Édition internationale

Investissements étrangers : l’Espagne recule malgré ses atouts stratégiques

L’Espagne recule dans le classement des pays les plus attractifs pour les investissements étrangers. Freinée par ses fragilités structurelles, elle conserve toutefois de solides atouts dans des secteurs clés.

Grues dans le port d’Algésiras en EspagneGrues dans le port d’Algésiras en Espagne
@user:falconaumanni, CC BY-SA 3.0. / Grues dans le port d’Algésiras.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 20 avril 2026

L’Espagne ralentit. Longtemps perçue comme une valeur sûre pour les capitaux internationaux, elle perd du terrain en 2026 dans la hiérarchie des destinations les plus attractives. Un décrochage relatif, qui dit autant ses fragilités persistantes que les ajustements en cours.

Selon le dernier indice publié par Kearney, le pays glisse de la 11e à la 15e place mondiale en matière d’attractivité pour les investissements directs étrangers (IDE). Quatre rangs de perdus, dans un paysage où la compétition pour capter les flux internationaux s’intensifie.

 

Dette, chômage, régulation : les freins persistants de l’attractivité espagnole

Derrière cette baisse, les mêmes signaux d’alerte reviennent avec insistance. Le niveau de dette publique, qui atteint 103 % du PIB fin 2025, continue de peser sur la perception des investisseurs. À cela s’ajoute un chômage structurel toujours élevé — le plus important de l’Union européenne — qui fragilise les perspectives à long terme.

Autre élément clé : le maintien jusqu’à fin 2026 du mécanisme de contrôle des investissements étrangers dans les secteurs stratégiques. S’il répond à des impératifs de souveraineté économique, il introduit aussi des contraintes réglementaires supplémentaires qui freinent certains investisseurs.

Résultat : l’Espagne apparaît aujourd’hui comme un marché plus encadré sur le plan réglementaire, dans un environnement global où les entreprises se montrent de plus en plus sélectives.

 

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Les secteurs qui continuent de séduire les investisseurs en Espagne

Ce recul ne raconte toutefois qu’une partie de l’histoire. Car dans le même temps, l’Espagne tient bon sur plusieurs terrains stratégiques, où elle continue de capter l’attention des investisseurs.

Les énergies renouvelables restent en tête de file. Le pays est même décrit, dans le rapport, comme « à l’avant-garde » de la transition énergétique en Europe. Un positionnement qui pèse à l’heure où les capitaux se dirigent de plus en plus vers des économies compatibles avec les objectifs climatiques.

Autre point d’appui : la logistique et le transport de marchandises. Les flux d’investissement y sont particulièrement soutenus, au point de dépasser ceux observés dans d’autres grandes économies européennes. De quoi confirmer la place de l’Espagne comme carrefour stratégique entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique latine.

Plus globalement, l’attractivité de l’Espagne repose encore sur trois piliers : la performance économique (31 %), la capacité d’innovation technologique (26 %) et la qualité institutionnelle (26 %).

 

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Une baisse qui s’inscrit dans une tendance mondiale : au-delà du cas espagnol, le classement 2026 reflète une recomposition plus large des flux d’investissement à l’échelle mondiale. Les États-Unis conservent la première place pour la quatorzième année consécutive, portés par leur leadership technologique. Ils sont suivis du Canada et du Japon, tandis que la Chine, l’Allemagne ou encore le Royaume-Uni complètent le haut du classement. Mais le véritable basculement vient d’Asie, qui devient pour la première fois depuis plus d’une décennie la région la plus représentée dans le top mondial. Des économies comme Singapour ou la Corée du Sud gagnent en influence, séduisant par leur combinaison de capacité technologique, de croissance et de stabilité géopolitique.

 

Des investisseurs plus prudents dans un monde incertain

Dans ce paysage qui bouge voire convulse, une ligne de fond se dessine : l’investissement étranger ne tarit pas, mais il trie davantage. Près de 88 % des dirigeants interrogés disent vouloir accroître leurs engagements à l’international dans les trois prochaines années, mais en choisissant mieux leurs terrains.

Car les risques ont changé de visage. Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, arrivent en tête des inquiétudes, devant la flambée des matières premières et les incertitudes politiques. Dans ce contexte, la politique industrielle pèse de plus en plus lourd : 84 % des investisseurs la jugent décisive. Quant aux infrastructures, elles s’imposent comme un levier central de sécurité économique.

Cette prudence se lit dans les chiffres. En 2025, les investissements étrangers en Espagne ont reculé de près de 22 %, à 30,7 milliards d’euros, un plus bas depuis 2021.

Sur le territoire, la Communauté de Madrid capte à elle seule plus de la moitié des flux, loin devant la Catalogne, l’Aragon et l’Andalousie. Côté secteurs, la bascule est nette : services numériques, publicité, immobilier, logistique et énergie concentrent l’essentiel des investissements, signe d’une économie qui continue de monter en gamme.

 

Pas de décrochage, mais une course qui s’accélère pour l’Espagne

Repli passager ou avertissement plus profond ? Le rapport penche pour un « repositionnement » de l’Espagne autour de secteurs jugés stratégiques, dans un monde où la compétition fait rage.

Rien d’un décrochage net, donc. Mais une équation plus serrée : des investisseurs plus exigeants, des tensions géopolitiques qui redessinent les priorités, et des régions concurrentes qui avancent vite et loin. L’Espagne reste dans la course, à condition de tenir le rythme.

 

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