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Le système scolaire en Espagne, le guide complet pour les familles expatriées

Educación Infantil, Primaria, ESO, Bachillerato… Derrière ces noms se cache un système scolaire qui ressemble au modèle français, sans jamais tout à fait lui correspondre. École publique, concertada ou privée ? Quand inscrire son enfant ? Faut-il une équivalence de diplôme ? Voici le guide pratique pour les familles francophones qui s'installent en Espagne.

Un groupe d'élèves dans une salle de classe Un groupe d'élèves dans une salle de classe
© Kumar_Sharma_Pixabay
Écrit par Emmanuelle Johanna LIHAN
Publié le 7 juillet 2026

Le cursus scolaire en Espagne, étape par étape

Le parcours scolaire espagnol se découpe en quatre grandes étapes. Elles rappellent le modèle français, avec des décalages d'âge qui prennent souvent les parents de court.

Tout commence par l'Educación Infantil, de 0 à 6 ans. Ce cycle se divise en deux volets : le premier (0-3 ans), qui correspond à la crèche, et le second (3-6 ans), équivalent de la maternelle. Première surprise : contrairement à la France, où l'école est obligatoire dès 3 ans, l'Espagne ne rend la scolarité obligatoire qu'à partir de 6 ans. Dans les faits, plus de 96 % des enfants de 3 ans sont déjà scolarisés, et le deuxième cycle d'Infantil est gratuit dans le public.

Vient ensuite l'Educación Primaria, de 6 à 12 ans. Six années organisées en trois cycles de deux ans. C'est le cœur de l'enseignement de base : langue espagnole (et langue régionale le cas échéant), mathématiques, sciences de la nature et sciences sociales, éducation physique, et une première langue étrangère, l'anglais dans l'immense majorité des cas. Dans les écoles labellisées bilingues, une partie de ces matières est dispensée directement en anglais dès le CP. La Primaria fonctionne sans examen de passage : la progression se fait en contrôle continu, avec un conseil de classe en fin d'année qui décide, en cas de difficultés, d'un éventuel maintien dans le cycle.

À 12 ans, l'élève entre en ESO (Educación Secundaria Obligatoria), l'équivalent du collège français. Quatre années, jusqu'à 16 ans, avec un tronc commun large les trois premières années et une quatrième un peu plus orientée selon les matières choisies. Pas de "brevet" à la fin : l'évaluation se fait en contrôle continu. L'élève obtient le Graduado en Educación Secundaria Obligatoria s'il valide l'ensemble de ses matières.

Enfin, pour ceux qui poursuivent vers l'enseignement supérieur, le Bachillerato dure deux ans (de 16 à 18 ans environ). Il n'est pas obligatoire. C'est la voie générale qui prépare à l'université, avec différentes spécialisations au choix : sciences, sciences sociales et humanités, ou arts. L'autre voie possible après l'ESO, c'est la Formación Profesional (FP), des cursus professionnalisants très valorisés en Espagne.

Les équivalences entre la France et l'Espagne

NiveauFranceEspagneÂge 
MaternellePetite, Moyenne, Grande sectionEducación Infantil (2e cycle)3-6 ans
Primaire Du CP au CM21° à 6° Primaria6-12 ans
Collège De la 6e à 3e1° à 4° ESO12-16 ans
Lycée De le 2nde à Terminale 1° et 2° Bachillerato16-18 ans

À noter : le décalage se fait surtout sentir à partir du collège. Un enfant en 6e en France entre en 6° de Primaria en Espagne, il reste donc à l'école primaire, pas au collège.

 

Les examens du système éducatif espagnol

Contrairement à la France, le parcours scolaire espagnol est peu jalonné d'examens formels. Pas de brevet, pas d'épreuve nationale avant l'accès à l'université. L'évaluation repose essentiellement sur le contrôle continu.

Pas de brevet en Espagne

À la fin de l'ESO, il n'existe pas d'examen comparable au brevet des collèges. Si l'élève valide ses matières, il obtient son Graduado en ESO, le sésame qui ouvre les portes du Bachillerato ou de la formation professionnelle.

