La baisse des prix à la pompe offre un répit bienvenu en Espagne. Mais derrière cette accalmie, la guerre en Iran continue de peser sur les marchés, et l’intervention de l’État masque une hausse encore bien réelle.


À première vue, la pression retombe. Depuis quelques jours, passer à la pompe en Espagne coûte un peu moins cher : autour de 1,55 euro le litre pour l’essence, 1,77 pour le diesel. Une détente réelle, de 10 à 17 centimes en une semaine, qui redonne un peu d’air aux automobilistes comme aux professionnels de la route.
Mais ce répit est trompeur. Les prix restent nettement au-dessus de leur niveau d’avant la guerre en Iran. Et surtout, cette baisse n’a rien de spontané : elle tient davantage d’un coup de frein politique que d’un retour à l’équilibre.

Du détroit d’Ormuz à la pompe : la guerre qui fait flamber les carburants
Tout part du détroit d’Ormuz, verrou stratégique du commerce mondial de pétrole. Depuis que l’Iran en a restreint l’accès en réponse aux frappes américaines et israéliennes, les marchés se sont emballés. Le baril de Brent a grimpé d’environ 50 % en quelques semaines.
En Espagne, le choc a été immédiat. Avant toute intervention publique, les prix à la pompe se sont envolés : jusqu’à +23 % pour l’essence, +37 % pour le diesel. Une poussée brutale, dans la lignée de celle observée au début de la guerre en Ukraine.
Et malgré le reflux récent, le retour à la normale est loin d’être acté. Aujourd’hui encore, quatre stations sur cinq affichent des prix supérieurs à ceux de fin février. Pour le diesel, la hausse dépasse même les 30 % dans de nombreux cas.
La crise touche d’abord le diesel (ou gazole). L’Europe en raffine peu et dépend largement des importations pour s’approvisionner. Dès que les flux se tendent, ses prix grimpent plus vite, et redescendent plus lentement. Dans le contexte actuel, le diesel n’a pas seulement rattrapé l’essence : il la dépasse souvent.
La baisse des prix en Espagne, un répit sous perfusion fiscale
Si les prix ont reculé ces derniers jours, c’est d’abord l’effet d’une décision politique. Le gouvernement espagnol a agi rapidement, en abaissant la TVA de 21 % à 10 % et en réduisant l’impôt sur les hydrocarbures.
À la clé, un effet immédiat à la pompe : jusqu’à 30 centimes de moins par litre. Sans ce coup de pouce fiscal, le diesel coûterait aujourd’hui environ 23 centimes de plus, et l’essence près de 29 centimes supplémentaires. De quoi propulser l’Espagne parmi les pays les moins chers de l’Union européenne pour faire le plein, une position rare, mais largement construite.
Car cette baisse a ses limites. Elle est d’abord temporaire : une fois les aides levées, les prix remonteront mécaniquement. Elle soulève aussi des critiques économiques. Plusieurs experts pointent une mesure qui bénéficie surtout aux gros consommateurs de carburant, donc, en pratique, aux ménages les plus aisés. Reste enfin la facture pour les finances publiques : plus de 5 milliards d’euros. En somme, l’État amortit le choc, sans vraiment l’effacer.
Consultez ce lien pour suivre les prix des carburants en Espagne en temps réel.
Pendant ce temps, la France encaisse de plein fouet
Le contraste avec la France est frappant. De l’autre côté des Pyrénées, le diesel a franchi un seuil inédit depuis au moins 1985, autour de 2,19 euros le litre fin mars, et jusqu’à 2,24 euros dans les derniers relevés. En un mois, la hausse dépasse les 30 %. L’essence, elle, flirte désormais avec les 2 euros.
Même cause, mêmes effets : tensions au Moyen-Orient, détroit d’Ormuz sous pression. Mais sans baisse fiscale généralisée, le choc est beaucoup plus visible pour les consommateurs. Face à la colère qui monte chez les transporteurs et les agriculteurs, le gouvernement français laisse désormais entendre que certaines aides pourraient être prolongées.
Un calme fragile face aux tensions mondiales
Au-delà du plein, c’est toute l’économie qui encaisse le choc. Transport, agriculture, pêche, aviation… Partout où le carburant est indispensable, les coûts grimpent. En Espagne, l’inflation a déjà atteint 3,3 % en mars, et elle aurait été plus élevée sans le coup de pouce fiscal.
Et si la pression semble légèrement retomber à la pompe, les fragilités restent bien présentes. Les tensions géopolitiques persistent, les capacités de raffinage sont sous contrainte, et certains grands exportateurs, comme la Chine, limitent leurs livraisons.
Dans ce contexte, la baisse récente des prix en Espagne ressemble moins à un retour à la normale qu’à un répit sous perfusion. D’un côté, une guerre qui continue de peser sur les marchés. De l’autre, un État qui amortit le choc à coups de milliards. Entre les deux, les automobilistes avancent sur une ligne de crête. Le répit est là, mais il ne dit rien de ce qui vient.
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