Douze morts, huit blessés dont quatre grièvement, 23 personnes toujours portées disparues, plus de 6.600 hectares parcourus par les flammes et près de 1.450 personnes évacuées. Depuis jeudi, un incendie d'une violence exceptionnelle ravage l'est de la province d'Almería, dans le sud-est de l'Espagne. Si les conditions météorologiques permettent désormais aux secours de passer à l'offensive, le bilan humain reste provisoire. Dans le même temps, les premières interpellations ont eu lieu et la polémique enfle autour de l'absence d'alerte massive à la population. Voici ce que l'on sait ce samedi 11 juillet en fin d'après-midi.


Que sait-on des victimes du drame de Los Gallardos ?
Le bilan reste fixé à douze morts, faisant de cet incendie le plus meurtrier jamais enregistré en Andalousie et l'un des plus graves qu'ait connus l'Espagne ces dernières décennies. Les douze corps, retrouvés sur le territoire de la commune de Bédar — plusieurs à l'intérieur de véhicules calcinés — ont tous été autopsiés. Leur état de carbonisation ne permet toutefois pas encore d'établir avec certitude leur identité, leur sexe, leur âge ou leur nationalité. Des prélèvements biologiques ont été envoyés au service de criminalistique de la Guardia Civil, à Madrid, où des analyses ADN sont en cours. Aucune victime n'a donc pu être officiellement identifiée à ce stade.
Les premiers éléments recueillis par les enquêteurs, en dehors du cadre médico-légal, orientent toutefois les investigations vers une majorité de victimes étrangères, principalement britanniques et belges.
Huit personnes ont par ailleurs été blessées, dont quatre grièvement brûlées. Prises en charge dans un premier temps à l'hôpital universitaire Torrecárdenas d'Almería, elles ont été transférées par hélicoptère vers l'unité des grands brûlés de l'hôpital Virgen del Rocío, à Séville, où elles restent hospitalisées.
Les autorités régionales indiquent par ailleurs que 23 personnes restent sans nouvelles. Parmi elles, sept font l'objet d'un signalement officiel de disparition déposé par leurs proches. Les enquêteurs n'excluent pas que certaines figurent parmi les victimes déjà retrouvées ou qu'elles aient rejoint un centre d'hébergement sans avoir encore pu contacter leur entourage.
Pourquoi le bilan est-il si lourd en Andalousie ?
Selon les autorités andalouses, plusieurs victimes ont été piégées alors qu'elles tentaient de fuir par leurs propres moyens. La configuration de la zone sinistrée — ravins, pistes agricoles et habitations isolées — a considérablement compliqué les opérations d'évacuation. Selon les secteurs, les secours demandaient aux habitants soit d'évacuer leur domicile, soit, au contraire, de s'y confiner.
Le président de la Junta de Andalucía, Juan Manuel Moreno, estime que le non-respect de certaines consignes a probablement contribué au lourd bilan humain. Le cas le plus emblématique est celui d'un groupe d'une dizaine de personnes qui a quitté son habitation pour emprunter un chemin agricole menant à une impasse. Encerclées par les flammes, seules deux d'entre elles ont pu être secourues vivantes.
Le maire de Bédar, Ángel Francisco Collado, a lui aussi décrit une situation d'une extrême violence. Il raconte avoir parcouru les hameaux avec des élus municipaux et des agents de la Guardia Civil pour prévenir les habitants, certains ayant été surpris par la rapidité exceptionnelle de la propagation du feu.
Pourquoi l'absence d'alerte ES-Alert fait-elle polémique ?
La décision de ne pas déclencher ES-Alert, le système espagnol d'alerte par SMS géolocalisés, suscite de vives critiques. Le conseiller andalou à la Présidence, à la Santé et aux Urgences, Antonio Sanz, a défendu ce choix en estimant qu'un message unique aurait pu transmettre des consignes inadaptées, certaines zones devant être évacuées tandis que d'autres étaient invitées à se confiner.
Cette justification est contestée par plusieurs responsables politiques. Le ministre des Transports, Óscar Puente, a notamment reproché au gouvernement andalou de ne pas avoir utilisé cet outil d'alerte, ravivant les tensions entre l'exécutif régional et le gouvernement central sur la gestion de la crise.
Pourquoi deux personnes ont-elles été interpellées ?