La PAU, porte d'entrée de l'université

Le vrai examen du système espagnol, c'est la PAU (Prueba de Acceso a la Universidad). Longtemps connu sous le nom de Selectividad, puis EvAU ou EBAU selon les régions, il a été officiellement unifié sous le nom de PAU à l'échelle nationale depuis 2025.

Cet examen se passe à la fin du Bachillerato. La note finale, sur 14 points, combine les résultats du Bachillerato et ceux de l'épreuve. C'est elle qui conditionne l'accès aux filières les plus demandées comme la médecine ou l'ingénierie.

Le cas des élèves titulaires du bac français

Bonne nouvelle : un élève titulaire du baccalauréat français n'a pas besoin de passer la PAU pour accéder à l'université espagnole. Le bac suffit. En revanche, pour les filières à forte nota de corte (note minimale d'admission), il peut être nécessaire de passer des épreuves complémentaires (PCE) pour rehausser sa note.

 

Le calendrier scolaire en Espagne

En Espagne, chaque communauté autonome fixe son propre calendrier scolaire. Les dates de rentrée, les vacances et les jours fériés varient donc d'une région à l'autre, un détail à anticiper si vous hésitez encore sur votre destination.

De manière générale, la rentrée a lieu dans la première quinzaine de septembre et l'année scolaire se termine fin juin. Les élèves bénéficient de vacances à Noël (environ deux semaines), pendant la Semana Santa (une à deux semaines au printemps) et de longues vacances d'été de fin juin à début septembre.

Il n'y a pas d'équivalent des vacances de la Toussaint françaises. En revanche, les ponts viennent régulièrement allonger certains week-ends tout au long de l'année. Ces ponts varient selon les fêtes locales, régionales et nationales, chaque communauté a les siens.

Pour une famille installée à Madrid, le calendrier diffère de celui de la Catalogne ou de l'Andalousie. Et si vous avez de la famille dans plusieurs régions, préparez-vous à quelques décalages.

 

La scolarité en Espagne, les particularités à connaître

Plusieurs aspects du quotidien scolaire espagnol prennent les familles françaises au dépourvu.

La jornada continua, ou la fin des cours à 14h

C'est le grand choc culturel. De nombreuses écoles publiques fonctionnent en journée continue : cours de 9h à 14h, sans pause déjeuner à l'école. Les enfants rentrent manger chez eux. Dans le privé et certaines concertadas, la journée s'étire jusqu'à 16h-17h avec une coupure méridienne. Pour les parents qui travaillent, c'est un point qui pèse lourd dans le choix de l'établissement.

Le comedor, un service payant et optionnel

La cantine espagnole ne fonctionne pas comme en France. Dans le public, le comedor est un service payant, souvent géré par un prestataire externe. Comptez entre 80 et 140 euros par mois selon les établissements et les communautés. Certaines familles peuvent bénéficier de becas de comedor (bourses de cantine) sous conditions de ressources. Dans tous les cas, l'inscription au comedor n'est jamais automatique : il faut en faire la demande.

Le rôle central de l'AMPA

L'AMPA (Asociación de Madres y Padres de Alumnos) est l'association de parents d'élèves. Elle joue un rôle bien plus actif qu'en France. C'est souvent l'AMPA qui organise les activités extra-scolaires, gère les relations avec le prestataire de cantine, coordonne les sorties et représente les familles face à la direction. S'impliquer dans l'AMPA dès la rentrée, c'est le meilleur moyen de comprendre le fonctionnement de l'école et de tisser des liens avec d'autres parents.

Les extraescolares, la solution après 14h

Puisque les cours s'arrêtent tôt dans beaucoup d'écoles publiques, les activités extra-scolaires (extraescolares) prennent le relais l'après-midi. Sport, musique, langues, arts plastiques… Elles sont souvent organisées au sein même de l'école par l'AMPA ou des prestataires extérieurs. Les tarifs varient, mais restent généralement accessibles (entre 20 et 50 euros par mois et par activité).

