La Chasse-de-têtes, du "boca a boca" à l’Executive Search

Par Eric Gardner de Béville | Publié le 27/11/2017 à 18:49 | Mis à jour le 27/11/2017 à 19:33
Photo : Creative Commons
executive search

Si vous parlez aujourd’hui avec des experts du recrutement, nombreux seront ceux qui vous diront que la chasse-de-têtes est née aux Etats-Unis avec messieurs Boyden, Heidrick et Stuggles dans les années immédiates d’après la Seconde Guerre Mondiale. Il faut toutefois savoir que ces spécialistes de la chasse-de-têtes avaient tous les trois été formés chez Booz, Allen et Hamilton, plus communément connu comme "Booz". Peut-être sa moindre notoriété est-elle due au fait que phonétiquement le nom est le même que "booze" qui en argot américain signifie alcool, sans parler de l’identité phonétique en français... Ce n’est sans doute pas la meilleure appélation pour du management consulting… 

Quoiqu’il en soit, Edward G. Booz est sans doute le père de la chasse-de-têtes car il avait dès 1914 compris que le vrai succès d’une entreprise réside non pas tant dans ses produits que dans ses employés. Sa philosophie peut être résumée, en anglais, en disant que même dans le monde commercial "people count more than products".

Se sont ensuite succédés toute une liste impressionante de professionnels qui demeurent encore aujourd’hui les fondateurs de la vraie chasse-de-têtes et à qui la profession doit ses lettres de noblesse : Sid Boyden fut le premier à parler de "executive search", Gardner Heidrick et John Struggles ont défini les fondements éthiques de la profession, Spenser Stuart a inventé le principe du "retainer", le paiement d’un acompte ou prise en charge dès la signature du contrat, ce qui est le modèle le plus communément répandu encore aujourd’hui dans la chasse-de-têtes haut de gamme. Puis Lester Korn et Richard Ferry, dans les années 70, re-dynamisent la profession en se spécialisant par secteurs économiques. Les années 80 et 90 ont donné lieu à une véritable "ruée vers l’ouest" de la profession de chasse-de-têtes avec une multiplication importante des consultants et une baisse considérable de la qualité des services fournis. Heureusement ce développement bas de gamme a été stoppé et même inversé par la crise économique des années 2007-2010, les clients refusant -à juste titre- de payer pour des "chasses" sans réelle valeur ajoutée.

En Espagne et depuis toujours, le recrutement haut de gamme -équivalent à la chasse-de-têtes- se faisait surtout de bouche à oreille, ou "boca a boca" comme disent nos amis ibères. Choisir un nouvel administrateur, un PDG ou un directeur de département se faisait "entre amis" ou avec ses familiers. On demandait si "par hasard" le beau-frère, le cousin ou l’ami de "toda la vida" ne connaissait pas quelqu’un qui pourrait remplir le poste. Tout se faisait dans le style très "club" britannique. 

Aujourd’hui il n’en est rien. La chasse-de-têtes en Espagne est très professionnelle avec une éthique irréprochable et des règles de l’art qui donnent une totale satisfaction. Certes, il y a de meilleurs et de moins bons profesionnels mais cela tient plus à leur éthique personnelle et attitude vis-a-vis du client qu’au fonctionnement de la profession dans son ensemble. Même s’il existe peu ou prou de codes déontologiques de la profession de chasse-de-têtes, et s’il est vrai aussi que certains chasseurs n’hésitent pas à mentir à leurs clients et candidats ou a proposer des contrats de mission "brouillon" et des dossiers "bâclés", il n’en demeure pas moins vrai que les vrais professionnels font un travail exemplaire et d’une grande utilité pour les entreprises.

Quelle est justement cette utilité de la chasse-de-têtes pour les entreprises ? Le premier constat est qu’il doit y avoir une raison qui explique le grand nombre de sociétés qui embauchent des professionnels issus de la chasse-de-têtes pour diriger leur DRH. Ces sociétés ont compris que ces professionnels connaissent leur métier et font du "bon boulot".

Par ailleurs, force est de constater que la chasse-de-têtes permet aux enteprises d’une part de gagner de l’argent et d’autre part, de réduire le risque d’erreur dans le "casting". Avec le développement d'Internet, beaucoup de sociétés qui cherchent les talents pensent pouvoir tout faire en interne, plus facilement, plus rapidement et plus économiquement. C'est très souvent faux. Cela peut s'appliquer aux profils jeunes, rarement aux expérimentés. Le chasseur-de-têtes est un spécialiste du recrutement qui agit par approche directe et discrète, et qui va plus vite, plus précisément et plus confidentiellement trouver la "perle rare".

Il y a aussi un aspect important que beaucoup d’entreprises ne valorisent pas assez : le fait que le chasseur-de-têtes va presque systématiquement aussi chercher des candidats qui ne sont pas en recherche active, qui ne sont donc pas sur le marché et que les non-professionnels du métier ne connaissent généralement pas. Or très souvent ce sont eux les meilleurs candidats. Ceci s’applique aussi aux cabinets d’avocats.

Quel est le coût d’un chasseur-de-têtes ? La norme et la tradition de la profession est celle du "double-tiers", c’est-à-dire 33,33% de la rémunération annuelle du candidat, avec des paiements fractionnés eux-aussi par tiers, à savoir 33% à la siganture du contrat, 33% à la présentation des candidats et 33% à l’embauche du candidat finaliste. Aujourd’hui et en raison de la crise post-2007, la rémunération varie plutôt entre 25 et 27%.

Enfin, tout bon professionnel se doit d’être en contact avec les chasseurs-de-têtes tout au long de sa carrière. Ils sont des spécialistes indispensables pour bien gérer la carrière, au plan national ou international, en privé comme dans le public, pour les jeunes comme pour les PDG. De plus, le chasseur-de-têtes est un conseiller, un genre de mentor, qu’il convient de savoir gérer en amont, c’est-à-dire quand tout va bien dans son job et son entreprise ou cabinet, et ne pas attendre qu’en aval on vous demande de chercher "à vous épanouir" ailleurs, bien sûr. Il ne faut pas attendre d’être dans l’urgence ou la crise. Ceux qui ne gèrent pas bien cet aspect important de la relation avec le chasseur-de-têtes risquent d’être déçus le moment venu.
 

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Eric Gardner de Béville

Recruteur et juriste international à Madrid, fondateur de FIDADE, le Foro Internacional De Abogados De Empresas.
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