MUSEE THYSSEN - 20 ans ! Dernier anniversaire à Madrid pour la collection de la baronne ?

Par lepetitjournal.com Madrid | Publié le 10/10/2012 à 00:00 | Mis à jour le 21/11/2012 à 12:35

Il y a deux jours, l'anniversaire du Thyssen-Bornemisza a prouvé combien ce musée reste un des symboles de la culture artistique espagnole. Un anniversaire fêté avec des invités de marque venus pour l'occasion : le roi Juan Carlos, la reine Sofia, le président du Congrès, le ministre de la Culture, de l'Education et du Sport, la présidente de la communauté de Madrid, le maire de Madrid, et bien sûr, la très célèbre Carmen "Tita" Thyssen, propriétaire d'une partie de la collection du musée. Mais pour combien de temps encore cette collection restera-t-elle dans les murs du musée madrilène ?


(Photo Creative Commons uggboy)

2012, une année singulière
Inauguré le 8 octobre 1992, on fête cette année les vingt ans du musée du palais Villahermosa. Pour l'occasion, et pendant toute l'année, l'entrée est gratuite pour les visiteurs nés en 1992. Une aubaine pour celles et ceux qui souffleront ou ont soufflé leur vingtième bougie en 2012. De nombreuses autres activités ont été organisées pour cette année singulière, parmi lesquelles un concours d'illustration, un concours de portrait ou une exposition sur trois artistes de la Renaissance allemande. Pour conclure les festivités, l'exposition "Voyager avec le cadre : Polynésie Française" sera visible du 28 novembre au 8 décembre 2012. Mais derrière toutes ces réjouissances, la réalité n'est-elle pas plus sombre qu'elle ne paraît ? On est en droit de se poser la question, tant l'histoire qui lie la baronne Thyssen, propriétaire de plus 200 ?uvres exposées au musée éponyme, est semée d'écueils.

La baronne Carmen Thyssen est la veuve du défunt baron suisse Hans Heinrich Thyssen-Bornemisza, lui-même fils du baron Heinrich Thyssen-Bornemisza, riche industriel allemand connut pour sa collection d'art. A sa mort en 1947, c'est son fils Hans Heinrich qui hérite de sa collection. En juillet 1993, alors qu'il est marié à Carmen depuis 1985, née "Tita" Cervera (miss Espagne 1961), il décide de vendre sa collection à l'Etat espagnol, contre la somme de 350 millions de dollars et la promesse de lui construire un musée qui porterait son nom, où seraient exposées ses ?uvres. Avec l'aide de son mari mais aussi grâce à ses fonds propres, Carmen Thyssen dispose elle aussi d'une importante collection d'art. En 1999, elle entreprend de céder gratuitement, et pour une période de 11 ans, 655 ?uvres de sa collection privée au musée Thyssen. Des ?uvres centrées sur la peinture espagnole, comprenant des tableaux de Lucas Velázquez, Pérez Villaamil, Haes, Mart i Alsina, Fortuny, Rusiñol, parmi bien d'autres peintres prestigieux. Ce généreux don n'est pas sans conséquence pour le gouvernement espagnol : il nécessite d'importants investissements pour la construction de deux nouvelles salles, dont le coût est proche de 20 millions d'euros. En 2002, le baron Hans Heinrich Thyssen décède, laissant Carmen pour veuve. Deux ans plus tard, celle-ci inaugure la présentation de sa collection de 240 ?uvres exposées au musée.

Un feuilleton houleux
Le feuilleton commence en février 2011, alors que le contrat signé entre la baronne et l'Etat espagnol, concernant le don de 655 ?uvres pour une durée de 11 ans, touche à sa fin. A l'instar de son mari décédé, elle désire obtenir des fonds de la part du gouvernement espagnol contre le droit d'exposition de ses 240 ?uvres. Mais elle se voit refuser cette demande, suite à un entretien tendu avec la ministre de la Culture de l'époque, Ángeles González-Sinde. La raison de ce refus ? On est en 2011, et le gouvernement de Zapatero doit faire face à la crise : la situation n'est pas propice à l'achat d'une collection estimée à 800 millions d'euros. Soit, les deux parties parviennent à un accord : le contrat de cessation gratuite est prolongé d'un an. Insatisfaite de cette conclusion, la baronne aurait menacé d'exporter sa collection à l'étranger. Une menace qu'il convient de ne pas sous-estimer, sachant qu'une partie des tableaux de "Tita" est aussi présente au Musée National de l'Art Catalan (MNAC) de Montjuïc, et que depuis 2011, un musée lui est dédié à Málaga. De facto, une fois que le contrat liant la collection de Carmen au musée Thyssen arrivera à son terme, rien ne lui empêchera de déplacer ses tableaux de Madrid vers la Catalogne ou l'Andalousie.

"L'écluse" de Constable vendue aux enchères
Mais le plus grave est peut-être arrivé cet été, lorsque la baronne a fait le choix de vendre aux enchères "L'écluse", la prestigieuse toile du peintre britannique Constable qui trônait auparavant sur les murs du musée Thyssen. Une décision qui a fait réagir la fille du baron, Francesca Thyssen, qui n'a pas hésité à affirmer, selon El Pais, que sa belle-mère "est un danger pour le musée". Les responsables du musée Thyssen pensent-ils comme elle ? Possible : le mois dernier, la baronne a annoncé qu'elle cèderait entre 600 et 700 ?uvres au MNAC de Barcelone, dont une partie est actuellement dans l'enceinte du musée du paseo del Prado de Madrid?

En avril 2012, Carmen Thyssen a prolongé à nouveau d'un an son contrat avec le musée Thyssen. Ce contrat stipule qu'elle peut vendre jusqu'à 8% de la valeur de sa collection. A titre d'exemple, la toile de Constable vendue aux enchères représente à elle seule 3,5% de ladite collection.

Arnaud ROY (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mercredi 10 octobre 2012

Museo Thyssen-Bornemisza


0 Commentaire (s) Réagir
À lire sur votre édition locale
À lire sur votre édition internationale