À Madrid, une semaine entière pour penser les frontières autrement. Et ce sont des jeunes qui en tiennent les rênes.


Pendant plusieurs mois, sept jeunes Espagnols et Français ont travaillé dans l’ombre, réunis autour d’une même ambition : imaginer, concevoir et faire vivre une programmation culturelle de A à Z. Le résultat se dévoile enfin à l’Institut français de Madrid, qui accueille du 5 au 12 mai une semaine d’événements pensée « par les jeunes, pour tous », autour d’un thème aussi vaste que brûlant : les frontières.
L’initiative s’inscrit dans le cadre du Mois de l’Europe et célèbre les 40 ans de l’adhésion de l’Espagne à l’Union européenne. Pour cette première édition du « Consejo de los Jóvenes », carte blanche a été donnée à ce collectif franco-espagnol pour imaginer une programmation libre, engagée et résolument contemporaine.
Pas de discours figé : les frontières se vivent, se racontent, s’écoutent et se traversent. Et cela commence bien avant le 5 mai.
Fotorrelato 2026 : capturer l’invisible, ouvrir le dialogue
Du 21 avril au 3 mai, le public est invité à participer à Fotorrelato 2026, un appel à contributions ouvert à tous. Le principe est simple : une photo, un court texte, et une réflexion personnelle sur ces frontières invisibles qui structurent le quotidien. Les œuvres sélectionnées seront exposées dans une installation collective à l’Institut français, transformée pour l’occasion en espace de dialogue et d’échange.
Le 12 mai, lors de l’inauguration, une votation symbolique viendra distinguer la proposition la plus marquante. Non pas pour sacrer un vainqueur, mais pour prolonger la discussion.
Miradas cruzadas : quand les regards se croisent à l’écran
Le coup d’envoi officiel sera donné le mardi 5 mai avec « Miradas cruzadas », une projection de courts-métrages issus de deux écoles prestigieuses : l’ECAM à Madrid et La Fémis à Paris. Une rencontre artistique entre deux visions, deux formations, deux sensibilités.
La séance sera suivie d’un échange avec Rodrigo Sorogoyen, figure majeure du cinéma espagnol contemporain, qui dialoguera avec des étudiants autour du rôle fondamental du court-métrage dans un parcours de réalisateur.
Yuxtaposición : écouter, partager, décloisonner
Changement de registre le 7 mai avec « Yuxtaposición », une rencontre musicale à mi-chemin entre club de lecture et laboratoire sonore. Mais pas besoin d’être expert : on vient écouter, discuter, confronter ses perceptions.
Au programme, une traversée musicale entre genres et cultures — du créole au folk breton, en passant par l’électro congolaise — pour interroger les frontières comme espaces de contact et de circulation plutôt que de séparation.
Madrid, ville de frontières
Le 9 mai, place à une exploration urbaine avec un “paseo” sociologique qui propose de lire Madrid à travers ses limites, visibles et invisibles. Du Palacio Real de Madrid à Madrid Río, en passant par la Puerta de Toledo, la ville se raconte autrement : comme un territoire en constante redéfinition, façonné par ses seuils et ses passages.
Aux frontières du jugement : Vincent Delecroix face au vertige moral
Le 11 mai, la réflexion se poursuit sur le terrain littéraire avec une rencontre avec Vincent Delecroix autour de son roman Naufrage. Une œuvre dense et troublante qui questionne la responsabilité individuelle, la construction du récit et les mécanismes du jugement face à la tragédie.
À travers une écriture sobre et percutante, l’auteur plonge le lecteur dans une méditation sur la fragilité humaine. Une autre forme de frontière, intime celle-ci.
Franchir les lignes, faire circuler les idées
Clôturée le 12 mai par la restitution du Fotorrelato, cette semaine se veut moins un cycle d’événements qu’un espace de circulation des idées. Une invitation à franchir des lignes, à les redéfinir, voire à les effacer.
Gratuits et accessibles sur réservation, tous les événements témoignent d’une même volonté : faire de la culture un lieu de rencontre plutôt qu’un territoire balisé.
Dans un monde où les frontières se durcissent autant qu’elles se recomposent, cette initiative portée par la jeunesse rappelle une chose essentielle : elles ne sont jamais immuables. Et surtout, elles se racontent autrement lorsqu’on les regarde ensemble.
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