Édition internationale

La France et l’Italie affichent leur alignement géopolitique au 36e sommet bilatéral

Jeudi 25 juin, Giorgia Meloni et Emmanuel Macron se sont rencontrés à Antibes pour renforcer la coopération entre la France et l’Italie dans le contexte de la guerre en Ukraine et au Moyen-Orient.

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Écrit par Thomas Bidault
Publié le 26 juin 2026

Longtemps attendue et reportée à plusieurs reprises, cette rencontre officielle entre la France et l’Italie était le premier sommet franco-italien depuis 2020 – lorsque Macron s’était rendu à Naples -, depuis l'entrée en vigueur en 2021 du Traité du Quirinal, mais aussi depuis l'entrée en fonction de Giorgia Meloni.

Il a fallu beaucoup de temps pour l’organiser, entre des contraintes d’agenda et quelques divergences politiques, mais hier, Macron et Meloni ont réussi à relancer un axe franco-italien qui trouve ses fondements dans l’économie, mais aussi dans les grandes questions de politique internationale.

Devant les caméras des journalistes, la cheffe du gouvernement italien et le Président de la République, Emmanuel Macron, ont réaffirmé la bonne entente qui unit les deux pays frontaliers. « Nous vivons tous sous le même climat, il est chaud. Et il n'y a plus rien de glaciaire », a lancé le président français, interrogé sur leur relation, lors d'une conférence de presse commune. « Nous défendons les intérêts de nos pays mais nous le faisons de manière respectueuse et engagée », a-t-il ajouté, balayant ainsi les tensions et crises politiques depuis l'arrivée de Giorgia Meloni à la tête du gouvernement en 2022.

Loin de toutes dissonances, Emmanuel Macron et Giorgia Meloni se sont attachés à mettre l'accent sur des coopérations bilatérales ambitieuses, de la défense à l'espace et l'énergie pour le 36e sommet franco-italien. Tous deux ont mis l'accent sur la vitalité des liens bilatéraux, avec 112 milliards d'euros d'échanges commerciaux en 2025, et sur les convergences sur les grandes crises internationales, de l'Ukraine au Moyen-Orient.

Au total, Giorgia Meloni et Emmanuel Macron ont conclu sept accords concernant des secteurs clés tels que la défense, l’aérospatial et l’énergie nucléaire. L’Italie décroche également un accord administratif afin d’organiser une équipe chargée de lutter contre l’immigration clandestine.

 

Paris et Rome sur la même ligne pour la compétitivité européenne

Dans la déclaration conjointe diffusée à l’issue du sommet d’Antibes, l’Italie et la France s’engagent « pour améliorer la compétitivité et la durabilité » des économies européennes.

Les deux pays s’accordent sur la nécessité d’une défense européenne « dans une Europe plus forte au sein d’une OTAN plus forte ». Soutenir la défense européenne est un pas historique pour la cheffe du gouvernement italien, atlantiste convaincue. Celle qui a longtemps voulu incarner un pont entre l’Europe et l’Amérique de Donald Trump renforce donc son alliance avec ses partenaires européens. La France et l’Italie ont annoncé suivre une nouvelle feuille de route dans le domaine de la défense à l’horizon 2031 avec un comité stratégique bilatéral pour l’industrie.

Le sommet vient aussi consolider la coopération franco-italienne dans les secteurs de l’aérospatial et de l’énergie nucléaire. Le Président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé « un partenariat industriel global et privilégié dans le domaine du nucléaire civil, couvrant toute la chaîne de valeur ». Si la France a fait un choix clair il y a de nombreuses années en faveur de la production d'énergie nucléaire, un processus législatif est en cours en Italie en vue d'une relance.

