À l’occasion des élections consulaires du 31 mai 2026, Lepetitjournal.com donne la parole aux différentes têtes de liste de la circonscription. François Ralle Andreoli, conseiller sortant et tête de liste « Agissons ensemble pour les Françaises et Français d’Espagne, pour l’écologie et la solidarité », revient sur son bilan, ses priorités et sa défense des services publics français en Espagne.


Pourquoi avez-vous choisi de vous représenter à cette élection ?
Après une longue réflexion, et des choix collectifs, j’ai accepté de me représenter à cette élection d’abord parce que de nombreuses Françaises et Français d’Espagne que je soutiens depuis des années, m’ont demandé de continuer. Nous avons souhaité, avec Gaëlle Lecomte, elle aussi conseillère sortante et 2e de liste, mener une liste de rassemblement mais
renouvelée, composée de personnes représentant la diversité géographique de notre circonscription, du Pays basque jusqu’aux îles Canaries.
Ces candidats illustrent notre ancrage territorial ancien, le dynamisme et la diversité des profils socioprofessionnels de nos
compatriotes en Espagne. Je l’ai fait aussi parce qu’on aurait pu penser qu’après douze ans de mandat et un an avant une
élection présidentielle, la situation des Français établis à l’étranger serait devenue plus sereine pour eux qui ont voté massivement pour Emmanuel Macron.
Pourtant, dans un contexte d’affaiblissement sans précédent du pouvoir gouvernemental, nous constatons que tout est fait pour fragiliser davantage les réseaux consulaires, culturels et scolaires, la présence et l’accompagnement de la France dont bénéficient nos compatriotes. Je pense notamment à la suppression des aides sociales destinées aux retraités les plus vulnérables (un scandale), à l’offensive encore plus grave que celle de 2017 contre les établissements scolaires français à l’étranger, avec pour conséquence une envolée des frais de scolarité… Voilà pourquoi il nous faut des élus expérimentés et déterminés.
L’information et la communication jouent un rôle essentiel dans la relation entre les conseillers des Français de l’étranger et les citoyens. Que proposez-vous pour les renforcer ?
Vous avez tout à fait raison : l’information et la communication sont essentielles dans une circonscription où les élus représentent finalement une population équivalente à celle d’une ville moyenne française, mais répartie à l’échelle de tout un pays, du Pays basque jusqu’aux îles Canaries.
Cette communication a d’ailleurs souffert de l’affaiblissement progressif des lieux de rencontre et du dynamisme associatif, mal soutenus depuis plusieurs années avec la réforme ratée du système STAFE. Nous voyons moins de moments de rencontre entre nos concitoyens. Un symbole très fort a été la fermeture du 14 juillet à l’ensemble des Français de Madrid. Rien ne remplace la rencontre en présentiel, même si les médias, internet et les réseaux sociaux ont évidemment leur importance. Voilà pourquoi, depuis 2021, nous avons multiplié les initiatives dans ce sens : 14 juillet alternatifs, moments conviviaux, invitations de conférenciers, débats et échanges avec nos compatriotes.
Plusieurs sujets préoccupent aujourd’hui les Français de l’étranger (services consulaires, éducation, mobilités professionnelles). Comment comptez-vous agir sur ces priorités si vous êtes élu(e) ?
Les sujets que vous mentionnez sont essentiels et je citerai d’autres préoccupations centrales : l’accès aux universités françaises pour les jeunes Françaises et Français d’Espagne qui sont dans le système espagnol et en particulier Bachibac, ou encore leur accès à la citoyenneté en l’absence de Journée Défense et Citoyenneté.
Évidemment, l’un des sujets centraux reste celui des services consulaires. Malgré les efforts réalisés depuis le Covid pour résorber les retards accumulés, le problème principal demeure la disparition progressive des moyens humains, dans une immense circonscription comme l’Espagne, où résident de très nombreux Français mais qui accueille près de 12 millions de touristes français chaque année.
Dans le domaine scolaire, le gouvernement a choisi de cibler tout particulièrement l’Espagne, avec notamment l’abandon pur et simple de la Mission laïque française Espagne dans le cadre de l’accord-cadre MLF-AEFE de 2021. Nous avons aujourd’hui cette situation sidérante de neuf établissements MLF mis en vente à des repreneurs privés, alors même qu’ils représentent la France dans leurs villes d’accueil.
Dans les établissements historiques à Madrid et Valence, gérés par l’État, nous assistons à une envolée des frais de scolarité qui provoque déjà de nouveaux départs de familles françaises hors de nos établissements. Pendant ce temps, faute de moyens, le nombre de boursiers a été divisé par trois depuis 2017. Les familles françaises quittent les lycées. Parfois c’est aussi parce que l’on n’est pas à la hauteur pour les élèves à besoins éducatifs particuliers et en situation de
handicap, une de mes priorités.
