Le FMI revoit légèrement à la baisse la croissance de l’Espagne, attendue autour de 2,1 %, dans un contexte de tensions géopolitiques et de flambée énergétique. Derrière cette résistance apparente, l’économie espagnole aborde une phase plus incertaine, entre inflation persistante, dépendance au pétrole, crise du logement et blocages politiques.


L’économie espagnole tient encore debout, mais le vent a tourné. Dans ses dernières prévisions, le Fonds monétaire international (FMI) a légèrement revu sa copie : la croissance est désormais attendue autour de 2,1 %, soit deux dixièmes de moins qu’annoncé quelques mois plus tôt. Rien de spectaculaire, à première vue. Mais le signal est là : l’horizon s’assombrit.
Car derrière cette résistance se profile un choc venu d’ailleurs. La guerre au Moyen-Orient, et surtout l’embrasement autour de l’Iran, fait grimper les prix de l’énergie et rappelle à quel point l’économie reste exposée. Pour le FMI, le coup de frein passera d’abord par le pétrole. Le gaz, lui, devrait peser un peu moins lourd, amorti par la place croissante des énergies renouvelables dans le mix électrique espagnol.
Et puis il y a l’inflation, qui revient en embuscade. Autour de 3 %, selon les projections, avec la possibilité de s’installer plus haut si le conflit s’enlise. Pour les ménages comme pour les entreprises, l’équation est connue : quand l’énergie flambe, tout suit. Le transport, la production, les prix à la caisse. Un enchaînement bien connu, qui finit toujours par se faire sentir.
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Une croissance espagnole encore solide, mais en perte d’élan
Pour l’instant, l’Espagne tient la ligne. La machine tourne encore, portée d’abord par sa demande intérieure. Le marché du travail reste solide, les salaires progressent, et les ménages continuent de consommer, quitte à puiser un peu plus dans leur épargne pour encaisser le choc énergétique. L’investissement, lui, profite encore des derniers effets du plan européen Next Generation EU et du regain de la construction.
Mais cet équilibre pourrait ne pas durer. Le FMI anticipe déjà un ralentissement à partir de 2027, avec une croissance autour de 1,8 %, avant un retour vers un rythme plus modeste, proche du potentiel de l’économie espagnole, estimé à 1,7 %. En clair, l’Espagne devrait rester dans le peloton de tête en Europe, mais sans l’élan qui l’avait portée ces dernières années.
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Le choc énergétique, talon d’Achille de l’économie espagnole
Le vrai danger, désormais, c’est celui d’un conflit qui s’installe. Dans son rapport Article IV, le FMI met en garde : une guerre qui durerait au Moyen-Orient pourrait maintenir durablement les prix de l’énergie à des niveaux élevés, resserrer les conditions financières et entretenir un climat d’incertitude. À la clé, un impact direct sur l’investissement, la consommation et, à terme, l’emploi. Dans les scénarios les plus dégradés, certaines estimations évoquent même une croissance ramenée autour de 0,5 %, signe de la vulnérabilité de l’économie espagnole face à un choc énergétique majeur.
Cette fragilité renvoie à une réalité bien ancrée. L’Espagne reste fortement dépendante de l’extérieur pour son énergie. Le pétrole pèse encore lourd dans la consommation totale, et la place dominante du transport routier amplifie immédiatement les effets d’une hausse des carburants sur l’ensemble de l’économie. Les renouvelables offrent certes un amortisseur plus palpable qu’ailleurs en Europe. Mais ils ne suffisent pas, à eux seuls, à absorber un choc pétrolier qui s’inscrirait dans la durée.
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Derrière la résistance, des fragilités qui inquiètent le FMI
À ces secousses extérieures s’ajoutent des fragilités internes. Le FMI pointe en premier lieu la fragmentation politique, qui entretient le doute sur la capacité du gouvernement à faire passer les réformes promises à Bruxelles. Sans majorité claire, l’action publique avance à petits pas, et sa crédibilité peut vaciller au moindre coup de vent financier.
Sur le front budgétaire, le tableau est plus contrasté. Le déficit devrait reculer à 2,5 % du PIB, contre 3,1 % l’an dernier. Une amélioration réelle, saluée par le FMI, mais largement portée par la croissance, la hausse des recettes sociales et l’absence d’ajustement de l’impôt sur le revenu. À moyen terme, la trajectoire reste donc sous tension : le vieillissement de la population promet d’alourdir durablement la facture, entre retraites, santé et dépendance.
Même prudence du côté du marché du travail. La réforme de 2021 a produit des effets visibles, notamment sur la baisse de la précarité, mais le FMI estime que l’effort doit se poursuivre. Objectif : améliorer encore le taux d’emploi, la stabilité et, surtout, la productivité. Car derrière la résistance actuelle, une évidence s’impose : sans gains plus nets en efficacité, le modèle espagnol risque de s’essouffler.
Même constat sur le logement, devenu l’un des points de friction majeurs de l’économie espagnole. Le FMI presse le gouvernement d’accélérer : construire plus, libérer du foncier, alléger les procédures... En revanche, l’institution se montre beaucoup plus prudente sur le contrôle des loyers, jugé potentiellement contre-productif s’il vient assécher encore un peu plus l’offre locative.
Au fond, le tableau dressé par le FMI est celui d’une économie encore robuste, mais de moins en moins à l’abri. L’Espagne conserve de sérieux atouts : un marché du travail plus dynamique que chez plusieurs voisins, un tourisme solide, une montée en puissance des renouvelables, et une capacité de résistance qui continue de surprendre. Mais la phase d’euphorie semble derrière elle.
L’économie espagnole avance sur une ligne de crête : toujours portée par ses moteurs internes, mais désormais confrontée à des vents contraires plus puissants. Elle encaisse, pour l’instant. Mais sous pression.
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