En matière spatial, Rome et Paris réaffirment leur soutien au développement du projet européen Bromo qui devrait intégrer les principales activités satellitaires de Thales, Leonardo et Airbus, fleurons de l’industrie italienne et française, qui permettra l'avènement d'un champion européen du spatial, ainsi qu'au projet IRIS², qui constituera la colonne vertébrale de la connectivité satellitaire européenne. « Dans le secteur spatial, la coopération franco-italienne a été un moteur historique pour l’Europe et elle doit le rester. Le site de Thales Alenia Space à Cannes, visité par les ministres italiens et français aujourd’hui, en est le symbole », a affirmé le chef d’Etat français.

 

Renforcer l’échange entre les Italiens et les Français

Sur le plan bilatéral, la France et l’Italie défendent des projets ferroviaires communs pour relier les deux pays, à commencer par l’achèvement de la ligne à grande vitesse entre Lyon et Turin. Une déclaration d’intention a également été signée pour développer une liaison ferroviaire entre Marseille, Nice et Gênes, désormais éligible au financement européen. « Nous rappelons d’autres réalisations majeures, comme la réouverture du tunnel de Tende, l’ouverture du second tube du tunnel de Fréjus ainsi que l’entrée en vigueur prochaine, le 1er juillet, de la convention relative à l’entretien courant et à l’exploitation de la section située en territoire français de la ligne ferroviaire Coni-Breil-Vintimille », se félicitent l’Élysée et le Palais Chigi.

La déclaration conjointe met également sur les rails un nouveau programme destiné aux nouvelles générations « Jeunes Talents » ainsi qu’un comité transfrontalier sur la mobilité des jeunes. Les deux pays entendent promouvoir la mobilité internationale et l’apprentissage de leur langue au-delà de leurs frontières. Ainsi, la rencontre bilatérale s’inscrit dans le prolongement du Traité du Quirinal signé à Rome le 26 novembre 2021 qui institue notamment un service civique commun.

En matière de sécurité, Giorgia Meloni et Emmanuel Macron ont acté lors de ce sommet la création de la brigade mixte franco-italienne, afin de se doter d'un instrument opérationnel de surveillance autour des frontières communes au service de la lutte contre la criminalité transfrontalière et l'immigration irrégulière.

 

Réaffirmer la solidarité franco-italienne face aux guerres

La France et l’Italie ont aussi aligné certaines de leurs positions sur la crise au Moyen-Orient. Le mandat de la FINUL, qui intervient au Liban sous l’égide des Nations Unies, prendra fin le 31 décembre 2026. L’Italie et la France proposent la mise en place d’une coalition internationale « pour rétablir la pleine souveraineté sur l’ensemble du territoire libanais ». Les deux pays réaffirment également leur « attachement à la solution à deux Etats pour Israël et la Palestine ».

De la même façon, Paris et Rome affichent leur soutien « à l’indépendance, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine ». Ces deux membres historiques de l’Union Européenne ouvrent même la voie à une future adhésion de l’Ukraine à la communauté. Cette intégration de l’Ukraine à l’espace européen était notamment ralentie par l’opposition de la Hongrie sous Viktor Orban.

 

Le dernier sommet Macron-Meloni

De part et d’autre de la frontière, la France et l’Italie s’apprêtent à entrer en campagne électorale. Il s’agit sans doute de la dernière participation d’Emmanuel Macron au sommet franco-italien en tant que Président de la République alors que l’élection présidentielle française approche. En 2027, les Italiens seront appelés aux urnes pour élire leurs parlementaires.

Au seuil de ces échéances électorales, Giorgia Meloni s’est notamment exprimée au sujet de l’affaire Le Pen sur sollicitation de la presse. Prudente, la Présidente du Conseil a déclaré « ne pas être une personne qui croit automatiquement tout ce qu’elle lit », se souvenant « de ce qui était écrit sur elle avant qu’elle ne devienne Présidente du Conseil ». « Je peux dire qu’en tout cas, je ne pense pas être en condition de pouvoir dire aux Français ce qui serait mieux pour leur futur parce que je n’ai pas apprécié quand cela a été fait à l’encontre des Italiens », a-t-elle ajouté.

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