La 74e édition du Festival de San Sebastián s’est achevée samedi 26 septembre avec la remise de la Concha de Oro à Tender Loving Care, le nouveau film du Britannique Mike Leigh. Le long métrage repart également avec le Prix du Jury au meilleur scénario, signé par le réalisateur, tandis que Kate O’Flynn reçoit la Concha de Plata de la meilleure interprétation protagoniste, ex aequo avec Asta Kamma August pour Growth of the Soil.
À 83 ans, Mike Leigh retrouve ainsi les honneurs d’un grand festival avec un film profondément humain, centré sur les relations, la famille et ceux qui consacrent leur quotidien à prendre soin des autres.
Un film sur le soin et l’attention aux autres
Tender Loving Care suit Amy, employée dans les services de protection de l’enfance, qui revient vivre auprès de son amie Rosie, elle-même travailleuse sociale. Pendant qu’elles accompagnent au quotidien des personnes confrontées à des situations difficiles, Amy doit également faire face aux fragilités de ses parents vieillissants et à ses propres difficultés.
Le film s’intéresse ainsi moins aux grands bouleversements qu’aux relations humaines et à la manière dont chacun tente de tenir debout, pour soi-même comme pour les autres.
Un propos qui résonne particulièrement dans le contexte actuel. En ces temps convulsifs, marqués par les guerres, la désespérance et l’anéantissement, Tender Loving Care vient rappeler l’importance de l’humanité, du soin, de l’attention portée à l’autre, de l’amour et de l’empathie. C’est une œuvre à la fois sociale, sensible et très tendre.
Le film, d’une durée de 107 minutes, réunit notamment Kate O’Flynn, Marion Bailey, Paul Jesson et Alice Bailey Johnson. Mike Leigh en signe également le scénario.
Cette récompense vient aussi inscrire Tender Loving Care dans la longue trajectoire d’un cinéaste qui a construit une grande partie de son œuvre autour des classes populaires britanniques, des relations familiales et des vies ordinaires. Palme d’or à Cannes pour Secrets et Mensonges en 1996, Mike Leigh avait également reçu le prix de la mise en scène pour Naked en 1993.
Un palmarès très international
Derrière la Concha de Oro, le jury présidé par le réalisateur américain Ira Sachs a récompensé des cinématographies venues d’horizons très différents.
Le Prix spécial du Jury revient à Bian jing / Border, premier long métrage du Chinois Ah Biao. La Concha de Plata de la meilleure réalisation distingue Amanda Kernell pour Garrat du váimmu / Brace Your Heart, coproduction réunissant la Suède, la Norvège, le Danemark, l’Islande et la Bulgarie.
Pour l’interprétation, Kate O’Flynn partage donc la Concha de Plata avec Asta Kamma August, récompensée pour Growth of the Soil. L’Espagnol Javier Cámara reçoit pour sa part la Concha de Plata de la meilleure interprétation dans un second rôle pour 5 minutos más / 5 More Minutes. Le film norvégien Growth of the Soil reçoit également le Prix du Jury à la meilleure photographie pour Oskar Dahlsbakken.
Dans les autres sections officielles, Body of Glass, premier long métrage de Naëmi Ada, reçoit le prix Kutxabank-New Directors. Le jury attribue une mention spéciale à The World Before, de Yoon Dan-bi. Ces deux films sont des coproductions intégrant la France : Allemagne-France pour le premier, Corée du Sud-Japon-France pour le second.
Le prix Zabaltegi-Tabakalera revient à Teenage Sex and Death at Camp Miasma, de Jane Schoenbrun, avec une mention spéciale pour A veces me entra tristeza, otras veces rebelión, de María Aparicio. Le prix Horizontes Make & Mark et le prix Dama de la Jeunesse reviennent tous deux à La ilusión de un verano sin fin, d’Alessandra Sanguinetti, avec une mention spéciale pour Moscas, de Fernando Eimbcke.
La France bien présente dans le palmarès
Si la France ne décroche pas la Concha de Oro cette année, le cinéma français et les coproductions françaises sont loin d’être absents du palmarès.
En compétition officielle, Les Misérables, de Fred Cavayé, était l’une des grandes productions françaises de cette édition. Cette nouvelle adaptation de Victor Hugo, portée notamment par Vincent Lindon, Tahar Rahim, Camille Cottin et Noémie Merlant, repart toutefois sans récompense. Entièrement produit en France, le film était l’un des plus longs de la compétition, avec ses 178 minutes.