Les manuels scolaires à la charge des familles

Contrairement à la France, les manuels ne sont pas fournis par l'établissement, même dans le public. C'est un budget de rentrée à prévoir : entre 100 et 300 euros par an selon le niveau. Certaines communautés proposent des programmes de prêt de livres. À Madrid, le programme ACCEDE permet d'emprunter gratuitement les manuels en échange de les restituer en bon état en fin d'année.

Uniformes et cours de religion

L'uniforme est quasi systématique dans le privé et le concertado (privé sous contrat), mais rare dans le public. Les cours de religion catholique existent dans la plupart des établissements, mais restent optionnels. Les élèves qui ne les suivent pas ont un créneau équivalent appelé Atención Educativa ou Alternativa selon les établissements, pendant lequel ils travaillent en autonomie ou suivent des activités culturelles et civiques. Une façon d'occuper le temps sans laisser les non-participants dans le couloir.

Le redoublement, encadré par la loi

En Espagne, le redoublement est possible mais strictement encadré. Un élève ne peut redoubler qu'une seule fois par cycle et deux fois maximum sur l'ensemble de la scolarité obligatoire. La décision est prise par l'équipe enseignante, pas par un seul professeur. Pour les familles françaises habituées à un système où le redoublement est devenu très rare, la philosophie est assez proche, mais les règles sont fixées par la loi, pas seulement par la pratique.

 

Les langues régionales, un critère de choix selon la destination

Le castillan est la langue officielle de l'Espagne et la langue d'enseignement principale dans la majorité des communautés. Mais dans plusieurs régions, la donne change radicalement.

En Catalogne, le catalan est la langue véhiculaire principale dans l'enseignement public. Les cours sont dispensés en catalan, le castillan étant enseigné comme matière. Pour un enfant qui ne parle ni l'un ni l'autre, la double immersion peut être intense.

Au Pays basque, les familles choisissent entre plusieurs modèles linguistiques : le modèle A (enseignement en castillan, basque en matière), le modèle B (mixte) et le modèle D (enseignement en basque, castillan en matière). Ce dernier est le plus répandu.

En Galice, le galicien est co-officiel et enseigné à parité avec le castillan dans le public.

Dans la Communauté valencienne, le valencien est obligatoire dans l'enseignement public. Le poids de cette langue dans le cursus dépend du programme linguistique de l'établissement.

À Madrid et dans la plupart des autres communautés, l'enseignement se fait intégralement en castillan (avec parfois des programmes bilingues espagnol-anglais dans le public). C'est un facteur à peser au moment de choisir sa destination.

 

Les différents types d'établissements scolaires en Espagne

C'est la question que se posent toutes les familles. L'Espagne distingue trois grandes catégories d'établissements, auxquelles s'ajoutent les écoles internationales et les lycées français.

Les écoles publiques en Espagne

Financées par l'État et les communautés autonomes, les écoles publiques (colegios públicos) sont gratuites pour toutes les étapes obligatoires. Certains frais annexes restent à prévoir : cantine, matériel, activités. C'est l'option la plus immersive pour un enfant qui arrive de France. Il baigne dans un environnement hispanophone (ou bilingue espagnol-anglais dans les établissements labellisés), ce qui favorise un apprentissage rapide de la langue.

Les concertadas

Les concertadas sont des établissements privés subventionnés par les pouvoirs publics. Elles offrent un entre-deux avec des frais modérés (souvent entre 100 et 300 euros par mois). Beaucoup sont d'origine confessionnelle, historiquement catholiques. L'uniforme y est fréquent. Les inscriptions suivent souvent le même calendrier officiel que le public.

Les écoles privées

Entièrement financées par les familles, les écoles privées (colegios privados) offrent plus de liberté pédagogique et proposent parfois des approches spécifiques (Montessori, pédagogies alternatives, cursus bilingues renforcés). Les frais varient de quelques centaines à plusieurs milliers d'euros par mois.

Les écoles bilingues et internationales

Certains établissements privés proposent des cursus internationaux (baccalauréat international, programme britannique, programme américain…) avec un enseignement principalement en anglais. Ils s'adressent souvent à des familles en mobilité internationale. Les frais sont généralement élevés.

