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À Los Angeles, Pascal Ladreyt fait rayonner le cinéma européen

À Los Angeles, Pascal Ladreyt a fondé ELMA pour soutenir les festivals de cinéma européen et former un jeune public américain aux films en version originale. Depuis près de vingt ans, sa fondation agit dans l’ombre pour faire vivre un cinéma indépendant face aux géants hollywoodiens. Portrait.

Pascal LadreytPascal Ladreyt
Pascal Ladreyt à son bureau, à Los Angeles. © Claude Budin-Juteau
Écrit par Claude Budin-Juteau
Publié le 27 mars 2026

 

À première vue, rien ne prédestinait Pascal Ladreyt à devenir l’un des soutiens les plus constants du cinéma européen en Californie. Né à Paris, formé à la Sorbonne en anglais et en civilisation américaine, il part aux États-Unis au début des années 1980, en Louisiane. « Ça a été un choc », confie-t-il. Lake Charles n’était pas exactement la carte postale américaine vendue dans les manuels. Mais l’expérience lui ouvre les yeux - et lui donne envie de revenir.

Avant ELMA, il a eu plusieurs vies. Irlande pendant six ans à la tête d’une Alliance française, puis un MBA international entre Paris, New York et Tokyo - « 27 nationalités dans la même promo » -, puis le grand saut dans le privé. Consultant basé en Écosse pour une société londonienne, débriefings tous les quinze jours à Heathrow, vie d’aéroport en aéroport : « À l’époque, travailler sans bureau fixe, c’était presque révolutionnaire. »

Ensuite, retour au culturel : vice-président de l’Alliance française de New York, où Pascal Ladreyt rencontre sa femme - originaire de Los Angeles -, passage par Londres, puis finalement installation à Los Angeles en 2003. Entre-temps, une incursion inattendue dans la finance aéronautique : développement sur la côte Ouest d’une société de « fractional ownership » d’avions en multipropriété : « On est passés de 1 à 35 avions en trois ans », raconte-t-il. Jusqu’au jour où l’entreprise décide de se regrouper en Floride. « Je n’avais aucune envie d’aller en Floride. » Fin du chapitre.

 

Défendre le cinéma indépendant européen à Los Angeles

 

C’est là que commence ELMA. En 2007, il crée cette fondation 501(c)(3) avec une idée simple : défendre le cinéma indépendant européen à Los Angeles. « Je voulais faire quelque chose qui m’amusait, qui me passionnait. » Au départ, il rêve d’une société de distribution. Il se ravise rapidement : « C’était le meilleur moyen de perdre ma maison et ma chemise. » Alors il pivote. ELMA ne distribue pas les films, elle soutient ceux qui les montrent.

Sa mission ? « Aider les festivals, pas seulement financièrement, mais trouver des solutions aux problèmes qui sont toujours les mêmes : Comment passer d’une salle de 100 à 600 places ? Comment renouveler le public ? Comment survivre quand les loyers des salles explosent ? »

Les murs de son bureau racontent l’histoire : festivals polonais, irlandais, grecs, scandinaves, croates. « Tous fonctionnent de manières complètement différentes » précise-t-il. Certains reçoivent un soutien public conséquent. D’autres non. « On choisit surtout d’aider les petits, parce que ce sont eux qui en ont le plus besoin. »

 

Un programme éducatif destiné aux lycéens de Los Angeles en marge de The American French Film Festival

 

Avec le festival aujourd’hui connu sous le nom de The American French Film Festival (TAFFF) sous la houlette de François Truffart, ELMA a développé un programme éducatif destiné aux lycéens du comté de Los Angeles - et même au-delà. Objectif : leur permettre de voir un film en français, tous les ans, à la Directors Guild of American, où a lieu le TAFFF. « Dès la première année, il y a eu un engouement. » Aujourd’hui, les projections scolaires affichent complet des mois à l’avance. « Les étudiants se battent - pas au sens littéral - pour avoir des places. » Et les sous-titres, contrairement à l’idée reçue, ne gênent absolument pas ces lycéens. Leur vrai souci ? : « Ne pas savoir quoi regarder sur Netflix. »

ELMA reste volontairement indépendante. « Le mécène, c’est moi » tranche Pascal Ladreyt. Pas de subventions européennes, pas de lourdeur bureaucratique. « Les décisions sont rapides. » Une petite structure, un bureau modeste, quelques assistants passionnés au fil des années. « On fonctionne à l’échelle familiale » résume-t-il.

 

Le contexte est difficile pour les salles de cinéma américaines

 

Le contexte, lui, n’est pas simple : « Ce n’est pas gagné », reconnaît-il à propos de l’avenir des salles américaines. Fermetures, hausse des coûts, domination des franchises. « Les studios sont très frileux. » Mais ELMA, à son échelle, a acquis une vraie légitimité locale.

Vingt ans après avoir pensé passer la main au bout de cinq ans, Pascal Ladreyt prépare pourtant la suite. Une nouvelle directrice, Malin Kan, plus jeune, est arrivée pour ouvrir « de nouvelles pistes » et repenser la communication. « Il faut savoir passer la main » estime-t-il.

À Hollywood, certains cherchent la lumière. Lui préfère éclairer les autres. Et si la bataille est inégale, il la mène avec méthode, humour et une conviction tranquille : le cinéma européen mérite sa place, même à deux pas des studios géants.

 

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