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Hervé Ilari: "La danse, ce sont des émotions" 

Par Léa Surugue | Publié le 22/11/2018 à 13:02 | Mis à jour le 22/11/2018 à 17:51
Photo : DR
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Danseur, professeur, ostéopathe… Hervé Ilari peut se vanter d’une longue et riche carrière qui l’a mené sur les meilleures scènes de danse du monde et jusqu’à Madrid, où il coordonne les Rencontres Internationales de Danse France-Espagne depuis 2014.

 


La danse a toujours fait partie de la vie d'Hervé Ilari. Depuis sa plus tendre enfance, ce grand danseur français, aujourd’hui professeur au Real Conservatorio Profesional de Danza de Madrid "Mariemma", a grandi avec le rythme dans la peau. "Quand j'étais enfant, nous vivions en Côte d’Ivoire. Depuis tout bébé j’avais l’habitude d'être porté au dos par ma nounou qui retrouvait les autres nourrices pour manger, danser et chanter. J’ai sûrement reçu le rythme sur son dos. Le chant et la danse ont toujours été un plaisir pour moi", explique Ilari. 

Ses parents travaillent comme professeurs, et avec eux, il ne cesse de déménager, tout au long de son enfance. Un parcours qui le conduit à étudier la danse et la musique dans des lieux très divers, du Maroc et à la Rochelle pour terminer à Toulouse, où adolescent, il fait déjà preuve d’un grand talent. 

A l’âge de 16 ans, Ilari part tenter sa chance à Paris pour faire de la danse son métier. Mais c’est alors qu’il est de retour quelques jours dans la ville rose qu’une rencontre va changer sa vie, et orienter la suite de sa carrière. Venu assister à un cours au Ballet du Capitole de Toulouse, il fait la connaissance du grand danseur et chorégraphe Germinal Casado, venu lui-même monter un ballet dans cette belle ville du sud français. Ce Franco-espagnol, né à Casablanca, est un chorégraphe hors pair, et l’une des premières muses du grand Maurice Béjart. "C’est pour lui que Béjart a créé le Sacre du Printemps, entre autres. Germinal Casado a de son côté réalisé beaucoup de décors et de scénographies pour Béjart", explique Ilari. 

Lors du cours de danse, où selon ses dires, il ne fait pas de grandes prouesses ("J'étais surtout venu retrouver mes copains et m’amuser en dansant avec eux", sourit-il), Ilari se fait toutefois remarquer par Casado, qui l'intègre à sa distribution. Ainsi commence sa carrière professionnelle de danseur. 

 

herve ilari
Romeo et Juliette / Photo DR


Les années allemandes 

A la fin d’une saison réussie, il décide ensuite de suivre Casado dans sa compagnie en Allemagne, à Karlsruhe. Les années qui suivront seront formatrices à tous les égards : grand passionné, Ilari s’essaye à tous types de danses et de rôles, et devient très vite un des principaux danseurs de la troupe.

"Après deux mois en Allemagne, un des danseurs est parti et il a fallu le remplacer au pied levé. Un des répétiteurs savait que je connaissais tout les ballets, toutes les places. J’avais soif d’apprendre et une énergie incroyable, alors j’avais tout appris. J’ai remplacé ce danseur dans un rôle principal. Cela a été difficile, mais nous y sommes arrivés et ensuite, on a continué à me faire confiance, avec des rôles de solistes", raconte-t-il. 

A partir de 21 ans, Ilari commence aussi à enseigner la danse à différents niveaux. Une activité enrichissante humainement, et qui lui permet d'améliorer sa pratique en apprenant aux autres, et des autres, de leurs forces et de leurs erreurs. Il obtiendra d’ailleurs un diplôme d’Etat de professeur de danse en 2002, un DNSP pour reconnaissance de sa carrière, et un Diplôme de grade supérieur (M1) en 2014. 

Mais le rythme est intense, et Ilari, qui reçoit de nombreuses invitations pour danser à l'étranger, ne peut pas toutes les honorer. En 1999, à l'âge de 25 ans, avec plus de 1.000 spectacles de ballet à son actif, et déjà plusieurs compagnies derrière lui, il quitte l’Allemagne pour rejoindre l'Opéra de Nice. Il y restera 12 ans en tant que danseur principal et il y rencontrera sa compagne actuelle, Paula De Castro-Fernández, danseuse principale internationale. 

