Donner de sa personne pour aider les plus vulnérables, cela résume bien le parcours de Juliette Fisbein. La fondatrice de Women4Women met son expérience et son réseau au service des femmes victimes de violences conjugales à New York.


À Brooklyn, Juliette Fisbein a fait de l’accompagnement des femmes victimes de violences conjugales le cœur de son engagement. En 2021, elle fonde Women4Women, une association destinée à soutenir les femmes en situation de vulnérabilité et leurs enfants, notamment lorsqu’elles doivent reconstruire leur vie après une relation abusive.
L’idée est née d’une rencontre pendant la pandémie. Une amie lui présente Fathima, une jeune mère originaire du Bangladesh, qui élève un garçon de sept ans. Les deux femmes se rapprochent dans un parc. Juliette découvre alors les difficultés auxquelles Fathema est confrontée, trouver un logement, assurer les besoins de son enfant et effectuer seule les démarches nécessaires à une nouvelle vie. « Je trouvais cela horrible que ce soit à elle de tout reconstruire », raconte-t-elle. Cette rencontre lui fait prendre conscience de la complexité du parcours qui attend les femmes après une séparation marquée par les violences. Quitter un conjoint violent ne suffit pas toujours à retrouver la sécurité. Il faut encore trouver un toit, des revenus, un mode de garde pour les enfants et les moyens de se reconstruire.
Forte de son expérience d’avocate d’affaires, Juliette Fisbein décide alors de mettre ses compétences au service de cette cause. « Il y en a un qui m’a appris vraiment le sens des priorités, du travail acharné. Et puis, il y en a un qui nourrit mon âme », explique-t-elle en évoquant la différence entre sa carrière juridique et son engagement associatif.

Retrouver un logement, un travail et son indépendance
Women4Women accompagne les femmes à travers deux programmes, All In et Referrals. L’association les aide à identifier leurs besoins et les met en relation avec des professionnels ou des structures susceptibles de leur apporter une réponse. Le logement, l’emploi, la formation, la santé physique et mentale, la garde d’enfants ou encore la gestion financière font partie des domaines dans lesquels les bénéficiaires peuvent être accompagnées. « Elles ont besoin d’un logement, elles ont besoin soit de retourner à l’école, soit de trouver un travail pour avoir des revenus. Elles ont besoin de soutien mental, de childcare », détaille la fondatrice. À New York, trouver un appartement après avoir quitté une relation abusive peut s’avérer particulièrement difficile. Les femmes doivent parfois effectuer des démarches complexes, justifier de leurs ressources et convaincre des propriétaires alors qu’elles disposent de peu de moyens financiers. Women4Women ne finance pas directement les logements, mais l’association accompagne certaines bénéficiaires dans la constitution de leurs dossiers et les visites. Juliette Fisbein évoque plusieurs situations dans lesquelles ce travail a permis à des femmes d’accéder à un appartement.
« Quand on arrive ensemble à monter un dossier et à rentrer dans un appartement qui va être le leur pendant les cinq prochaines années, c’est là que j’ai été le plus fière », confie-t-elle. Pour elle, ces réussites représentent bien plus qu’une démarche administrative. Elles permettent à des mères et à leurs enfants de retrouver un lieu sûr et d’envisager la suite avec davantage de stabilité.
L’association accompagne également les femmes dans leur retour à l’emploi, la reprise d’études ou la reconstruction de leur équilibre personnel. Ses bénéficiaires sont appelées les Thrivers , un terme qui souligne leur capacité à aller au-delà de la survie et à reprendre leur vie en main.
Women4Women, une équipe et un réseau pour répondre à des besoins multiples
Juliette Fisbein insiste sur le caractère collectif de cette mission. Women4Women s’appuie sur une équipe de bénévoles et sur un réseau de professionnels qu’elle a développé au fil des années à Brooklyn. « Ce n’est pas du tout seulement moi », rappelle-t-elle. Travailleurs sociaux, psychologues, professionnels du droit ou encore acteurs locaux peuvent intervenir selon les besoins. Des entreprises ont également proposé leur aide. Le salon Salon 718, par exemple, a souhaité offrir des prestations de coiffure aux femmes accompagnées et à leurs enfants. D’autres initiatives ont été proposées dans les domaines du sport, du yoga et de la culture.
Ces soutiens permettent aux bénéficiaires de retrouver des services auxquels elles n’ont pas toujours accès, mais aussi de renouer avec des activités qui contribuent à leur bien-être. L’association souhaite désormais renforcer ses moyens humains et financiers. Elle dispose notamment d’une travailleuse sociale et d’une superviseure clinique. Juliette Fisbein espère également développer les dons mensuels afin de pouvoir accompagner davantage de familles. Son objectif est de soutenir jusqu’à 30 familles par an. Elle souhaite poursuivre les actions de prévention et les collaborations avec des cabinets d’avocats et d’autres organisations, notamment dans le cadre d’initiatives consacrées aux victimes de violences conjugales.

« It takes a village »
Pour Juliette Fisbein, l’accompagnement ne doit pas se limiter à une aide ponctuelle. Il s’agit de permettre aux femmes de retrouver progressivement leur autonomie, sans les réduire aux violences qu’elles ont subies. « Je voudrais démentir ce que j'entends parfois. L’association n'est là pour sauver ces femmes. Elle se sauvent elles-mêmes, avec leur volonté propre, avec leur force », affirme-t-elle.
La fondatrice rappelle également que toutes les violences ne sont pas visibles. Certaines sont psychologiques ou financières, et leurs conséquences peuvent durer longtemps après la séparation. Parler de ces réalités constitue, selon elle, une première étape pour lutter contre l’isolement. « It takes a village », répète-t-elle. Donner de son temps, partager son expertise, faire un don ou simplement parler de cette cause, chacun peut contribuer à cette chaîne de solidarité.
Un Trophée qui met en lumière l’association
Juliette Fisbein a reçu le 1er octobre 2026, au Consulat Général de France à New York, le Trophée Women Empowerment des Trophées des Français de l'Est américain remis par CareXpat. Elle explique avoir été surprise et fière de cette distinction, qu’elle considère avant tout comme le résultat d’un travail collectif. « J’espère que cela va aider à des donations », confie-t-elle.
Pour elle, cette visibilité peut permettre à davantage de personnes de découvrir l’association et les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes après des violences conjugales. Elle espère également que cette reconnaissance contribuera à élargir le réseau de soutiens de Women4Women. À Brooklyn, Juliette Fisbein poursuit ainsi une mission qui dépasse son parcours d’avocate. Avec son équipe et les personnes qui l’entourent, elle cherche à offrir aux femmes et à leurs enfants les moyens de retrouver une vie stable, digne et indépendante.
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