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En Espagne, le déficit au plus bas depuis 18 ans, dopé par des recettes record

À 2,2 % du PIB en 2025, le déficit espagnol atteint son plus bas niveau depuis 2008. Une amélioration notable, tirée avant tout par des recettes fiscales en forte hausse, dans un contexte économique encore favorable.

Vue panoramique du quartier financier de Madrid au coucher du soleil, avec les quatre tours modernes dominant la skyline, symbole du dynamisme économique espagnol.Vue panoramique du quartier financier de Madrid au coucher du soleil, avec les quatre tours modernes dominant la skyline, symbole du dynamisme économique espagnol.
@Image générée par IA via DALL·E – OpenAI
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 1 avril 2026

L’Espagne tourne une page budgétaire. En 2025, le déficit s’établit à 2,2 % du PIB, son niveau le plus bas depuis la crise de 2008. Un signal que le gouvernement met en avant, revendiquant une amélioration obtenue sans virage austéritaire.

Dans les chiffres, le déséquilibre atteint 36,78 milliards d’euros, soit près de 9 milliards de moins qu’un an plus tôt. Mieux : Madrid fait plus que tenir ses engagements vis-à-vis de Bruxelles (2,5 %) et signe une sixième année consécutive au-dessus des prévisions des institutions économiques.

Le contraste avec 2020 reste saisissant. À l’époque, la pandémie avait propulsé le déficit à près de 10 % du PIB. Cinq ans plus tard, l’écart s’est resserré de plus de sept points, soit environ 76 milliards d’euros de déficit effacés. Une trajectoire nette, portée autant par la reprise que par un contexte encore favorable.

 

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En Espagne, le déficit recule grâce à des recettes fiscales record

Mais derrière ce redressement, pas de cure d’amaigrissement spectaculaire côté dépenses. Le mouvement vient d’abord des recettes. Le gouvernement revendique une trajectoire « responsable », qui aurait permis de tenir les comptes sans rogner sur l’État-providence, tout en maintenant un bouclier social de 150 milliards d’euros depuis la pandémie, entre guerre en Ukraine, secousses géopolitiques et épisodes climatiques comme la DANA.

En réalité, la clé se trouve ailleurs : dans les recettes. Portée par une croissance économique solide (2,8 % en 2025, soit presque le double de la moyenne de la zone euro), l’Espagne a engrangé des recettes record. Les rentrées ont grimpé de 10,4 %, à plus de 325 milliards d’euros.

Dans le détail, l’impôt sur le revenu tire la hausse (+10,1 %), reflet d’un marché du travail dynamique et de salaires en progression. La TVA suit le rythme, grâce à une consommation encore robuste, tandis que l’impôt sur les sociétés frôle ses niveaux d’avant-crise.

Au fond, c’est cette combinaison — emploi, activité, démographie — qui tient les comptes. Et qui permet à l’Espagne de s’installer, depuis deux ans, parmi les économies les plus dynamiques du continent. 

 

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Un excédent primaire, mais des fragilités persistantes

Autre signal fort : le retour à un excédent primaire, une première depuis 2007. Autrement dit, une fois mis de côté le poids des intérêts de la dette, les comptes repassent dans le vert. 

Pour autant, tout n’est pas résolu. Plusieurs économistes le rappellent : la part structurelle du déficit, celle qui ne dépend pas du cycle économique, s’est peu contractée. En creux, cela signifie que l’amélioration actuelle tient beaucoup à la conjoncture. Et que le scénario pourrait se compliquer si la croissance ralentit.

D’autant que les règles budgétaires européennes ont fait leur retour en 2024. Si l’Espagne reste sous la barre des 3 %, le nouveau cadre déplace le curseur vers la maîtrise des dépenses et la réduction de la dette, encore au-dessus de 100 % du PIB en 2025.

Madrid promet de la ramener autour de 90 % d’ici 2031. Une trajectoire ambitieuse, dans un environnement incertain. Reste le message politique que le gouvernement cherche à installer : réduire le déficit sans passer par l’austérité. Une ligne assumée, qui tranche avec l’après-2008, et qui, si elle tient, pourrait peser dans les débats budgétaires européens.
 

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