 

Schubert-Die Winterreise / DR
Schubert-Die Winterreise / DR


Tournées internationales 

Pendant ses années à Nice, Ilari a enfin l'opportunité de voyager, et de danser sur les meilleures scènes du monde. Il enchaîne les rôles importants. "Il n’y a pas un rôle dont je suis le plus fier, mais il y a des rôles plus marquants parce qu’ils sont forts émotionnellement, comme par exemple Roméo dans le ballet Roméo et Juliette. On passe de l’adolescence à la flamme amoureuse, au meurtre, au sexe et à la mort en 2h30 de ballet, c’est très intense. Travailler ce type de rôle m’a beaucoup intéressé", explique le danseur. 

Cependant, cette période est aussi marquée par des doutes, car il se blesse à plusieurs reprises, notamment au dos. Il se pose des questions sur sa capacité à continuer à danser, une inquiétude dont les médecins se font écho. Seule sa force de volonté le pousse à continuer la rééducation et à danser. 

Toutefois, ces problèmes de santé constituent aussi une force positive, car ils poussent Ilari à s'intéresser de plus près à l’anatomie humaine et au monde de la kinésithérapie et de d'ostéopathie. Travaillant ces sujets dans son temps libre, il obtient un diplôme d'ostéopathe en 2010. 

 

herve ilari
Le Sacre du Printemps / DR


Départ pour l’Espagne

Après plus d’une décennie en France, Ilari décide de repartir pour l'étranger en 2012. Et cette fois-ci, c’est cap sur l’Espagne, pour rejoindre sa compagne et sa petite fille, qui y sont parties quelques mois auparavant. 

Il est d’abord recruté comme assistant de direction du centre chorégraphique national de Galice. L’occasion pour lui de monter un projet pédagogique original : un ballet de Casse-Noisette qui réunit des danseurs professionnels et des jeunes élèves de tous les centres de danse de Galice. Son parcours l'amènera ensuite à enseigner au sein de l’Ecole Professionnelle de Danse de Castille et Léon (à Valladolid et Burgos), avant de rejoindre Madrid en septembre 2018. 

Ilari intervient aussi de façon régulière dans des compagnies de ballet à l’international en tant que professeur et coach de danseurs. 


Rencontres de la danse 

Si Ilari ne danse plus lui même, il enchaîne donc les projets passionnants depuis 2012. Son installation en Espagne lui a permis de rapprocher les deux cultures à travers la danse et les arts. C’est ainsi qu’avec le soutien de l’Institut français de Madrid et de l'attaché culturel de l'époque, Nicolas Peyre, ainsi que du Conservatoire Supérieur de danse de Madrid "Maria de Avila", il crée et coordonne aux côtés de sa compagne Paula De Castro-Fernández, la première édition des Rencontres Internationales de Danse France-Espagne en Novembre 2014. 

A ces rencontres sont conviés des grands danseurs francophones, à l’instar du grand Maître Juan Giuliano, de José Carlos Martinez, directeur de la Compagnie Nationale de Danse en Espagne ou encore de Monique Loudière, ancienne danseuse étoile de l'Opéra de Paris. Ils viennent partager leurs expériences à travers des rencontres, des tables rondes, et donnent également des masterclass aux élèves danseurs les plus prometteurs, venus des quatres coins d’Espagne. 300 personnes ont ainsi été fédérées par ces rencontres. 

Un succès réitéré deux ans plus tard, avec d’autres personnalités majeures du monde de la danse, comme la danseuse Paola Cantalupo, directrice de l'École de Nationale Superieure de Danse Cannes-Mougins Rosella Hightower, et Maguy Marin, danseuse et chorégraphe française de danse contemporaine. L'idée d’une troisième édition fait désormais son chemin. 

Exerçant comme ostéopathe, Ilari vient également de créer une école pour enseigner cette discipline à Madrid. Depuis quelques mois, il s’est aussi attelé à un projet un peu différent, toujours pour mettre son amour pour la danse et le langage au coeur de son activité. Il rédige en effet un livre sur le vocabulaire de la danse. Un vocabulaire établi en français depuis la création en 1661 de l'Académie Royale de danse par Louis XIV, et parfois peu compris par les étrangers. 

Un parcours très riche, dont il est fier. "Tout au long de ma carrière, j’ai parfois dû faire des choix difficiles. Mais je suis fier d’avoir pu exercer et faire partager ma passion. La danse, ce sont des émotions que tu reçois, que que tu sens et que tu transmets. C’est ce que je ressens quand je fais une prouesse technique, quand j'écoute une musique ou je regarde quelqu’un dans les yeux pendant un mouvement", confie Ilari. 

Des émotions et une passion qu’avec tous ses projets, il souhaite continuer à transmettre, aussi bien aux danseurs en herbe qu’aux spectateurs enthousiastes.

Photo Lea surugue

Léa Surugue

Léa Surugue est une journaliste freelance vivant à Madrid. Elle a collaboré avec des médias basés en France, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, et traite surtout de thèmes liés à l'économie, la santé et la société.
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