La Guardia Civil a par ailleurs interpellé deux personnes qui avaient tenté de pénétrer dans le périmètre évacué malgré les interdictions en vigueur. La mairie de Los Gallardos rappelle que les habitants ne doivent pas regagner seuls les secteurs sinistrés et qu'ils doivent, si un accès à leur domicile ou à leur exploitation est indispensable, être accompagnés par les forces de l'ordre.
Comment l'incendie s'est-il propagé si rapidement ?
L'incendie s'est déclaré jeudi vers 16 h 35 dans le secteur d'Almocáizar, sur la commune de Los Gallardos. Les premières investigations de la Guardia Civil privilégient l'hypothèse de la chute d'un câble électrique ayant embrasé la végétation en bordure de la N-340A. Les services d'urgence ont rapidement reçu plus de 150 appels signalant un important dégagement de fumée.
Portées par des rafales atteignant 50 km/h, une végétation extrêmement desséchée et des températures avoisinant les 40 °C, les flammes se sont propagées à une vitesse exceptionnelle. Le président de la Junta de Andalucía, Juan Manuel Moreno, a évoqué l'un des incendies « les plus rapides et les plus complexes » qu'ait connus la région ces dernières années.
Estimé à environ 3.000 hectares jeudi soir, puis à près de 4.000 hectares vendredi, le périmètre parcouru par les flammes dépasse désormais 6.600 hectares, soit l'équivalent de plus de 9.000 terrains de football.
Que sait-on de l'origine du feu ?
Les premières investigations de la Guardia Civil privilégient l'hypothèse de la chute d'un câble électrique ayant embrasé la végétation en bordure de la N-340A. Cette piste reste toutefois à confirmer. Endesa affirme que le câble évoqué n'appartenait pas à son réseau et n'était plus sous tension depuis 2009, tandis que Red Eléctrica a également indiqué que cette ligne ne relevait pas de ses infrastructures. Les enquêteurs poursuivent leurs investigations afin d'établir avec certitude les circonstances du départ de feu.
Où en sont les opérations de secours ?
Pour la première fois depuis le déclenchement du sinistre, les conditions météorologiques sont devenues plus favorables. La baisse du vent permet désormais aux plus de 500 pompiers, militaires et secouristes mobilisés — dont l'Unité militaire d'urgence (UME) — de passer d'une stratégie essentiellement défensive à une attaque directe sur plusieurs fronts du feu. Les moyens aériens, remobilisés dès samedi matin, montent progressivement en puissance pour atteindre un total de huit appareils (hélicoptères et avions bombardiers d'eau) engagés dans la journée. Les autorités soulignent néanmoins que le relief très accidenté du secteur de Bédar continue de compliquer les opérations.
Aucune nouvelle zone habitée n'a dû être évacuée dans la nuit et l'autoroute A-7, un temps coupée à hauteur d'Almería, a rouvert à la circulation. Sur les 1 448 personnes déplacées par le sinistre, 164 sont hébergées dans des dispositifs officiels, les autres ayant trouvé refuge chez des proches ou dans des hôtels des environs, notamment à Mojácar et à Vera.
Comment les autorités s'organisent-elles après la catastrophe ?
Face à l'ampleur de la catastrophe, le gouvernement andalou a décrété trois jours de deuil officiel et mis en place une cellule d'assistance téléphonique destinée à informer et accompagner les familles des victimes et des personnes toujours sans nouvelles.
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a exprimé sa « profonde tristesse » et présenté ses condoléances aux proches des victimes, tout en assurant que l'ensemble des moyens de l'État restait mobilisé. Le roi Felipe VI a lui aussi adressé un message de soutien aux familles endeuillées et salué l'engagement des pompiers, militaires et personnels de secours.
Plusieurs dirigeants étrangers, dont le chancelier allemand Friedrich Merz, ainsi que le gouvernement équatorien, ont également fait part de leur solidarité, tandis que le ministère espagnol des Affaires étrangères reste en contact avec les pays dont des ressortissants pourraient figurer parmi les victimes.
Sur le terrain, les opérations se poursuivent. Les secours concentrent leurs efforts sur la protection des populations, la localisation des personnes toujours sans nouvelles et la maîtrise définitive du périmètre de l'incendie. En parallèle, plusieurs associations de protection animale, dont Eleos et Furia Almería, ont lancé des collectes de nourriture et de matériel pour venir en aide aux animaux touchés par le sinistre.
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