Mardi 4 août 2020

Musée Thyssen: "Mata Mua" de Paul Gauguin, bientôt mis en vente ?

Par Monique Auxenfans | Publié le 24/06/2020 à 16:01 | Mis à jour le 24/06/2020 à 22:09
Photo : (Mata Mua, 1892 / détail)
mata mua thyssen

Après 10 ans de "prêt gratuit", renouvelable, à l'Etat espagnol, de la collection personnelle de Carmen Cervera, veuve du Baron Thyssen-Bornemisza, les prorogations se sont succédées 16 fois au cours des 8 dernières années, dans un climat d'incertitude et de polémique en ce qui concerne la permanence de l'œuvre au musée Thyssen-Bornemisza de Madrid où se trouve la collection achetée par l'Etat espagnol au Baron Thyssen-Bornemisza, en 1993. 

Le devenir problématique de cette collection est devenu un casse-tête pour les successifs ministres de la Culture espagnols chargés de la négotiation du renouvellment de ce prêt, avec la menace planant du transfert de collection ailleurs en Espagne ou à l'étranger où les conditions seraient plus favorables aux interêts de Carmen Cervera.

Des 600 œuvres prêtées initialement en 2002 et exposées dans 16 salles réhabilitées tout spécialement pour cette collection, il ne reste plus que 429 oeuvres. Le restant ayant été déposé dans les musées Thyssen ouverts à Malaga et en Andorre. La collection actuellement exposée risque de perdre quatre de ses principaux chef-d'œuvres, dont "Mata Mua", seul tableau de Paul Gauguin exposé en Espagne.

Alors que l'accord entre la Baronne et le ministre de la Culture, José Guirao, était sur le point d'être signé fin décembre 2019, tout a été chamboulé par le départ de ce dernier du Ministère, remplacé par José Manuel Rodriguez Uribes. Ignorant les négotiations de son prédécesseur, Uribes a donné l'autorisation de la sortie du Musée de quatre tableaux, ouvrant ainsi la porte à leur vente à l'étranger. Il s'agit de "Mata Mua" (Autrefois) peint par Gauguin en 1892 à Tahiti et pouvant atteindre au moins 40 millions d'euros dans une vente aux enchères internationale, de "Course de chevaux dans un paysage" d'Edgar Degas (1894), de "Martha McKeen de Wellfleet" d'Edward Hopper (1944) et du "Pont de Charing Cross" de Claude Monet (1899).

Véritable feuilleton, cette polémique fait suite à la vente, en 2012 du tableau du peintre paysagiste britannique John Constable, "L'écluse", pour 22,4 millions de livres (27,9 millions d'euros) aux enchères chez Christie's à Londres, un record pour une œuvre de l'artiste. Elle fut acquise en 1990 par le Baron Hans Heinrich Thyssen pour 10,8 millions de livres, prix record alors pour une œuvre d'art anglais, record qui a tenu seize ans. L'œuvre acquise faisait depuis partie de la collection Carmen Thyssen-Bornemisza, qui décida de s'en séparer alléguant un "manque de liquidités".

Le Ministre Rodriguez Uribes va reprendre les négociations à partir de zéro afin que le tableau de Gaugin continue à être exposé dans le cadre de la collection de Carmen Cervera. Le mystère et l'incertitude continue avec des déclarations assez floues de la baronne et changements d'opinion, assurant qu'elle ne veut pas vendre "Matua Mua", mais peut-être le prêter pour une grande exposition à l'extérieur. Affaire à suivre.

Genèse de "Mata Mua" (Autrefois) : ode à l'âge d'or perdu, quand l'être humain vivait en harmonie avec la nature. C'est l'une des œuvres les plus importantes de Gauguin, réalisée au cours de son séjour à Tahiti où il débarqua en 1891. Elle fait partie d'un ensemble de 46 peinture inspirées lors de son voyage en Océanie. Elle représente un paysage idylique où plusieurs femmes adorent Hina, la déesse de la lune. Après son passage par plusieurs collecions privées, le tableau est acheté en mai 1984 par le baron Thyssen et le collectionneur français d'origine bolivienne, Jaime Ortiz Patiño. En 1989, le baron en devint le propriétaire unique en rachetant la partie de son associé. Le prix final fut de 24 millions de dollars. Il en vaudrait plus de 40 millions d'euros maintenant. Mata Mua fut exclu de la vente à l'Etat espagnol, des 775 œuvres de la collection du Baron, devenue patrimoine artistique national, pour 350 millions d'euros.

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Monique Auxenfans

Spécialisée sur les sujets culturels, touristiques et gastronomiques, expatriée au long cours, voyageuse infatigable. Spécialiste de l'Espagne et de l'univers hispanophone.
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