Concernant les mobilités professionnelles, nous travaillons beaucoup comme élus locaux sur les questions de retraites composites, liées à des parcours réalisés entre plusieurs pays communautaires ou extra-communautaires. Il y a aussi les problèmes de fiscalité et de doubles impositions des deux côtés des Pyrénées qui compliquent fortement la mobilité des personnes, des entrepreneurs et des professionnels. Nous devons intervenir très régulièrement auprès des
autorités françaises, de la direction des Non-Résidents et la DGFIP.
Quelle valeur ajoutée spécifique votre liste apporterait-elle aux Français de l’étranger ?
C’est d’abord l’expérience du terrain des deux candidats sortants, associée au dynamisme de celles et ceux qui incarnent la relève. C’est aussi notre présence historique sur l’ensemble du territoire espagnol et notre expérience concrète du soutien aux associations et aux Français sur le terrain. J’ai travaillé au Pays Basque, à Valence, je connais parfaitement les Français d’Alicante et des Canaries dont je reviens.
Notre atout, c’est aussi notre orientation écologiste et solidaire. Les Français d’Espagne sont très sensibles à ces questions et notre pays d’accueil est particulièrement touché par les enjeux environnementaux : sécheresse, incendies et bien sûr, pluies torrentielles. Notre candidate de Valence, psychothérapeute, a suivi de près de nombreuses familles françaises affectées par la DANA.
La singularité de notre liste, c’est aussi d’être la seule soutenue par quatre sénateurs des Français de l’étranger. Les sénatrices écologistes qui soutiennent notre démarche et nous aident à soutenir nos compatriotes ont profondément rajeuni et renouvelé la représentation nationale des Français de l’étranger et nous aident au quotidien sur les sujets de la
circonscription et les situations individuelles.
Face à ceux qui jugent la fonction de conseiller des Français de l’étranger peu influente, comment démontrer son utilité concrète ? Et sur quels critères devrait-on évaluer, à l’avenir, le bilan des élus sortants ?
C’est une fonction exigeante, souvent méconnue, mais profondément utile et passionnante, notamment pour accompagner nos jeunes, les entrepreneuses et entrepreneurs qui se lancent, les personnes en difficulté, retraités isolés, associations de bienfaisance…
Mais il faut le dire clairement : il y a eu ces dernières années une marginalisation du rôle des élus consulaires. La réforme du conseil consulaire, présentée comme un progrès parce qu’elle donnait théoriquement la présidence des conseils aux élus, a en réalité souvent créé des tensions avec les autorités diplomatiques qui présidaient auparavant ces instances et se sont naturellement protégées. Cette réforme pour la galerie et mal pensée, comme celle des subventions STAFE pour les associations, a parfois conduit à un éloignement entre les élus locaux, les consulats généraux mais aussi la Direction des Français à l’étranger au ministère. Nous avons vu apparaître des dérives préoccupantes : remise en cause de la publication des déclarations des élus dans les conseils consulaires, réponses à l’Assemblée des Français de
l’étranger transmises parfois la veille d’une nouvelle session six mois plus tard....
Il existe donc un véritable enjeu démocratique : renforcer et re-dynamiser la représentation des Français de l’étranger, qui constitue une spécificité française. Peu de pays disposent d’élus locaux représentant leur diaspora de cette manière. Ces élus méritent donc d’être écoutés et respectés. Quant au bilan des élus sortants, le meilleur barème reste à mes yeux le suffrage universel.
La participation électorale demeure faible aux élections consulaires. Comment la renforcer ?
La circonscription de Madrid se situe généralement un à deux points au-dessus de la moyenne mondiale, malgré l’éclatement géographique de la présence française sur le territoire espagnol 18% en 2014, 16,6%, en 2021. C’est bien peu.
Je regrette par exemple dans cette campagne que peu de listes soient intéressées par la rencontre sur le terrain de nos concitoyens dans toute l’Espagne. Ces campagnes sont pourtant de vrais baromètres, qui permettent de sentir
l’évolution du terrain, qui change selon les villes et les lieux de résidence. Nous nous sommes rendus à Alicante, Valence, les Canaries, Murcie… Il est évident que si la fonction consulaire est diminuée et si la voix des élus est marginalisée, alors ces élections risquent de perdre de leur sens aux yeux de nos concitoyens. Pourtant elles donnent in fine des élus au Sénat (parfois plus écoutés et influents que les députés de l’étranger).
Voilà pourquoi nous appelons, avec notre liste Agissons Ensemble pour l’Écologie et la Solidarité, à envoyer un message fort ,derrière une équipe de proximité et d’expérience, afin d’inverser cette tendance et de redonner une voix forte aux Français de l’étranger.
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