Installée à Madrid depuis plus de dix ans, Céline Larchevêque s’est imposée comme une interlocutrice de référence pour les Français en quête de logement ou désireux de mettre leurs biens en vente ou en location. Derrière ce rôle d’accompagnement, se dessine un parcours singulier, entre expertise financière, expatriation et reprise entrepreneuriale. Portrait d’une professionnelle qui décrypte, au quotidien, les mutations du marché immobilier madrilène.


Rien ne prédestinait Céline Larchevêque à l’immobilier. Diplômée d’expertise comptable, elle construit d’abord une carrière solide dans l’audit légal, notamment chez Ernst & Young, avant de diriger une école d’experts-comptables à Paris. "Je pensais partir juste pour deux ans, c’était une parenthèse", raconte-t-elle à propos de sa première expatriation.
Mais après Milan puis Lisbonne, elle accompagne ensuite son conjoint à Madrid, alors que cette transition intervient à un moment charnière de sa vie. "Après plus de 15 ans fortement investie dans ma carrière j’avais aussi envie de voir grandir mes enfants", confie-t-elle. Loin de vivre son expatriation comme une rupture, Céline y a vu une opportunité de s'épanouir différemment. Pas de syndrome de l'imposteur ni de stress du conjoint suiveur, mais que du plaisir, assumé et pris avec envie. "Cela a été une chance pour moi et ma famille de découvrir d’autres pays", lance-t-elle, "il faut savoir en profiter car on apprend beaucoup en sortant de sa zone de confort". Dans la capitale espagnole, elle s’investit très vite dans le tissu associatif, notamment au sein d’Entraide française puis de Madrid Accueil, où elle occupe des fonctions clés pendant plusieurs années.
La reprise d’Immomadrid, entre continuité et transformation
C’est en 2018 que s’opère un nouveau virage. Céline commence à collaborer avec l'agence Immomadrid, avant d’en reprendre progressivement les rênes. "Je ne suis pas partie de zéro, j’ai repris un portefeuille existant que j’ai fait évoluer", précise-t-elle. Elle modernise alors la structure, rebaptisée Immomadrid Personal Shopper, en l’adaptant aux nouvelles réalités du marché. "Il y avait besoin de réactualiser les outils, la communication et d’intégrer les évolutions juridiques et fiscales permanentes", explique Céline. Sa méthode repose sur une approche rigoureuse héritée de son passé.
"Je ne connaissais pas le monde de l’immobilier en Espagne. Par déformation professionnelle, j’ai donc commencé dans ce métier en étudiant et décortiquant les textes de loi", explique-t-elle. Cette exigence technique constitue aujourd’hui un élément clé de sa crédibilité, notamment auprès des propriétaires sensibles à son approche analytique et exigeante. Sans agence physique, elle privilégie une organisation flexible, adaptée à une clientèle internationale. "Avec le Covid, j’ai accompagné propriétaires et locataires qui ne pouvaient pas se déplacer. Cela a changé notre façon de travailler et permet aujourd’hui de répondre au mieux à ceux qui vivent loin de Madrid", observe-t-elle.
Un marché madrilène sous tension et en pleine mutation
Sur le terrain, Céline Larchevêque évolue dans un marché qu’elle qualifie de "dynamique", mais aussi de plus en plus exigeant. "Aujourd’hui, le marché est clairement en faveur des propriétaires alors même que le législateur multiplie les mesures pour tenter de réduire la pression immobilière qui pèse sur les ménages", note-t-elle. Madrid s’est alignée sur les grandes capitales européennes. "La ville était assez déconnectée il y a encore quelques années, aujourd’hui elle joue dans la même cour que Berlin, Milan ou même Paris", analyse-t-elle.
La ville était assez déconnectée il y a encore quelques années, aujourd’hui elle joue dans la même cour que Berlin, Milan ou même Paris
Cette attractivité accrue de la "vida madrileña" entraîne une hausse des prix et une concurrence internationale. "Les Français sont en compétition avec des profils du monde entier, pour lesquels Madrid reste encore abordable", ajoute la responsable d'Immomadrid. En parallèle, la flexibilité et la rentabilité de la location de courte durée séduisent de nombreux propriétaires et ceux qui maintiennent leurs biens en location classique perçoivent souvent peu d’intérêt à investir dans leur rénovation, conscients que les logements restent rarement vacants. Ce décalage entre prix et qualité surprend souvent les Français nouvellement arrivés, qui gardent en tête l’image d’une Espagne bien plus accessible que la France.
Céline observe également une transformation des profils. "On voit arriver de plus en plus d’entrepreneurs ou d’executive nomads, qui choisissent de s’installer durablement ici pour la qualité de vie et non plus seulement dans le cadre d’une mutation", explique-t-elle. Ces nouveaux arrivants bousculent les codes traditionnels du marché locatif. "Beaucoup n’ont pas de contrat local ou de situation classique, donc il faut défendre leur dossier auprès des propriétaires dans un contexte de pénurie d’offre", analyse l'experte. Son rôle devient alors celui d’intermédiaire stratégique. "J’essaie de traduire ces profils, de rassurer avec des données concrètes", détaille-t-elle. Et de noter une polarisation de la demande : "d’un côté, des demandeurs de plus en plus aisés qui arrivent de grandes capitales mondiales avec des budgets élevés, de l’autre une population qui peine à se loger compte tenu du niveau des salaires espagnols". Une tension qui se reflète particulièrement dans les quartiers premium où Immomadrid intervient.
Immomadrid : une approche humaine au cœur d’un métier à forte responsabilité
Au-delà des chiffres, Céline Larchevêque insiste sur la dimension humaine de son activité. "Le logement, c’est la base de tout, on est au niveau zéro de la pyramide de Maslow", rappelle-t-elle. Chaque dossier représente un enjeu important, pour les locataires comme pour les propriétaires. "Une maison, c’est souvent toute une vie d’économies pour un propriétaire et un espace de vie rassurant dans un pays inconnu pour un locataire", souligne-t-elle. Son accompagnement repose sur un double rôle : sécuriser les propriétaires et guider les expatriés. "Beaucoup viennent me voir pour éviter les pièges et transformer ce moment stressant en une réussite".
Il faut être rapide et avoir un dossier solide, documenté, avec des garanties financières
Dans un contexte tendu, Céline insiste sur la nécessité d’anticiper. "Il faut être rapide et avoir un dossier solide, documenté, avec des garanties financières", recommande-t-elle. Cette exigence s’accompagne d’un engagement personnel fort. "C’est un métier qui me fait me lever tôt le matin… et parfois m’empêche de dormir la nuit", confie-t-elle. Après dix ans à Madrid, Céline revendique une forme de mobilité intérieure. "Je resterai toujours une nomade dans ma tête", conclut-elle. Une posture qui nourrit, au quotidien, sa compréhension fine des parcours d’expatriation qu’elle accompagne.
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