcours fait de choix, d’obstacles et de réajustements, loin d’une réussite acquise d’avance.
L’événement a été imaginé par Cyrielle Augier Retaureau et organisé par SHE the movement, le réseau de femmes francophones qu’elle a cofondé avec Anne-Laure Peytavin Mondoulet. Sous le patronage de Cédrik Fouriscot, consul général de France à New York, cette première édition entend donner de la visibilité à celles qui entreprennent, innovent et s’engagent aux États-Unis.

Yuka, KOBA Skincare... les difficultés derrière la réussite
Lors d'une table ronde, trois entrepreneuses ont dévoilé toute l'audace qu'il faut pour se lancer et développer son activité. Pour Julie Chapon, l’entrepreneuriat a aussi signifié devoir défendre son projet face à des procédures judiciaires. En France, Yuka a été poursuivie après ses prises de position sur les nitrites présents dans certaines charcuteries. Les affaires ont mobilisé du temps, de l’énergie et des moyens financiers importants, au détriment d’autres projets de développement. Une épreuve qui illustre les difficultés auxquelles peut se heurter une entreprise lorsqu’elle s’attaque à des sujets sensibles.
Le parcours de Thérèse M'Boungoubaya raconte une autre forme de risque, de développer son entreprise tout en changeant de pays. Lancée en mai 2022, KOBA Skincare a d’abord ciblé le Royaume-Uni et l’Europe. Après son installation à New York avec sa famille, en août 2022, la fondatrice a progressivement développé le marché américain, malgré les contraintes logistiques et fiscales. Les États-Unis représentent désormais 70 % des revenus de la marque, selon les chiffres publiés par Stratégies en 2025. Cette expérience l’a amenée à adapter sa stratégie à un marché qu’elle juge plus réceptif aux nouvelles marques.
Véronique Gabai, qui a passé près de 28 ans à New York, notamment dans l’industrie du parfum, a choisi de créer sa propre marque après une carrière dans le secteur. Son conseil aux entrepreneuses ne portait pas seulement sur l’objectif à atteindre, mais sur la manière de vivre le parcours. « Il faut aimer le rêve que l’on a dans son cœur », a-t-elle expliqué. Pour elle, la joie ne doit pas être réservée au moment où le projet aboutit, elle aide aussi à traverser les étapes difficiles. Une manière de rappeler que la persévérance ne repose pas uniquement sur la volonté, mais aussi sur la capacité à continuer à trouver du sens dans ce que l’on construit.

Trois lauréates, trois façons d’oser
La cérémonie a distingué trois femmes parmi les 53 candidates. Le prix Entrepreneuriat a été remis à Yondjé Choi, fondatrice d’OMA Natural Food, une marque inspirée de son héritage coréen et de recettes familiales. Le prix Impact a récompensé Ikram Guerd, qui travaille chez Aspivix, une entreprise spécialisée dans l’innovation en santé gynécologique et l’amélioration du confort des patientes. Enfin, le Grand Prix du jury est revenu à Claire Obry, cofondatrice de French Wink, qui met en avant les marques et le savoir-faire français aux États-Unis.
Les trois parcours récompensés illustrent des ambitions différentes, de créer une marque alimentaire, de contribuer à faire évoluer les soins gynécologiques ou de faciliter la visibilité des entreprises françaises outre-Atlantique. Leurs projets ont en commun d’avoir été développés dans un environnement où il faut trouver sa place, convaincre et faire face aux incertitudes.

L'audace de croire en son projet
Au cours de la soirée, Julie Chapon est également revenue sur les réserves exprimées par son entourage lorsqu’elle a quitté un emploi confortable pour se consacrer à Yuka. Les conseils extérieurs peuvent peser au moment de prendre un risque, mais elle invite à s’interroger sur la personne qui les donne et sur sa connaissance réelle du projet. Écouter les autres ne signifie pas nécessairement renoncer à sa propre intuition.
Au fil des échanges, l’audace s’est ainsi dessinée moins comme une absence de peur que comme une capacité à agir malgré elle. Les intervenantes n’ont pas caché les revers ni les périodes de doute, elles ont raconté comment elles avaient dû revoir leurs plans, défendre leurs convictions et poursuivre leur travail.
En distinguant trois lauréates et en donnant la parole à des entrepreneuses aux expériences différentes, cette première édition des Audacieuses Awards a mis en lumière une réalité moins visible que les réussites : entreprendre c’est aussi accepter de ne pas tout maîtriser et avancer malgré l’incertitude.
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