Du pape Léon XIV à l’OMS, en passant par l’ONU et Bruxelles, les messages de félicitations se multiplient après l’évacuation du navire MV Hondius à Tenerife. Une rare séquence d’unanimité internationale autour de la gestion espagnole d’une crise sanitaire sous haute tension.


Pendant plusieurs jours, tous les regards se sont tournés vers les Canaries. Au large de Tenerife, le MV Hondius, navire d’expédition battant pavillon néerlandais, transportait des passagers potentiellement exposés au hantavirus après plusieurs morts et une série de cas suspects à bord. Un cocktail anxiogène : menace sanitaire, tension diplomatique et souvenirs encore vifs des grandes crises épidémiques récentes. Mais cette fois, l’Espagne n’a pas été montrée du doigt. Bien au contraire.
Depuis le début de l’opération menée dans le port de Granadilla pour évacuer et rapatrier les passagers, les messages de soutien se multiplient. L’OMS, l’ONU, la Commission européenne, le Conseil européen et même le pape Léon XIV ont salué la réponse espagnole.
« Un excellent exemple de coopération multilatérale face à une urgence sanitaire », a résumé le président du Conseil européen, António Costa. Ursula von der Leyen a, de son côté, remercié Madrid et les équipes mobilisées « sur le terrain » pour une opération conduite « rapidement et efficacement ».
Very grateful for the swift and efficient disembarkation of the Hondius ship in Tenerife.
— Ursula von der Leyen (@vonderleyen) May 11, 2026
My thanks to the Spanish government and all the authorities involved on the ground.
We are working hand in hand with Spain, @WHO and @ECDC_EU, organising evacuation flights.
We will spare…
Même tonalité à l’ONU. Son secrétaire général, António Guterres, a salué la coordination entre l’Espagne et l’OMS, tout en rappelant que « le risque actuel pour la santé publique reste faible ».
I want to express my support for the government of Spain & others as they manage the #hantavirus in close coordination with our @WHO colleagues.
— António Guterres (@antonioguterres) May 11, 2026
While the current public health risk from the virus remains low, it’s important that international health efforts ensure the safety of…
Tenerife au centre d’une opération internationale hors norme
L’opération a mobilisé 23 pays et nécessité une logistique extrêmement précise. Les passagers ont été évacués progressivement du navire à l’aide de zodiacs avant d’être transférés vers l’aéroport en quelques minutes pour embarquer sur des vols spécialement affrétés.
Au total, 120 personnes de différentes nationalités ont déjà été rapatriées via dix vols spéciaux, selon le gouvernement espagnol. Les passagers espagnols ont été transférés à l’hôpital Gómez Ulla de Madrid pour y effectuer leur quarantaine.
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a particulièrement insisté sur « le leadership » et « l’excellence technique » de l’Espagne tout au long de l’opération. Lors d’une conférence de presse commune avec Pedro Sánchez, il a également estimé que refuser l’accueil du navire aurait été « inhumain ». « Le monde a besoin de compassion et de solidarité », a-t-il déclaré, tout en jugeant peu probable un vaste foyer épidémique.
« España cumple » : Sánchez transforme le hantavirus en vitrine diplomatique
Pour Pedro Sánchez, la crise dépasse désormais le simple cadre sanitaire. Le chef du gouvernement espagnol y voit aussi une démonstration politique et diplomatique. Depuis plusieurs jours, il défend une réponse fondée sur « la science, la coordination internationale, la transparence et la responsabilité institutionnelle ».
« Nous avons voulu montrer au monde que l’Espagne est un pays engagé », a-t-il affirmé lors de la conférence de presse aux côtés du directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.
À la Moncloa, l’opération est désormais présentée comme une vitrine du rôle que l’Espagne entend jouer dans les crises internationales. Sous le slogan « España cumple » (« L’Espagne tient ses engagements »), l’exécutif revendique une gestion guidée par le multilatéralisme et la solidarité, loin des réflexes de fermeture observés ailleurs.
Pedro Sánchez a aussi salué « la solidarité et le civisme » de la population canarienne, alors que l’arrivée du navire avait suscité inquiétudes et tensions dans l’archipel. Car le consensus reste fragile. Le gouvernement des Canaries et plusieurs responsables du Parti populaire ont critiqué les premières heures de la gestion de crise, dénonçant une communication confuse et un manque de coordination entre administrations.
Le président canarien Fernando Clavijo avait notamment contesté le choix de Tenerife pour accueillir le navire, estimant que l’opération aurait pu être organisée ailleurs. Pedro Sánchez lui a répondu sans le citer directement : « Pourquoi n’aurions-nous pas protégé nos compatriotes et aidé ceux qui en avaient besoin si cela était en notre pouvoir ? »
À l’intérieur du pays, la séquence reste donc politiquement sensible. À l’extérieur, l’image renvoyée est toute autre : celle d’une Espagne capable de gérer une crise sanitaire complexe sans céder à la panique.
Hantavirus : l’OMS écarte le scénario d’un « vaste foyer épidémique » à ce stade
Selon les derniers chiffres communiqués par l’OMS, une dizaine de cas liés au MV Hondius sont désormais confirmés ou en cours de confirmation. Trois personnes sont décédées et plusieurs patients restent hospitalisés, dont une ressortissante française, un Britannique et le médecin du navire. Un passager espagnol a également commencé à présenter des symptômes compatibles avec la maladie.
Malgré ces nouveaux cas, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a voulu calmer les inquiétudes autour d’un possible emballement sanitaire. « Tous les cas ont été isolés et suivis sous supervision médicale stricte. Rien n’indique à ce stade un vaste foyer épidémique », a-t-il assuré.
Les autorités sanitaires restent toutefois prudentes. Les passagers concernés demeurent soumis à un suivi renforcé et à des mesures de quarantaine qui devraient se prolonger jusqu’au 12 juin.





