Édition internationale

273 installations de ski abandonnées en Italie à cause de la crise climatique

Le rapport « Nevediversa 2026 » de Legambiente souligne les difficultés de maintenir en vie les stations de ski et les remontées mécaniques menacées par le changement climatique.

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Photo de Sporisevic Photography sur Unsplash
Écrit par Maé Brault
Publié le 16 mars 2026

La hausse des températures en haute altitude raccourcit la saison hivernale, et menace la survie des stations de ski.

Le rapport Nevediversa 2026 de Legambiente, présenté mercredi 11 mars 2026, dresse un état des lieux inquiétant des infrastructures touristiques et des stations de ski en altitude. Selon l’association environnementale, 273 installations résultent abandonnées dans les Alpes italiennes et les Apennins en 2026. Et le phénomène s’accélère. L’association en avait recensé 265 en 2025 et 131 en 2020, soit moitié moins.

Mis à part des pylônes rouillés, ce sont des stations de ski entières qui ont disparu, comme Piani Resinelli au-dessus de Lecco. Outre les 273 installations de ski abandonnées, le rapport de Legambiente recense également 247 « bâtiments suspendus ». Il s’agit de résidences ou d’hôtels, de structures touristiques et d’accueil, des complexes militaires ou industriels, abandonnés ou sous-utilisés, à l’instar du Grand Hôtel Wildbad, à San Candido, dans le Tyrol du Sud, un édifice d'une grande valeur historique et culturelle, mais dans un état d'abandon préoccupant.

Les régions les plus touchées sont le Piémont avec 76 structures abandonnées, suivi par la Lombardie (51). La vallée d’Aoste, elle, comptabilise le plus de « bâtiments suspendus » (36).

Le rapport ajoute également les 106 remontées temporairement fermées au niveau national, tandis que 98 fonctionnent en alternance et 231 survivent actuellement grâce à des fonds publics - qui absorbent 90 % des subventions publiques allouées pour le tourisme hivernal.

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Cela n’est pas sans conséquences économiques : les grands événements hivernaux sont menacés, et en première ligne les Jeux olympiques. Selon les études scientifiques récentes, 44 % des sites olympiques perdront leur fiabilité climatique en moins de 30 ans. La situation est encore plus critique pour les Jeux paralympiques (souvent en mars) : 76 % des sites ne seront plus adaptés, seuls 22 sur 93 resteront utilisables.

Selon Legambiente, ces événements reposent désormais presque entièrement sur des infrastructures artificielles, dans un environnement montagnard de plus en plus fragile et imprévisible alors que la profondeur du manteau neigeux a diminué de plus de 30 % en cinquante ans. « Il est nécessaire de repenser leur [en parlant des Jeux olympiques] modèle de gestion », a insisté Vanda Bonardo, responsable Alpes de Legambiente.

 

Un système figé dans la glace

En cause également, un système immobile, pointé du doigt par Legambiente. L’association estime que 90 % des fonds publics destinés au tourisme de montagne continuent de soutenir le « système neige ». Résultats : la reconversion des anciens équipements et la désaisonnalisation du tourisme sont à la traîne. Seulement 37 cas ont été recensés.

Le rapport cite de bons exemples, comme dans les Alpes françaises. A Métabief, au cœur du Jura, après des années d’hivers rigoureux et un déficit économique important, la station a décidé d’anticiper la réduction de son domaine skiable en fermant le secteur des Piquemettes afin de concentrer ses ressources et d’assurer la pérennité des autres infrastructures. Aux Arcs, en Savoie, l’accent est mis sur la diversification des activités touristiques pour prolonger la saison au-delà de l’hiver, avec des itinéraires estivaux, des activités de plein air et des événements culturels comme Les Arcs Film Festival.

 

Reconversion touristique des montagnes

Dans son rapport, Legambiente dénonce les retards du gouvernement italien dans l’adaptation à la crise climatique en montagne, dont les conséquences touchent aussi les communautés locales et des secteurs économiques clés comme le tourisme. « Chaque installation inactive a un coût économique et témoigne de la fragilité d’un modèle de tourisme de montagne qui réduit la montagne à un simple décor, a déclaré Vanda Bonardo. Les infrastructures abandonnées et la neige artificielle révèlent les limites d’une illusion collective, avec des conséquences pour l’environnement, les communautés locales et les générations futures. »

L’association demande des mesures d’adaptation au changement climatique, une réinvention du tourisme hivernal en montagne et une implication des communautés locales dans les décisions. Pour cela, elle publie le Manifeste de la Caravane de l’accueil en montagne, issu d’un travail collectif impliquant les 300 « Drapeaux verts » des Alpes, un label vert décerné par Legambiente à ceux qui investissent dans le développement durable et l'innovation, répondant et s'adaptant à la crise climatique actuelle.

 

Un enneigement de plus en plus instable

Repenser les activités en montagne devient une priorité, souligne le rapport. Selon les données d'Eurac Research, la saison de neige dans les Alpes dure désormais 22 à 34 jours de moins qu'il y a 50 ans, avec une réduction de 10 à 20 jours de la période d'enneigement entre 1982 et 2020. Les données relatives au tourisme d’hiver sont également négatives, en raison notamment de la hausse des prix : l'Observatoire italien du tourisme de montagne (JFC) prévoit une baisse de 14,5 % du nombre de skieurs journaliers et de 3,9 % du nombre d'Italiens séjournant dans les Alpes et les Apennins pour la saison 2025-2026. Le volume économique reste néanmoins important, dépassant les 12 milliards d'euros, dont environ 6 milliards dans le secteur de l'hôtellerie dans les Alpes italiennes et les Apennins.

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