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PEQ : les chiffres à géométrie variable du ministre Jean-François Roberge

En quelques minutes, Jean-François Roberge, ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, passe d’estimations massives à une comptabilité très fine de l’immigration économique. Ce contraste fragilise l’argument central avancé pour tourner la page du PEQ, alors que la demande porte sur les seuls droits acquis.

Jean-François Roberge, ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration,Jean-François Roberge, ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration,
Jean-François Roberge, ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, lors de son point de presse du vendredi 30 janvier - Illustration Facebook
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 30 janvier 2026, mis à jour le 31 janvier 2026

 

Des chiffres massifs pour justifier l’abolition

Lors de son point de presse du 30 janvier, le ministre Roberge, a une nouvelle fois justifié l’abandon définitif du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) par un risque présenté comme majeur.

Selon lui, rouvrir le programme impliquerait de traiter « des centaines de milliers de personnes présentes sur le territoire québécois », dans un système jugé trop rigide et non ciblé.

Ce chiffre, avancé sans ventilation ni démonstration chiffrée, sert de pivot à l’argumentaire ministériel : le PEQ serait incompatible avec les capacités d’accueil du Québec, la régionalisation de l’immigration et la priorisation des secteurs jugés stratégiques.

 

Une précision extrême lorsqu’il s’agit du nouveau cadre

Quelques minutes plus tard, le ton change. Le ministre devient alors très précis.
Pour 2026, le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) prévoit exactement 29 000 immigrants économiques, sur un total annuel de 45 000 admissions. Il détaille même la première ronde : 2 552 invitations, dont 1 630 diplômés du Québec et 66 % de candidats résidant hors de Montréal et Laval.

Cette capacité à fournir des données fines — par catégories, régions et profils — contraste fortement avec l’imprécision des « centaines de milliers » invoquées pour disqualifier le PEQ.

 

Une incohérence face à la demande réelle

Or, la revendication portée par les personnes concernées n’a jamais été la réouverture du programme, ni sa continuité. Elle se limite à une demande ciblée : le respect des droits acquis des personnes ayant entamé leur parcours d’immigration dans le cadre du PEQ, en conformité avec les règles alors en vigueur.

Assimiler cette demande à une admission massive et indifférenciée brouille le débat. Elle transforme une question juridique et administrative — la continuité des règles — en enjeu quantitatif maximaliste.

Au-delà des chiffres avancés et des écarts qu’ils révèlent, une autre dimension du dossier éclaire la fermeté de la position gouvernementale. Elle ne relève ni de la capacité d’accueil ni de la planification, mais du rapport politique entre l’État et les personnes concernées.

 

Des personnes sans poids électoral

Un autre élément, rarement formulé explicitement, traverse ce dossier. Les personnes directement affectées par la fin du PEQ ne disposent pas du droit de vote au Québec. Elles ne constituent donc pas un enjeu électoral direct. 

Cette réalité institutionnelle pèse sur le traitement politique du dossier : l’absence de coût démocratique immédiat contribue au maintien d’une position rigide, même lorsque des parcours individuels ont été engagés sur la base de règles établies par l’État lui-même. 

La question n’est alors plus seulement administrative ou budgétaire, mais profondément politique : quelle valeur accorde-t-on aux engagements publics pris envers des personnes qui participent à la société québécoise sans pouvoir peser dans les urnes ?

 

Un écart qui appelle clarification

Reste une question centrale, que les chiffres ne dissipent pas. Pourquoi le ministre refuse-t-il de répondre clairement à une demande pourtant circonscrite : le respect des droits acquis de personnes engagées de bonne foi dans un parcours encadré par l’État québécois ? Et s’il s’y oppose politiquement, pourquoi recourir à des projections massives et imprécises, tout en faisant preuve d’une rigueur extrême lorsqu’il s’agit de ses propres cibles ? 

À force d’alterner le flou et la précision, le débat se déplace. Il ne porte plus sur les capacités d’accueil du Québec, mais sur la reconnaissance — ou non — des engagements pris envers celles et ceux qui ont engagé leur vie ici.

 

 

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