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RUBYGATE – Berlusconi condamné à 7 ans de prison

Écrit par Lepetitjournal Milan
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 25 juin 2013

Lundi 24 juin, Silvio Berlusconi a été condamné à sept ans de prison et à une peine d'inéligibilité à vie par le tribunal de Milan pour "abus de pouvoir sous la contrainte" et "incitation à la prostitution de mineure" dans le procès du "Rubygate". S'agissant d'un verdict rendu en première instance, il n'a pas été écroué et devrait faire appel. L'ancien Premier ministre dénonce une persécution à son encontre.

Sept ans de prison

Lundi 24 juin en fin d'après-midi, après sept heures de délibérations, Silvio Berlusconi a été condamné, en première instance à sept ans de prison et une peine d'inéligibilité à perpétuité dans l'affaire du "Rubygate". Le tribunal de Milan a reconnu l'ancien président du conseil italien coupable d'"abus de pouvoir sous la contrainte". Il écope, pour ces faits de six ans de prison. Un deuxième chef d'inculpation d'"incitation à la prostitution de mineure" lui a valu un an d'emprisonnement supplémentaire. La peine prononcée est légèrement plus importante que la requête du parquet de Milan, qui avait demandé six de prison et l'inéligibilité à vie.

Dans ce procès, Silvio Berlusconi, âgé de 76 ans a été jugé coupable d'avoir eu des relations sexuelles tarifées avec la jeune danseuse marocaine, Karima El-Mahroug surnommée "Ruby Rubacuori" (Ruby, la voleuse de c?ur) et mineure au moment des faits. A l'époque, il était encore chef du gouvernement et organisait des fêtes, les fameuses soirées "bunga-bunga" dans sa villa d'Arcore, commune située à une vingtaine de kilomètres au nord de Milan. Le Cavaliere et la jeune prostituée nient tout en bloc. Pourtant, l'examen du portable de cette dernière a montré qu'elle avait passé au moins sept nuits à Arcore entre février et mai 2010 selon la procureure. De plus, des témoins affirment qu'elle était une habituée des soirées "bunga-bunga".

L'ex-Premier ministre italien a également été reconnu coupable d'abus de pouvoir pour avoir fait libérer Ruby, en mai 2010, arrêtée pour le vol d'un bracelet d'une valeur de 3.000 euros. Au pouvoir à l'époque, Berlusconi était intervenu auprès de la police en prétendant qu'il s'agissait d'une petite-fille du président égyptien de l'époque, Hosni Moubarak. Il aurait fait pression sur le chef de la police de Milan en évoquant un potentiel incident diplomatique.

"Je résisterai à la persécution"

Dans un communiqué, Silvio Berlusconi dénonce "un verdict violent". Il assure, par ailleurs qu'il s'agit d'une sentence faite par des magistrats motivés par des considérations politiques. "Une sentence incroyable a été émise, d'une violence jamais vue auparavant, en vue de m'éliminer de la vie politique" a-t-il annoncé.

Alors qu'un petit groupe de manifestants a applaudi la condamnation, certains se sont même mis a chanté Bella ciao (chanson populaire italienne, ndlr) ainsi que l'hymne national. Devant le tribunal, une femme tenait même une pancarte sur laquelle on pouvait lire "Una condanna per salvare la dignità dell'Italia" (Une sentence pour sauver la dignité de l'Italie). Au même moment, Maître Niccolò Ghedini, l'avocat star du Cavaliere s'adressait à la presse en évoquant un "verdict complètement déconnecté de la réalité" même s'il a avoué a demi-mot s'attendre à une peine de cette ampleur.

Le verdict rendu par le tribunal de Milan ne met toutefois pas fin à la procédure entamée en avril 2011. Silvio Berlusconi est sorti libre du palais de justice et n'a pas été écroué. S'agissant d'un jugement en première instance, l'exécution du verdict ne se fera qu'après l'épuisement de tous les recours possibles, en appel et en cassation. Ces avocats ont d'ailleurs indiqué qu'ils faisaient appel.

Les trois magistrates en charge de l'affaire ont décidé demander au parquet de Milan d'enquêter sur de possibles fausses déclarations faites par certains témoins lors du procès. Des jeunes femmes habituées des soirées organisées par M. Berlusconi assurent avoir participé à des dîners joyeux et arrosés mais nient le caractère orgiaque de ces soirées. Leurs déclarations contredisent les enregistrements d'écoutes téléphoniques.

Vers une nouvelle crise politique ?

Silvio Berlusconi, qui se dit constamment harcelé par des "magistrats rouges" s'est déjà vu confirmer le mois dernier une peine de quatre ans de prison, dont un ferme, dans l'affaire dite du Mediaset qui concerne les conditions frauduleuses d'achat de droits télévisés de séries américaines par son groupe médiatique. Il s'est pourvu en cassation dans cette affaire.

Evincé du pouvoir en novembre 2011, il était revenu dans le jeu politique en février dernier lorsqu'il a été élu sénateur. Sa condamnation dans le "Rubygate" pourrait avoir des conséquences sur le gouvernement d'union gauche-droite formé par Enrico Letta. Même si le Cavaliere n'en fait pas partie, le soutien de son parti, le Popolo della Libertà (PdL) est essentiel à sa survie. Pour l'heure, Berlusconi continue d'assurer son soutien à Enrico Letta malgré l'appel de certains membres de son parti à rompre toute alliance.

Les observateurs italiens s'attendent donc à le voir quitter la coalition. Cela provoquerait l'effondrement du gouvernement et la tenue de nouvelles élections auxquelles il pourrait se présenter. Dans le cas de figure où il les remporterait, il se mettrait à l'abri d'une condamnation définitive, en vertu de l'immunité diplomatique. Selon La Stampa, le soutien de Silvio Berlusconi au gouvernement est une protection contre tous ses procès en cours. Mais "son intérêt à soutenir le gouvernement disparaît" si cette protection n'existe pas, selon le journal.

Aurélien Bureau (LePetitJournal.com de Milan) ? mardi 25 juin 2013

photos: captures d'écran

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Publié le 24 juin 2013, mis à jour le 25 juin 2013
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