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Philippe Guillaumet: "L’Espagne a un patrimoine exceptionnel"

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 22/02/2020 à 20:16 | Mis à jour le 22/02/2020 à 20:22
philippe guillaumet

Expatrié depuis 30 ans, Philippe Guillaumet a fait toute sa carrière dans le secteur du luxe. L’Espagne l’a conquis et il regrette le manque de reconnaissance internationale du savoir-faire et du luxe espagnols. Il existe pourtant un potentiel énorme.
 
 
Après 40 ans passés dans le luxe, Philippe Guillaumet peut se targuer d’être l’un des plus grands experts de ce secteur. Mais pas seulement. Il est aussi un témoin d’exception de son incroyable transformation. "J’ai vu de petites entreprises –se souvient-il- comme Cartier ou Louis Vuitton devenir les gros groupes internationaux qu’on connait aujourd’hui. C’est un sujet qui étonne toujours lorsque je donne des conférences dans des universités espagnoles pour raconter mon expérience et expliquer l’évolution du secteur du luxe".


Consul Honoraire de la Principauté de Monaco à Madrid

 
Directeur général de Cartier pendant douze ans et CEO de Richemont Iberia, le 2e groupe mondial de luxe après LVMH, Philippe Guillaumet a été nommé il y a dix ans Consul Honoraire de la Principauté de Monaco à Madrid. "Être consul honoraire de la Principauté de Monaco –affirme Philippe Guillaumet- est un élément très important de ma vie, surtout après 40 ans dans le luxe. Cela représente bien sûr une continuité dans ma vie professionnelle mais c’est aussi un rêve parce qu’il s’agit d’un endroit unique, magique, où, comme dans le luxe, priorité est donnée au savoir-faire, au savoir recevoir, à l’attention portée au client". 

Il y a très peu de Monégasques à Madrid et le rôle du Consulat est surtout de faire la promotion de la Principauté pour mieux présenter cet endroit de rêve. "On ne le sait pas assez –explique le Consul Honoraire- mais Monaco est très en avance technologiquement sur bien des sujets, comme par exemple l’implantation de la 5G qui est en cours, mais aussi toutes les mesures prises depuis longtemps en faveur de l’écologie, le Prince Albert II étant depuis tout jeune très impliqué dans la protection de l’environnement".
 
Philippe Guillaumet est arrivé en Espagne il y a 20 ans. "Je suis tout de suite tombé amoureux de ce pays qui m’a conquis -reconnait-il-. L’Espagne offre un véritable mélange de cultures entre l’Amérique Latine et l’Europe. Il y a tout pour être heureux". Son travail lui a permis de découvrir une autre Espagne, pas seulement celle des cartes postales, plus connue à l’extérieur. "J’ai parcouru pendant des années, en long et en large, l’ensemble du territoire espagnol et j’ai découvert des endroits incroyables dont on ne parle jamais. Par exemple, moi qui venais de passer huit ans au Brésil, j’ai été très surpris de découvrir une énorme statue du Christ à Palencia, qui n’a rien à envier à celle de Rio de Janeiro, connue dans le monde entier". 


Il y a un très gros potentiel et le jour où ce pays s’en occupera sérieusement, il devancera la France et deviendra le numéro 1

Et c’est bien là l’un des problèmes que relève Philippe Guillaumet. "L’Espagne ne sait pas bien se vendre à l’extérieur -affirme-t-il-. Elle vit encore trop d’un tourisme basé sur le soleil et la plage. Et comme elle a longtemps  pratiqué le dumping de prix, les Européens du nord sont arrivés en masse mais ne dépensent pratiquement rien ici. Pourtant, l’Espagne a un patrimoine historique exceptionnel. On oublie par exemple que quatre villes espagnoles ont été capitale de l’empire romain ! Il est temps que l’Espagne consacre ses efforts au tourisme de qualité, celui de septembre à mai et pas seulement de mai à septembre. Il y a un très gros potentiel et le jour où ce pays s’en occupera sérieusement, il devancera la France et deviendra le numéro un".
 
Le constat est le même pour les produits espagnols, et le luxe n’y échappe pas. Pour Philippe Guillaumet, le problème de l’Espagne, c’est que le luxe existe, mais qu’il n’est pas connu. "Il manque cette reconnaissance internationale du luxe – déclare Guillaumet. L’Espagne produit des génies. Il y a des gens exceptionnels qui travaillent par exemple le cuir ou la dentelle. Il existe un savoir-faire extraordinaire, mais ils n’ont pas confiance dans ce qu’ils font et je trouve ça dommage. C’est triste de voir que l’Espagne n’arrive pas à promouvoir son luxe".
 
Et ce n’est pas faute d’avoir essayé, en voulant reproduire le modèle du Comité Colbert. Ce dernier regroupe depuis les années 50 une centaine de maisons françaises du luxe, dont l’objectif est d’œuvrer au rayonnement international de l’art de vivre français. Grâce à cette philosophie du Comité Colbert, le luxe français est devenu un acteur majeur de l’économie. "Malheureusement -regrette Philippe Guillaumet-, il est très difficile en Espagne d’arriver à ce que les entreprises de luxe mènent une action ensemble. J’ai essayé de les convaincre de faire l’équivalent du Comité Colbert pour promouvoir le savoir-faire espagnol, un savoir-faire qui existe, mais ça a été impossible. Pourtant, on peut être concurrent, mais oublier ses différences, pour offrir ainsi au monde un message commun". 

 

Il y a d’excellentes opportunités de marché

 
L’ancien Directeur général de Cartier pense qu’il se produit également une confusion dans les marques. "En Espagne -explique Philippe Guillaumet-, on assiste actuellement à un amalgame entre les marques à succès et le luxe. Or, le luxe va bien au-delà des modes. Le luxe est intemporel, il représente la pérennité. Si l’on prend la marque Apple, par exemple, ses produits sont chers, mais ce n’est pas du luxe, puisqu’au bout de quelques années, voire pour certains quelques mois, c’est considéré comme obsolète". 
 
Il reste donc beaucoup à faire dans un secteur au potentiel énorme, aussi bien pour les marques de luxe espagnoles qu’étrangères. "Il existe –raconte Philippe Guillaumet- une excellente capacité de recevoir des marques de luxe nouvelles en Espagne. Il y a d’excellentes opportunités de marché, je le constate avec les marques que j’aide à s’implanter en Espagne".

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Armelle pvd

Armelle Pape Van Dyck

Après 15 ans à la direction de la communication de la 1ère banque espagnole, elle a décidé de concilier vie pro & perso, comme journaliste freelance en français ou espagnol. Elle est vice-présidente de l’Association des Correspondants de Presse Étrangère.
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