Le sort est plus favorable à 7h40 ce matin-là / Milo, de Nicole Garcia. Le film français reçoit le prix SGAE de la meilleure musique originale, attribué au compositeur franco-tunisien Amine Bouhafa. Il s’agit de la première édition de ce nouveau prix destiné à distinguer une musique originale parmi les films de la compétition officielle.
La France apparaît également dans plusieurs coproductions distinguées dans les sections parallèles. Body of Glass, coproduit avec l’Allemagne, remporte le prix New Directors, tandis que The World Before, coproduit avec la Corée du Sud et le Japon, reçoit une mention spéciale.
Autre récompense pour une coproduction française : Soudain / All of a Sudden, de Ryusuke Hamaguchi, coproduit par la France, le Japon, l’Allemagne et la Belgique, reçoit le prix RTVE-Otra Mirada. Los domingos / Sundays, d’Alauda Ruiz de Azúa, coproduction Espagne-France, est également distingué par le prix Gidoi + SGAE au meilleur scénariste d’Euskal Herria.
La présence française se retrouve enfin dans le cinéma basque avec Txakun txakür, réalisé par la Française Elsa Oliarj-Inès, qui obtient le prix Irizar au cinéma basque. Et dans la section Perlak, La bola negra, de Javier Calvo et Javier Ambrossi, coproduction Espagne-France, remporte le prix du public de la ville de Donostia-San Sebastián.
La moisson française est donc dispersée, mais bien réelle : pas de grand prix pour une production française en compétition, mais plusieurs distinctions pour des films français ou coproduits avec la France, depuis la musique de Milo jusqu’aux nouveaux réalisateurs et au cinéma basque.
Le palmarès du Festival de San Sebastián 2026
Compétition officielle
Concha de Oro – meilleur film
Tender Loving Care, Mike Leigh — Royaume-Uni
Prix spécial du Jury
Bian jing / Border, Ah Biao — Hong Kong, États-Unis, Corée du Sud
Concha de Plata – meilleure réalisation
Amanda Kernell, pour Garrat du váimmu / Brace Your Heart — Suède, Norvège, Danemark, Islande, Bulgarie
Concha de Plata – meilleure interprétation protagoniste
Kate O’Flynn, pour Tender Loving Care
Asta Kamma August, pour Growth of the Soil — ex aequo
Concha de Plata – meilleure interprétation dans un second rôle
Javier Cámara, pour 5 minutos más / 5 More Minutes
Prix du Jury – meilleure photographie
Oskar Dahlsbakken, pour Growth of the Soil
Prix du Jury – meilleur scénario
Mike Leigh, pour Tender Loving Care
Autres sections et prix
Prix Kutxabank-New Directors
Body of Glass, Naëmi Ada
Mention spéciale : The World Before, Yoon Dan-bi
Prix Horizontes Make & Mark
La ilusión de un verano sin fin / The Illusion of an Everlasting Summer, Alessandra Sanguinetti
Mention spéciale : Moscas / Flies, Fernando Eimbcke
Prix Zabaltegi-Tabakalera
Teenage Sex and Death at Camp Miasma, Jane Schoenbrun
Mention spéciale : A veces me entra tristeza, otras veces rebelión, María Aparicio
Prix SGAE de la meilleure musique originale
Amine Bouhafa, pour 7h40 ce matin-là / Milo, de Nicole Garcia
Prix Irizar au cinéma basque
Txakun txakür, Elsa Oliarj-Inès
Prix du public – ville de Donostia / San Sebastián
La bola negra, Javier Calvo et Javier Ambrossi
Prix du public – meilleur film européen
NAZA, Yuval Abraham et Rachel Szor
Prix Dama de la Jeunesse
La ilusión de un verano sin fin, Alessandra Sanguinetti
À ce palmarès s’ajoutent notamment le prix RTVE-Otra Mirada à Soudain / All of a Sudden, le prix FIPRESCI à One Battle After Another, ainsi que les deux Prix Donostia remis cette année à Werner Herzog et Naomi Watts. José Ramón Soroiz reçoit quant à lui le Prix Zinemira.
Au terme de cette édition, Tender Loving Care laisse donc une impression assez différente de celle d’un simple film récompensé pour ses qualités formelles. Mike Leigh a placé au centre de son récit des personnages qui prennent soin des autres et qui, eux aussi, ont besoin d’être entourés. Dans un festival où les films ont beaucoup parlé de violence, de fragilité et de fractures contemporaines, la Concha de Oro revient finalement à une œuvre qui choisit de regarder ailleurs : vers ce qui relie encore les individus.
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