Édition internationale

130 années nécessaires pour atteindre la parité hommes-femmes en Italie

Présenté à Rome, le troisième Rendiconto di genere dresse le constat d’un déséquilibre structurel qui traverse emploi, salaires, retraites et vie familiale. Un écart qui apparaît dès la première embauche et se creuse progressivement jusqu’à la retraite.

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Photo de Vitaly Gariev sur Unsplash
Écrit par Lepetitjournal Milan
Publié le 1 mars 2026

Si l’Italie continue d’avancer au rythme actuel, une fillette d’aujourd’hui ne verra jamais la parité réelle entre les femmes et les hommes. Ni sa fille, ni même sa petite‑fille ne la verront lors de la recherche de leur premier emploi, au cours de leur carrière, et non plus à la retraite. Le verdict du troisième Rendiconto di genere, publié par le Conseil d’orientation et de surveillance (Civ) de l’Inps le 24 février 2026, est sans appel : la parité réelle en Italie est un horizon qui ne sera atteint que dans treize décennies.

Seule un peu plus d’une femme sur deux travaille en Italie

Le rapport met en évidence un fossé persistant entre hommes et femmes sur le marché du travail. Sur une population de près de 58,9 millions d’habitants, dont 51,1 % de femmes, le taux d’emploi féminin s’est arrêté en 2024 à 53,3 %, contre 71,1 % pour les hommes, soit près de 18 points d’écart.
Le travail à temps partiel constitue un autre miroir des inégalités. Les femmes représentent 67,2 % de l’ensemble des salariés à temps partiel. Et pour 13,7% d’entre elles, travailler moins n’est ni un choix ni une préférence, mais une nécessité imposée par l’absence d’alternatives, contre 4,6% des hommes.

Résultat, une salariée du secteur privé perçoit un salaire environ un quart inférieur à celui d’un homme.

Inégalités salariales dans tous les secteurs

Il n’existe pas un domaine où le fossé salarial n’existe pas. Dans les activités de la finance et assurance, l’écart de salaire atteint 31,7 % ; dans le commerce, 23,6 % ; dans l’industrie manufacturière, 19,7 %. Et dans les postes à responsabilité, seules 21,8 % des fonctions dirigeantes sont occupées par une femme, et 33,1 % des postes de cadre.
Et pourtant, les femmes sont plus diplômées que les hommes : elles représentent 52,6 % des diplômés du secondaire et 59,4 % des diplômés universitaires.

En cause, un plafond de verre persistant qui pénalise encore le mérite au profit de vieilles dynamiques de pouvoir. Une lueur provient toutefois des filières STEM, où la compétence est tellement recherchée que les différences de genre tendent à s’estomper.

Carrières fragmentées

L’inégalité salariale peut notamment s’expliquer par la discontinuité des parcours professionnels des femmes : en 2018, un tiers des travailleuses européennes avait suspendu son activité pour s’occuper des enfants, contre 1,3 % des hommes.

L’inégalité se retrouve également sur le temps dédié à la famille. En Italie, s’occuper des enfants ou assister les parents âgés est encore largement perçu, par tradition culturelle, comme un rôle réservé aux femmes. En témoigne les chiffres : en 2024, les mères ont utilisé 15,4 millions de journées de congé parental, contre seulement 2,8 millions pour les pères.

À cela s’ajoute un réseau de crèches encore insuffisant en Italie. Seules l’Ombrie, l’Émilie‑Romagne et la Vallée d’Aoste s’approchent de l’objectif européen de 45 places pour 100 enfants de moins de trois ans.

Le résultat engendre un effet domino : moins d’heures travaillées, moins de progression, moins d’accès aux postes de direction et des salaires plus bas. A la clé, des retraites plus faibles.

Des pensions de retraite plus basses

Les retraitées perçoivent des pensions nettement plus faibles, d’après le rapport de l’INPS. Dans le secteur privé, les pensions de vieillesse versées aux femmes sont inférieures de 44,2 % à celles des hommes. Les femmes peinent également davantage à remplir les conditions nécessaires pour accéder à la retraite anticipée : seules 34,2 % des bénéficiaires sont des femmes, un écart largement imputé à des carrières plus discontinues.

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