Longtemps restée à l’abri des regards, une mémoire refait surface, dossier après dossier. Depuis le 30 mars 2026, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) met en ligne, pour la première fois, les archives de son « fichier espagnol ». Plus de 185.000 fiches, autant de traces laissées par ceux qui ont fui la dictature de Francisco Franco pour trouver refuge en France.


Derrière ces documents, une histoire collective et profondément humaine : celle de l’un des plus grands exils du XXe siècle en Europe.
La Retirada, quand 450.000 Espagnols fuyaient Franco par les Pyrénées
Entre janvier et février 1939, la Guerre civile espagnole s’achève dans la débâcle républicaine. Sur les routes, un flot humain : près de 450.000 Espagnols franchissent les Pyrénées. C’est la Retirada, un exode brutal, précipité par la victoire franquiste et la peur des représailles.
Parmi eux, des hommes, des femmes, des enfants. Des ouvriers, des paysans, des intellectuels, des responsables politiques. Une seule ligne de fuite, un même horizon : passer la frontière.
De cet exil massif, l’administration française en consignera une partie, environ 185.000 personnes. Ce sont leurs traces que l’on peut désormais consulter en ligne.
Dans les tiroirs de l’Ofpra, 185.000 vies d’exil espagnol ressurgissent
Dans une pièce basse de plafond, au siège de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides à Fontenay-sous-Bois, la mémoire dormait dans 121 tiroirs métalliques. Des fiches cartonnées, classées au cordeau, où défilent des patronymes venus d’Espagne.
Sur ces cartons, des vies résumées en quelques lignes. Un lieu de naissance, un métier, une adresse en France, parfois une mention politique, souvent la trace d’une persécution. On y croise quelques figures connues, comme Federica Montseny. Mais surtout une multitude d’anonymes, souvent brisés, toujours bouleversés par l’exil.
L’autre histoire des réfugiés espagnols en France
L’accueil en France, s’il a offert un refuge, fut loin d’être idyllique. À peine arrivés, des dizaines de milliers d’hommes sont parqués dans des camps de fortune, coupés des leurs, livrés à des conditions de vie rudes.
Beaucoup seront ensuite employés comme main-d’œuvre dans des secteurs essentiels : mines, chantiers, agriculture ou exploitation forestière.
Puis vient la Seconde Guerre mondiale, et avec elle un nouveau basculement. Certains sont arrêtés par les nazis, déportés jusqu’au Camp de concentration de Mauthausen, où des milliers d’Espagnols trouvent la mort. D’autres sont happés par l’économie de guerre ou contraints de travailler sous le régime de Vichy.
Une mémoire enfin accessible
La mise en ligne de ces archives marque un tournant. Longtemps cantonnées aux salles de consultation, elles deviennent accessibles à tous, après création d’un compte.
Numérisées et indexées en un peu plus d’un an, avec l’appui de l’intelligence artificielle, elles s’inscrivent dans une coopération franco-espagnole autour de la mémoire. Une dérogation du ministère de la Culture permet en outre d’ouvrir ces dossiers avant les délais habituels, pour la période 1945-1978.
Au-delà de l’histoire, c’est aussi une affaire personnelle : retrouver un nom, une date, une empreinte. Refaire le fil d’un passé souvent resté en suspens.
Le fichier est désormais accessible en ligne sur ce lien. La consultation des documents nécessite toutefois la création préalable d’un compte personnel.
Chaque fiche renvoie par ailleurs à un dossier papier conservé par l’Ofpra, consultable sur place, en salle de lecture des archives.
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