Les lycées français en Espagne

Pour conserver le programme de l'Éducation nationale française, plusieurs établissements homologués par l'AEFE sont implantés dans les grandes villes : Madrid, Barcelone, Valence, Alicante, Malaga, Séville… Comptez entre 400 et 800 euros par mois. C'est une option pertinente pour les familles en séjour temporaire ou qui envisagent un retour en France, mais l'immersion dans la langue et la culture espagnoles y est plus limitée.

 

Combien coûte la scolarité en Espagne

Dans le public, la scolarité est gratuite. Il faut tout de même compter les manuels scolaires (100 à 300 euros par an hors programme de prêt), la cantine (80 à 140 euros par mois), le matériel et les extraescolares.

En concertada, ajoutez une mensualité de 100 à 300 euros, plus l'uniforme (entre 100 et 200 euros environ), la cantine et les activités.

En école privée ou internationale, les frais grimpent : de 500 à plus de 1.000 euros par mois, auxquels s'ajoutent souvent des frais d'inscription (matrícula) et des coûts annexes.

Pour les lycées français, la fourchette se situe entre 400 et 800 euros mensuels, hors cantine et transport.

 

Les démarches et dates d'inscription en Espagne

Les documents indispensables

Deux pièces sont incontournables avant toute inscription : le NIE (Número de Identidad de Extranjero), le numéro d'identification pour les étrangers, et le Padrón Municipal, l'enregistrement de résidence auprès de la mairie de votre commune. Ce dernier est déterminant : les places dans le public et le concertado sont souvent attribuées en fonction de la proximité domicile-école.

Le système de points

Dans le public et le concertado, les places ne sont pas attribuées au premier arrivé. Elles suivent un barème de points (baremo) qui prend en compte plusieurs critères : proximité du domicile ou du lieu de travail des parents, fratrie déjà scolarisée dans l'établissement, revenus du foyer, situation de handicap éventuel. Chaque communauté autonome fixe son propre barème. Comprendre ce système en amont permet de mieux cibler les établissements où votre dossier a le plus de chances d'aboutir.

Le calendrier type

Les inscriptions suivent un calendrier officiel, variable d'une communauté à l'autre. Le schéma habituel se déroule ainsi : portes ouvertes des établissements en février-mars, période de préinscription au printemps (les parents classent leurs écoles par ordre de préférence), puis publication des listes d'admission et des listes d'attente entre mai et juin.

Faut-il une équivalence de diplôme ?

Point rassurant pour les familles qui arrivent de France : jusqu'à la 4e année de l'ESO (environ l'équivalent de la 3e française), aucune convalidación n'est requise pour intégrer le système espagnol. Au-delà, une procédure d'homologation peut être nécessaire.

L'intégration d'un enfant qui ne parle pas espagnol

L'Espagne accueille chaque année un grand nombre d'élèves étrangers, plus de 1,12 million au cours de l'année 2024-2025, selon les Datos avance publiés par le ministère espagnol de l'Éducation. Les établissements, surtout dans les grandes villes, sont habitués à cette réalité.

Certaines communautés proposent des dispositifs d'accueil spécifiques. À Madrid, les aulas de enlace sont des classes passerelles conçues pour les élèves allophones. L'enfant y suit un programme intensif d'espagnol pendant quelques mois, tout en étant progressivement intégré dans sa classe de référence. Ce dispositif existe dans le primaire et le secondaire.

Pour les plus jeunes, l'immersion se fait souvent naturellement en quelques mois. Pour un collégien ou un lycéen, l'adaptation demande davantage d'anticipation, surtout si la famille hésite entre le système espagnol et un lycée français.

Le système scolaire espagnol peut sembler déroutant vu de France. Mais une fois qu'on en a les clés, il révèle ses atouts : une vraie diversité d'options, des établissements habitués à accueillir des enfants du monde entier, et une intégration qui se fait souvent plus vite qu'on ne l'imaginait.

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